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autres J'aime pas
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Greffons Nous vivons bardés de certitudes et de sains principes. Si nous rechignons à faire la charité de notre vivant, nous n'hésitons pas à offrir les pièces détachées de notre dépouille au reste de l'humanité survivante et souffrante. Et nous trimballons notre carte idoine en gage de notre bon coeur. C'est un peu vite fait et bien vite dit. Le passage de la théorie à la pratique s'avère sensiblement plus douloureux. J'ai déjà mentionné dans ces pages la disparition d'une de mes amies lors d'un catastrophique accident de voiture l'été dernier. Ses dernières volontés furent exécutées la lettre. Quelques infortunés reprennent désormais goût à la vie grâce au muscle cardiaque, aux deux poumons, à la paire de reins qu'elle leur légua par le biais de l'anonymat et de la compatibilité tissulaire. Soit dit en passant, je profite de cette occasion pour leur souhaiter un excellent démarrage pour 2008. Mais revenons à ce funeste soir du 14 Juillet passé. On consulta la famille pour le principe, bien qu'elle ne pût refuser. Votre maman, votre soeur, votre fille devient dès lors une chose dont on va répartir généreusement les divers organes vitaux récupérables. Vous avez beau vous bercer de l'illusion qu'un peu d'elle-même survivra chez les receveurs, vous raisonnez en songeant que la crémation allait de toute façon la réduire en poussière. Vous bloquez. Car si l'acceptation de l'inéluctable vous propulse sur des hauteurs tragiques, le dépeçage vous ramène dans les fonds bourbeux du drame. On frôle l'écueil du sordide, l'être humain se voit soudain dépossédé de son unicité, ravalé au rang de pièce détachée. L'individualisme exacerbé, pierre angulaire de notre philosophie occidentale, encaisse un vieux coup dans les gencives. Et moi, en cette trêve des confiseurs, je savoure la volupté consistant à savoir qu'on vient de franchir les bornes de la civilité puérile et honnête! Ce qui ne me dissuadera pas de faire don de ma vieille carcasse, le cas échéant... |
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Apparentements terribles Il existe des apparentements terribles. Quand j'ai remanié l'organisation de mon bureau (pour cause de réfection de l'installation électrique dont certaines sections remontaient à Mathusalem), j'ai hâtivement recasé sur leurs étagères quelque cinq mille volumes. Procédant à la va-comme-je-te-pousse, logeant mon monde par gabarit et non par catégories, j'obtins (outre le lumbago qui me taraude aujourd'hui) un résultat insolite fort intéressant. Ainsi, le Rapport de la CIA présenté par Alexandre Adler jouxte deux volumes de Louis-Ferdinand Céline: Normance et Rigodon. Lui-même voisine avec Le Flagellant de Séville de Paul Morand suivi des Mémoires d'Outre-Tombe du cher François René de Châteaubriand. Le tome VIII de la Correspondance de Marcel Proust côtoie Les Rêveries du Promeneur solitaire. Ce dernier s'appuie contre le Chant XXXVII des Dionysiaques de Nonnos de Panopolis précédant Les Mythes grecs de Robert Graves et l'opus sulfureux d'Albert Speer: Au coeur du IIIe Reich. Derrière l'échantillon discutable de ce beau monde se dissimulent Pierre Dac et Les Pédicures de l'Âme, L'Afrique noire toujours mal partie de René Dumont, La Grosse Galette de Dos Passos, La Route sanglante du Jardinier Blott de Tom Sharpe, La Puce à l'Oreille de Claude Duneton. Si je hasarde un regard investigateur en plongeant sur la troisième et dernière rangée, je trouve les romans libertins du XVIIIe siècle, des essais du regretté Jean-François Revel, La Corne du Bélier d'Isaac Bashevis Singer. Devrai-je remettre de l'ordre dans cet aimable foutoir? Ma réponse sera catégoriquement négative. Ces ouvrages furent étudiés pour certains, parcourus pour d'autres, à des époques fort différentes de mon existence. Ils témoignent de l'éclectisme de ma pensée, sinon de mes goûts. Si je les ai tous lus, parfois relus et rerelus, tous ne m'ont pas laissé d'immarcescibles souvenirs, tant s'en faut! Je n'étale point non plus ces titres, guidée par une coquetterie pédantesque. Pour l'honneur de la chose littéraire, je préfère que mes murs et ma cervelle s'ornent de ces curieux disparates plutôt que des grosses daubes industrielles qui envahissent les vitrines des marchands de papier imprimé. Bien sûr, je m'encanaille à l'occasion avec les sous-produits de l'infralittérature commerciale sévissant sur les gondoles des supermarchés. Mais je garde pour moi ce qui me semble digne de figurer dans une bibliothèque, et je brade à l'encan ce qui est bon pour le cabinet, comme le disait déjà le cher Alceste!
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Correcteurs à l'attention de Jean-Lou Craipeau, naguère correcteur au Figaro
Sont-ils chiants, ces logiciels orthographiques incorporés! D'abord ils ignorent les noms propres les plus illustres (Voltaire, Rousseau, passe encore, mais Valery Larbaud, inconnu au bataillon...) Et les mots rares, un peu précieux, baroques, inusités, voire gentiment désuets, pour ne pas dire carrément archaïques ou résolument obsolètes, alors là, messeigneurs, il faudra repasser! Z'auriez dû m'embaucher, bande d'empaffés, au lieu de vous limiter au lexique du français fondamental réduit à sa plus stricte indigence. Heureusement ce pauvre Queneau n'a pas connu cette géhenne ... Que serait devenue sa créativité confrontée à ces émasculateurs de lexique dépourvus d'imagination? Déraciné, Le Chiendent. Fanées, Les Fleurs bleues. Égarée dans les correspondances des temps et du métro, l'incorrigible Zazie!!! Mais ma pauvre Dame, me direz-vous, faut bien vivre avec son temps! Je ne suis toujours pas d'accord. Je refuse d'écrire pour la multitude vile. J'adore cultiver l'aristocratique plaisir de déplaire... Vous connaissez suffisamment cette antienne, je n'arrête pas de la reprendre. Brodons donc une énième variante sur ce thème rebattu: Primo, dans mon combat écologique, je refuse de participer à l'abrutissement collectif de notre discutable engeance. Deusio, je milite aussi pour la conservation des espèces menacées. Ainsi, je voue une tendresse toute particulière aux authentiques correcteurs humains, à deux pattes, férus de grammaire et sachant reprendre avec un tact consommé les dérapages des écrivains de métier, ou des individus considérés comme tels... Nos chers éditeurs se contentent désormais d'opératrices de saisie (la gent féminine coûtant moins cher que la masculine, surtout si on la recrute de l'autre côté de la Méditerranée ), ils ciblent, dans la mesure du possible, un vaste lectorat, une clientèle qui consent à acheter de l'imprimé à condition de ne pas y gagner la migraine. Inutile donc de s'encombrer d'universitaires titrés... et partant onéreux. La cause est désormais entendue. Il n'y aura pas d'appel, hélas!
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Surconsommation médicamenteuse Le saviez-vous, braves gens? La surconsommation médicamenteuse tue davantage que la route. Mais bien plus discrètement... D'un côté nous déplorons plusieurs milliers de victimes des chauffards, de l'autre, ce sont environ cent-vingt mille assurés sociaux qui disparaîtraient discrètement chaque année pour avoir associé des produits pharmaceutiques peu ou pas compatibles. Personne ne s'en vante. Surtout pas ceux qui nous rebattent les oreilles avec le trou présumé abyssal de la Sécu. Ou qui nous tympanisent avec de prétendus principes de précaution... Je me marre. Voyons un peu à qui le crime profite. À l'industrie de la chimie et à ses sous-produits, génériques ou non, complaisamment exposés et répandus dans les officines de nos chers potards. Chaque nouvelle molécule lâchée sur le marché doit trouver son coeur de cible. Au corps médical, puisque le patient souffrant des effets secondaires des drogues absorbées, il lui en faut de nouvelles pour juguler ceux des précédentes et ainsi de suite... (On observe dans le grand public, et de préférence chez les petites gens, ce préjugé solidement ancré: la compétence du praticien se juge à l'aune de la longueur de la prescription.) Aux maisons de retraite et aux services annexes aux personnes âgées. Les employés peuvent ainsi découvrir de nouvelles têtes sans avoir le temps de s'attacher. Aux activités associées aux Pompes Funèbres. Bon an mal an, avec ou sans canicule, les intoxications et empoisonnements fatals assurent la rotation des cercueils et l'amortissement de tous ces fours crématoires flambant neuf, ah-ah! Aux héritiers enfin, pauvres hères exaspérés par l'indécente extension de notre longévité... Certes, le législateur, dans son infinie sagesse, a prévu des donations-partages s'étendant sur deux générations. Mais mieux vaut tenir que courir, et on connaît la versatilité de la sénilité. Si le pire s'avère probable, il n'est jamais certain. En effet, bien que nous ayons cassé l'impitoyable sélection naturelle dont certains d'entre nous sont encore issus, la mithridatisation de nos grands vieillards parvient à rétablir quelque peu le bel ordre d'antan.
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Petits bobos (causes et conséquences) Comme vous venez de l'apprendre, j'ai réorganisé mon bureau-gymnase qui mériterait davantage l'appellation de foutoir. On ne peut pas considérer ça comme une initiative totalement spontanée. En effet, seul l'état pitoyable de diverses installations est parvenu à mobiliser mes énergies. Le Rédac va encore me reprocher de remonter au Déluge, mais il faut bien puiser à cette source pour que vous me compreniez. Le terrain sur lequel se dressent fièrement les deux étages de notre maison fut acquis en 1882. Les phases de la construction occupèrent la fin du 19e siècle. La première manifestation des bienfaits de l'électricité doit remonter au début de l'entre-deux-guerres. C'était le règne du fil torsadé et des lampes à contrepoids. J'abrège quand même pour vous la faire courte. En 1974, après le décès de ma tante, ma mère fit refaire le circuit électrique aux normes de l'époque. Début 1993, après la disparition de cette dernière, je renouvelai cette sage décision. Et je m'endormis sur ma bonne conscience. Du moins crus-je... Car un début d'incendie sur la prise de la machine à laver dissipa nos illusions. Là où nous imaginions refonte, il n'y eut que bricolage, rapetassage, de beaux boîtiers neufs sur des gaines vétustes... Des dysfonctionnements dans mes appartements confirmèrent mes pires soupçons: paix à leurs cendres, les précédents hommes de l'art nous avaient consciencieusement entubées! Puisque je suis obligée de développer mon parc informatique, il me faut donc sécuriser mon espace vital. Et me voilà débarrassant mes étagères de milliasses de bouquins entassés sur trois rangées. Et je pousse. Et je tire. Et je sue. Et je peste. Et j'ingère des tonnes de poussière. Et j'expulse des troupeaux entiers de moutons. Un professionnel de confiance intervient pour neutraliser les impérities de ses prédécesseurs. Sa mission accomplie, je réinstalle en bonne et due place les preuves matérielles de ce qui est censé représenter les vestiges de ma vaste (?) culture. Un phénomène de dilatation a dû se produire pendant cet éphémère déménagement: il me manque désormais de la place. Je cours chez Trouv' Tout. Je reviens nantie de deux petits meubles made in China. J'extrais brutalement ces purs produits de l'esclavage moderne du coffre de ma bagnole. Et crac! je me nique le dos. Moralité: je ne suis pas faite pour les extravagances ménagères. Mais rassurez-vous, en l'espace de quelques jours, tout était rentré dans l'ordre.
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Paradoxe Les récentes agitations estudiantines me permettent de mettre le doigt sur un des paradoxes majeurs de l'université. D'un côté, elle incarne aux yeux de l'opinion l'avant-garde de la pensée la plus audacieuse, pour ne pas dire la plus subversive. De l'autre, elle se cramponne à ses prérogatives pluriséculaires. Or, mes bons amis, on ne peut pas avoir le beurre, le prix du beurre et en prime le cul de la fermière! Je m'explique, une fois de plus en remontant sinon au Déluge, du moins au Moyen Âge. Quand le chapelain et confesseur de Saint Louis, Robert de Sorbon (1201 -1274), fonda l'institution qui lui doit son nom, il l'entoura des privilèges ecclésiastiques, en particulier ce fameux droit d'asile convenant à des clercs appartenant au clergé (pardon pour la répétition, à l'usage des gens ignorant l'étymologie) et enseignant en latin, langue morte, universelle et sacrée. On y apprenait surtout la théologie, mais aussi les rudiments de ces humanités qui devaient inéluctablement conduire à la laïcisation et à l'émancipation du savoir. Créée pour des écoliers pauvres, elle devint ainsi dès 1554, en pleine Renaissance, le lieu de délibérations plus générales. Si l'on me permet d'enjamber les époques et de sauter hâtivement aux conclusions, je dirai que le ver était dans le fruit dès les origines et que, rien de nouveau n'apparaissant sous le soleil, les étudiants d'aujourd'hui voudraient des études gratuites et qualifiantes (dans tous les sens de ces deux termes), et sans que le monde de l'entreprise ne vienne mettre son nez dans sa gestion. On peut toujours continuer de rêver, surtout quand on sait que si 80% d'une classe d'âge parvient bon an mal an à franchir l'obstacle du Bac, 70% de ces heureux lauréats se fracasseront la gueule à l'issue de leur première année de supérieur...
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Culture générale Une école primaire qui se contente de jouer la halte-garderie, un collège assurant les prolongations de la stérilisation par le vide, un secondaire où on multiplie les options et les spécialités afin de continuer à ne pas consolider les bases élémentaires du savoir... Pour emprunter la formule à un collègue, la fabrique de crétins bat son plein. Les bonnes âmes n'y voient que l'inconséquence de notre légendaire impéritie. Les paranoïaques forcenés de mon genre hurlent au complot. Mais qui? De quoi? Qu'est-ce? vont répliquant les mêmes innocents aux mains vides... Réponse numéro 1.- Les gens de ma génération -- enfin, les élites issues du présumé brassage républicain des susdits --, ces personnes-là, dis-je, s'étant approprié les itinéraires et les postes clés de la réussite, continuent à confisquer la promotion et la consécration sociale à l'usage exclusif de leur progéniture. Ou pour résumer ce qui précède, comment le népotisme s'avance, main dans la main avec la ploutocratie. Réponse numéro 2.- Comment? Avec la confiscation de la culture. Plus on nous enfarine de ses avatars populaires et médiatiques, plus on la réserve à une caste de mandarins, à laquelle j'avoue finalement appartenir. Laquelle est la seule se trouvant en capacité d'approcher ou d'exercer le pouvoir suprême. Prenons quelques exemples pertinents et relativement récents à l'échelle de l'Histoire. Pompidou: fils d'instituteur, normalien, fondé de pouvoirs de la banque Rotschild, Premier Ministre, Président de la République. Giscard: petit-fils d'un pharmacien, rejeton d'un membre du Conseil d'État (surnommé Monsieur dePuis Peu), polytechnicien, énarque, Grand Argentier, successeur du natif de Montboudif à la magistrature suprême, académicien, tête pensante de la Constitution européenne. Mitterrand: petit-fils de cheminot, avocat, plus jeune maroquin de la Quatrième, deux fois réélu au fauteuil présidentiel, mort pharaonisé après un ultime voyage sur le Nil. Chirac: descendant d'instituteurs rad-soc, énarque, épousant le sac, babysitté et introduit dans le sérail par Pierre Juillet et Marie-France Garaud, membre du gouvernement, Premier Ministre, Président réélu au prix du sacrifice du septennat, aime embrasser les foules et flatter le cul des vaches. Voilà pour la version réductrice offerte au bon populo. On sait néanmoins désormais que ce bâfreur, ce buveur de bière, ce sauteur expéditif de militantes parle l'anglais, le russe, est féru de culture nipponne, nous lègue le musée des arts premiers... J'aurais pu aussi retracer le CV de quelques grands capitaines d'industrie... Un jour ou l'autre, nous les voyons passer du béton précontraint à l'acquisition d'une chaîne de télé, s'occuper d'armement d'un côté, devenir patrons de presse ou d'édition de l'autre... Réponse numéro 3 et conclusion.- Vous comprenez maintenant pourquoi on ne peut pas laisser l'exercice de l'intelligence critique à n'importe qui. Ce serait l'anarchie (demandez à l'aréopage qui condamna Socrate!). Bref, la fin du simulacre de démocratie douillette dans laquelle nous nous vautrons en maugréant. Vous me répliquerez qu'avec internet, le ver est dans le fruit. Sinon, à quoi servirais-je ici?
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Pétasses Je suis volontiers misogyne. Après tout, c'est ma prérogative de femme. Je voue une animadversion bien particulière à celles de mes présumées semblables couchant utile et épousant de même. L'actualité récente vient d'exposer sous les feux de la rampe un top-modèle sur le retour, chanteuse sans voix et auteure compositrice à ses moments perdus. La rumeur lui prête une liaison fracassante avec le fils d'un de ses ex, lui-même naguère conjoint de la rejetonne d'un de nos penseurs patentés... Bof, tout cela resterait véniel tant qu'on remue la merde dans les tasses de thé germanopratines. Mais dans notre si belle monarchie républicaine, voilà-t-il pas que le chef de l'État s'affiche -- chez Mickey d'abord, en Égypte ensuite -- au bras de cette longiligne hétaïre aux charmes déclinants. Vous objecterez que je suis bien sévère pour une créature comptabilisant deux fois moins de printemps que moi. La question n'est pas là, et je souhaite aux nouveaux amants tous les bonheurs du monde. Toutefois le doute m'étreint. Bis repetita non placent, comme disent les pages roses du vieux Larousse offert par la commune à tous les lauréats d'antan du Certificat d'Études Primaires. En effet, si notre Messaline fait preuve d'un éclectisme certain dans le choix de ses passades, son partenaire retombe dans une ornière familière. Ne se pavane-t-il pas au bras d'une réplique (relativement) améliorée de sa précédente épouse? Laquelle, avant de convoler en justes noces avec un futur candidat à la présidence de la République, fit ses premières armes aux côtés d'un animateur polyvalent, fin gourmet et amateur de chair fraîche... Si gouverner veut dire aussi prévoir, ces bévues sentimentales augurent mal de la suite du mandat. Je sais, je sais. Rien de nouveau sous le soleil. Nos Princes s'entouraient autrefois de maîtresses impopulaires: Gabrielle d'Estrée, la Montespan, la du Barry, j'en passe et des meilleures. Ils cristallisaient sur la favorite du moment la vindicte populaire. Mais je parle d'époques où le divorce ne se pratiquait point. D'ailleurs les têtes couronnées présumées fidèles -- comme ce pauvre Louis XVI -- connurent l'infortune de la décollation. Alors, le petit Hongre, que nous réserve-t-il? Un putsch, pour pérenniser son autorité? Ou des fariboles pour faire rêver Margot et endormir le brave populo? En attendant, il redore le blason de ses trois prédécesseurs qui tiraient tous azimuts dans une relative discrétion.
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Obésité Les réveillons font déjà figure de souvenirs évanescents. Les rois mages campent à nouveau dans leur désert. La Chandeleur arrive. Les chocolats sont digérés. Le foie gras s'accroche sur les hanches en dépit de la poignée de kilos reperdus. Courage, la période des crêpes se profile. Chantres intégristes de la maigritude, peaufinez vos sermons! Je retiens votre dernière foucade. Elle ne manque pas de sel! Ni de sucre non plus! Qu'entends-je? Qu'ouïs-je? Le Père Noël serait trop gros. Il donnerait une image désastreuse aux petits enfants -- qui au passage, je l'espère, s'en contrefoutent comme de l'an quarante. Hé ben, fallait y penser avant! On connaissait Saint Nicolas, le brave évêque qui sauva du saloir des marmots bons à croquer. Il devint Santa Claus chez les Anglo-Saxons. Coca-Cola inventa le bonhomme à la tunique écarlate. Or, nul n'ignore combien les sodas sursaturés de saccharose peuvent fabriquer à la chaîne autant d'obèses que de diabétiques. Vous vous trompez donc de cible, mes compères. Vilipendez à longueur d'année les industriels de l'alimentaire, et laissez le mythique descendeur de cheminées reposer le reste de l'année auprès de ses rennes chéris en Laponie... Ah! C'est une autre paire de manche! Et vous préférez continuer à pourfendre les coquecigrues! Ben voyons! De qui se moque-t-on, une fois de plus!
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Intellectuels Je sais une catégorie d'individus dont il convient tantôt de se gausser, et tantôt de les encenser. Intellectuels. Vous avez dit intellectuels. C'est quoi ces petites bêtes-là? Car pour utiliser la langue des cuistres, l'acception est tantôt péjorative, tantôt laudative. «Personne portée par son goût ou par ses occupations aux choses de l'esprit», voilà la définition la plus neutre extirpée de mes dictionnaires les plus vénérables. Je vous épargne, sans vous l'épargner, tout en vous l'épargnant, le rapide historique: le mot entra dans la langue vernaculaire avec l'affaire Dreyfus. La presse réactionnaire fustigeait ainsi les défenseurs du capitaine dégradé. La réhabilitation du bagnard le plus célèbre de l'Île-au-Diable valorisa ses avocats. C'est pourquoi les journalistes, les essayistes, les gens de robe, se prennent volontiers pour des personnes d'esprit... en procédant trop rapidement à l'amalgame. Si je suis dans l'incapacité de vous dire ce qu'est effectivement un penseur, je puis cerner ce qu'il n'est pas, en dissociant les conditions nécessaires des suffisantes. Les philosophes de vocation et même de métier -- à tout seigneur tout honneur -- sont à ranger d'emblée dans cette catégorie. Ne surtout pas les confondre ou les assimiler à de vulgaires politologues ou politiques. Encore moins aux songe-creux autoproclamés sociologues, psychologues, etc. Mais il ne suffit pas non plus d'avoir accompli de longues -- et parfois chimériques -- études pour revendiquer ce label: un pharmacien, un médecin, un physicien, un chercheur, un mathématicien, un professeur, ne peuvent se targuer systématiquement d'appartenir à l'élite cogitante. Pareil pour les sommités ecclésiastiques, en dépit du respect que je suis susceptible de leur porter. Et les artistes, hein, les artistes??? Faut voir. Les peintres, les sculpteurs baignent dans le concret. Figuratifs ou non. Les musiciens-interprètes aussi. Les compositeurs, ça se discute. Et les écrivains??? Pas les poètes -- les Surréalistes mis à part. Songez aux lamentabilités d'Hugo quand il essaie de penser, le pauvre chéri. Pas les romanciers, sauf s'ils jouent les théoriciens, les critiques, les polémistes. Et ça ne leur porte pas forcément bonheur -- voir ce malheureux Zola, assassiné à l'oxyde de carbone... Les auteurs dramatiques idem, la scène vous ramenant aux rudes réalités, hein William!... Quant aux cinéastes (l'argent, toujours l'argent), aux comédiens et autres acteurs, soyons charitables, évitons de les mentionner. Conclusion, beaucoup d'appelés, peu d'élus. Si la connotation péjorative persiste, je l'attribue à la foule aigrie des prétendants dépités... Et moi? Sachez que je n'aspire point à l'ivresse des altitudes éthérées. Je campe sur mes positions narquoises, les deux pieds dans la glèbe. Un chien regarde bien passer un évêque... Sic transit...
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Planche Quand j'ai opéré ma deuxième grande révolution informatique, il m'a fallu procéder à des aménagements d'urgence dans mon foutoir-bureau-gymnase. À cet effet, je dus -- non sans une intense satisfaction -- bannir la planche à repasser dans la chambre d'amis. Nini bouda. En effet, depuis son installation à la maison, elle campait des après-midi entiers sur cet accessoire ménager, se calant le rognon contre le radiateur et baignant plein sud dans des flaques de soleil. Devant la véhémence de ses miaulements, je me suis donc précipitée chez Weldom (publicité gratuite, Jean-Louis!), j'ai commandé une planche en vrai faux chêne, d'un mètre dix sur vingt-cinq centimètres de large. Et illico presto j'ai décidé de l'installer sous la fenêtre en la casant astucieusement entre les tuyaux et les gaines électriques. Dois-je préciser à mon cher public que je n'avais jamais utilisé de ma vie une perceuse électrique. Que le tamponnage, jusqu'ici, je le croyais réservé aux timbres. Que les murs de ma vénérable baraque atteignent le pied et demi d'épaisseur. Que le rognon de silex jouxte la brique. Qu'évidemment les obstacles intérieurs à éviter, les cotes à respecter m'ont conduite tout droit dans le matériau le plus résistant. Après avoir pesté, sacré, juré, j'ai fini par consolider mon installation, dans la sueur, dans la poussière, en calant vaille que vaille les deux cornières, en vissant ce que je pouvais, comme je le pouvais, la petitesse de mes doigts ne remplaçant pas un tournevis habilité à aller dans les coins (ça existe). La Minette exècre habituellement toute forme de dérangement. Mais elle est restée à deux pas de moi, surveillant d'un oeil froncé la progression de mes travaux. Quand j'ai enfin remisé les outils dans leur trousse, elle s'est posée d'un derrière prudent sur le résultat de mes initiatives. Depuis, elle y permane.
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Solidarité On a laissé pourrir pendant plus d'un demi-siècle le dossier des retraites. En pratiquant la politique de l'autruche: la tête dans le sable et le croupion exposé à tous les ravages. Or le gros bon sens, les règles les plus élémentaires de l'arithmétique nous apprennent que nous sommes passés à coté de l'évidence. La génération de nos parents quittait l'école à douze, treize ou quatorze ans. Grâce à l'impitoyable sélection naturelle qui sévissait encore, grâce à l'élévation du niveau de vie, aux progrès de la médecine, nos chers anciens, qui centenaire, qui nonagénaire, profitèrent de pensions excédant parfois leurs années d'activité. Si la société se montra chiche à leurs débuts, elle combla les survivants au crépuscule de leur existence. En revanche, aujourd'hui, on maintient dans de longues et chimériques études près de 80% d'une classe d'âge. On peut humainement espérer que leur longévité excédera celle de leurs aïeux. Qui va payer leurs années d'oisiveté? Il faut tailler dans le vif et faire des choix: soit on finance en amont, soit on banque en aval. Mais pas les deux en même temps. Au nom de l'égalité des chances, on mise sur l'instruction. Je ne suis pas sûre que la quantité soit ici gage de qualité. Reconnaissons que nos jeunes bénéficient jusqu'à la trentaine d'une adolescence prolongée, avec ou sans syndrome d'Hamlet ou de Tanguy. Ben faudra vous y coller, mes cocos, bosser jusqu'à l'aube de la sénescence, en alertes octogénaires. On ne peut pas avoir le beurre, le prix du beurre et le cul de la fermière, que voulez-vous! Il paraît que je tiens céans d'abominables propos réactionnaires... Qu'y puis-je, les faits sont têtus.
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Mesquineries Une brave pomme de ma connaissance -- et qui n'est pas bien loin, suivez mon regard, je ne vise personne --, une brave pomme ou poire, répété-je, entreprit donc de fournir pendant des années une vieille amie isolée, puis hospitalisée et grabataire en mots croisés, codés, fléchés, agrémentant ainsi son misérable quotidien. Comme tout heureusement parvient à sa fin, la cruciverbiste acharnée ravala un soir son acte de baptême. Les notaires du cru vous le confirmeront, ici, les ouvertures de testament donnent souvent matière aux escalades verbales outrancières, voire au pugilat. Que découvrit-on entre autres lamentabilités chez l'honorable tabellion? Je vous le donne en cent, je vous le donne en mille -- pour parodier ainsi la chère Sévigné. Ah! ah! Vous séchez... Ou vous n'osez formuler l'indicible... Lâchez-vous, que diantre! Et apprenez qu'à l'heure des comptes, la petite bru se fit rembourser rubis sur l'ongle tous les magazines apportés par votre servante. Je ne pleure pas sur les quinze ou vingt euros mensuels procurant évasion et sport cérébral à la récipiendaire au cours de cette dernière décennie... Je fulmine contre le procédé, sans oublier de fustiger la bassesse et la médiocrité de certains de nos congénères. J'appris également, pour ma stricte gouverne, que la pourvoyeuse en eau de Cologne subit un traitement équivalent au mien. La coupable des détournements, loin d'être une nécessiteuse, portait beau le jour de l'enterrement. Apparemment, il n'y aurait point de petits bénéfices. Ne l'oublions pas, cette mini-tragédie burlesque se déroulait au coeur historique de la Beauce.
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Vénalité des charges Retournerions-nous -- sous prétexte d'urgence et d'efficacité -- au bon vieux système de la vénalité des charges? Je m'explique: sous l'Ancien Régime, et ce fut une des revendications majeures des philosophes des Lumières, la justice manquait d'équité puisque les juges achetaient ou héritaient de leur fonction. Rétribués de surcroît par le justiciable, sciemment ou non, on pouvait les soupçonner de faire pencher le plateau de la balance du côté du plus aisé. Aujourd'hui nos magistrats sont des fonctionnaires. Ils touchent un salaire aseptisé, puisqu'il provient de l'anonymat des fonds publics. Mais le projet de réforme du divorce par consentement mutuel, dans sa hâte et sa précipitation, augure une sorte de retour à la case départ. Les futurs ex-conjoints comparaîtraient devant un notaire (officier ministériel ayant acquis le fonds de son étude). Ils seraient déjà d'accord sur la séparation et le partage des biens. Le tabellion se contenterait d'enregistrer leur décision... Et si je puis m'exprimer ainsi, la messe serait dite. Et les deux forçats des chaînes conjugales, enfin libérés, vogueraient vers un nouvel avenir présumé radieux. Qui paye? Les deux candidats à la rupture. Mouais... Dans un couple, il y a le dominant et le dominé -- sans préjugés sexistes préalables, SVP. Avec une parité du genre «Donne-moi ta montre, je te donnerai l'heure». C'est tout ce que je voulais prouver. Et je ne parlerai pas des avocats couinant, au nom des grands principes, parce qu'on va zigouiller la poule aux oeufs d'or!
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Grosse flemme Faudrait envoyer à Marie-Luce le tableau des indices glycémiques des aliments. Je devrais aussi joindre Marcelle pour lui communiquer des documents sur les champignons thérapeutiques. Sans oublier Catherine, dont je n'ai pas de nouvelles depuis la Noël. Je fais également l'impasse sur les justificatifs du déplacement du club à Metz. Bref, je traîne, je bade, je glande. Je passe la période des congés scolaires à rêvasser, avachie sur mon divan, avec une radio en bruit de fond. J'affecte de me prélasser. Sous prétexte de trouver de nouveaux sujets d'articles. Et ne croyez pas que je m'orne l'esprit en lisant. Rien! Zéro! Peau de zob! Ouallou! Nada! Que dalle! Mon activité mentale voisine celui des plantes vertes: l'électro-encéphalogramme plat. Aucune activité culturelle à l'horizon. Aucune émulation sportive non plus. Toujours à cause de ce putain de calendrier scolaire. Pas de sortie en perspective non plus. Ma voiture rouille sous son appentis. Ses pneus se dégonflent d'inertie. Les dernières gouttes de carburant achèvent de s'évaporer dans le réservoir. Serait-ce le spleen? La petite déprime avant le rebond de la fièvre de printemps? Le Rédac me foudroie d'un oeil charbonneux d'auvergnat. Et mes chroniques d'avril, on en verra un jour la couleur? Je promets mollement. Avec cette absence de conviction qui n'engage que la crédulité de vos interlocuteurs... Mañana, mañana, mañana, cela semble être le nouveau mantra, la devise du jour: remettre au lendemain ce qu'on n'a pas envie de se coltiner pour l'instant... Chers lecteurs, nous voilà bien partis!
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Escarpins On nous tympanise en nous ressassant combien les moutards d'aujourd'hui pâtissent du manque de fermeté de leurs géniteurs. Force m'est de reconnaître un fond de vérité à ce nouveau credo éducatif -- pourtant vieux comme le monde. J'en veux pour preuve l'illustration patente au travers de l'anecdote que je vais vous narrer. Du temps de ma lointaine enfance, on me laissait fréquenter exceptionnellement quelques spécimens de ma génération. Il m'arrivait ainsi, deux ou trois fois l'an, d'aller goûter chez une Marie-Chantal dont les parents tenaient au demeurant buvette. J'y voyais des films de Charlot, car les auteurs des jours de cette mijaurée lui avaient offert un petit appareil de projection. La gamine arborait aussi des escarpins que je reluquais avec convoitise. Une telle débauche contrastait avec les principes d'économie spartiate en usage dans ma famille. Tannée par la curiosité, je m'enquis du moyen de me procurer semblables merveilles. La réponse fusa: « Quand je veux quelque chose, je menace de me suicider. » Mon esprit -- qui n'avait point encore atteint l'âge de raison -- sollicita quelques explications sur le sens de ce verbe méconnu. Le commentaire malhabile de mon interlocutrice m'ouvrit néanmoins un certain nombre de perspectives auxquelles je n'aurais point songé. Surtout si l'on prend en considération mon insensibilité ultérieure au vertige métaphysique. Une fois rentrée à la maison, je décidai de passer de la théorie à la pratique. J'exigeai des vernis noirs à brides. Et pour faire bon poids, en prime, une robe de velours rouge. Sinon, j'allais me défenestrer. Cet ultimatum se déroulant au premier dans la chambre de ma mère, cette dernière, pas plus traumatisée que ça, ouvrit grand la croisée en me disant « Vas-y! ». Il aurait fallu m'élever à près d'un mètre du sol. Mon inaptitude physique mit illico un terme à mes velléités. On n'en reparla plus jamais... J'ai donc bien des défauts, mais je ne fus jamais dès lors une fillette capricieuse.
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Déménagements Si j'y réfléchis bien, j'ai dû déménager onze ou douze fois dans ma vie. Je tiens certes pour quantité négligeable les mutations et permutations de piaules durant ma période estudiantine. Après, les choses sérieuses ont pour ainsi dire commencé. En entrant de plain-pied dans mes activités professionnelles, je me suis enfin installée dans mes meubles -- fussent-ils de deuxième, de troisième, voire de quatrième main. Première nomination: lycée Oqba ben Nafi, Cité Mohammedia, route de Bournazel, entre l'usine d'incinération, la cimenterie et Crush-Coca-Cola, à Casablanca, Maroc. Les hasards de mes tribulations centre ville, la précarité de mes ressources me font échouer rue des Acacias, quartier de l'Oasis -- qu'on ne peut considérer comme le plus pouilleux de la ville. J'occupe le rez-de-chaussée d'une spacieuse villa. Septembre, octobre passent, je baigne dans la félicité. Novembre, décembre se présentent avec leur cortège de pluie, de brouillard. Appelez-le brume de mer si vous voulez, ce n'en sera pas moins une saloperie insidieuse et salée. Les murs salpêtrent. Les chaussures moisissent dans la penderie. Le soir, je dois passer mes draps au sèche-cheveux, pour m'endormir dans une literie moins inconfortable. J'y contracterai mes premiers et seuls rhumatismes. Le matin, je patauge dans des flaques. Je comprends alors la raison de la modicité du loyer. J'achève l'année scolaire. À la première opportunité, je reprends le studio d'une coopérante en fin de contrat. Je tasse mon piètre butin dans le cul de ma 4L et j'émigre vers les altitudes du Romandie, luxueux building de dix-sept étages, principalement squatté par les personnels navigants des diverses compagnies aériennes desservant la capitale économique du royaume chérifien. Je suis au sec. L'angle de mon balcon donne sur le stade. J'habite au dixième. Deux nuisances nouvelles me pousseront encore à décamper. Primo, ma belle prédécesseuse, fort courue et fort accueillante, me valut la visite intéressée de ses innombrables galants et galantes, ce qui est finalement à la fois flatteur et véniel. Deusio et surtout, l'altitude prise me rendait particulièrement sensible au multiples petits tremblements de terre qui agrémentaient mon quotidien avec leurs kyrielles de vaisselle cassée et de bouquins dégringolés de leurs étagères. Je refilai donc ma garçonnière à un soupirant particulièrement méritant. Troisième année, troisième logis. J'échoue au Maârif, au-dessus de la pharmacie qui fait l'angle avec le boulevard Zerktouni. J'occupe le premier. Tirant les fruits de l'expérience, je me sais désormais à l'abri de l'humidité et, en cas de séisme, je me flatte du secret espoir de choir au milieu des remèdes, des compresses et des pommades. Mon propre engagement arrivant à expiration, je liquide mes dépouilles, ma bagnole, et je m'envole vers d'autres horizons, bien rodée désormais puisque je viens de quitter mon neuvième domicile en neufs ans. Ce sera pour m'encalminer vingt ans à Paris et quinze ans ici. Autrement dit, retour à la case départ.
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Zizique Mon amie et voisine Annie souffre d'un torticolis persistant. Dans l'impossibilité de prendre le volant, elle me demande de la conduire chez son ostéopathe à la Ferté-Bernard. Nous enquillons donc l'autoroute par un beau matin d'hiver ensoleillé, et ma voiture ronronne de satisfaction à la perspective de rouler enfin à plus de 90 km/h. Nous sommes en avance et nous permanons dans la salle préposée à cette inactivité. Nous discutons de futilités féminines en attendant l'homme de l'art -- c'est-à-dire de fringues, de mecs, de régimes, de chirurgie esthétique et autres billevesées. Puis le praticien accueille sa patiente. Et je reste seule avec moi-même entre quatre murs dont deux prônent l'exercice, un troisième fustige les méfaits du tabac, le dernier assurant la promotion de remèdes ayurvédiques. Enfin, je dois rectifier, je ne suis pas abandonnée au vertige de mes pensées, puisqu'une musique censément relaxante et vaguement asiatique vient m'envahir les trompes d'Eustache. La consultation dépassant la demi-heure, ma copine en aura pour son argent. Ma petite personne voit sa tension grimper vers des altitudes himalayesques. De guerre lasse j'envisage quelques sauts dévastateurs pour désintégrer les baffles. Je calcule mes angles d'attaque. Hélas! je ne suis pas assez grande pour assener un coup de pied marteau (ma spécialité sur le tatami). J'imagine des sévices pervers sur la personne du thérapeute. Qui m'appelle. Pour me montrer l'exercice à faire exécuter à ma passagère. Je refoule mes instincts homicides. Je lui souris, à ce brave garçon. Des remugles de bonne éducation refoulée m'ont empêchée de lui dire tout le mal que je pensais de sa musique de merde... Depuis, Annie poursuit consciencieusement sa rééducation. Elle va bien, merci. Comme quoi, nobody is perfect! Et surtout pas moi!
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Correcteur Par pure charité pédagogique (variante molle de sa version laïque), j'ai laissé fonctionner le correcteur orthographique de mon présent ordinateur. Et je puis ainsi évaluer la pauvreté étique de son vocabulaire. Certes, je n'ignore pas que je pourrais l'enrichir en complétant à chaque fois son dictionnaire. Mais, primo, la flemme. Deusio, ses carences me permettent d'afficher plein écran ma présumée supériorité intellectuelle... Si je me réfère au précédent article dédié à mon allergie musicale, mon censeur m'a surligné, dans l'ordre : Annie, Ferté-Bernard, enquillons, permanons, ayurvédique, relaxante, Eustache, himalayesque, nobody is perfect. Faut pas pousser. Ces prénoms relativement courants relèvent de la culture générale de base, du moins ici, à la pointe occidentale de l'Europe. Je décide donc, moi aussi, de prendre ma tête de con : j'ouvre mon Jouette (70 000 mots référencés, le double des Petits Larousse ou Robert usuels), « relaxante » figure en bonne place -- p. 586, 2ème colonne. En ce qui concerne mes hardis néologismes, j'attends, à l'instar de Queneau ou de Céline, que la postérité se les approprie... On peut toujours rêver! Pour l'expression anglaise, je veux bien baisser pavillon. Ce qui m'irrite encore, c'est que cet appareil se permette d'anticiper mes mots -- me suggérant par exemple « mesquinerie » quand je tapais le précédent possessif, et s'autorisant « paranoïaque » en lieu et place de la préposition. Donc ma machine ignore grammaire, morphologie et syntaxe. Je sens que je vais sévir. Car je refuse de contribuer à la crétinisation des masses ( Dudule, ainsi s'appelle mon con-de-puteur, vient de me proposer crématoires!!!) Mais non, mon p'tit gars, je vas te les reformater, mézigue, tes références. Hozanna! Cézigue accepte mon ego argotisé, mais cane sur le vocable religieux. Conclusion : mon ordinateur sera mal embouché et mécréant! Que ça lui plaise ou non! Après avoir semé la petite graine de l'insubordination chez les quelque 7000 élèves soumis à ma férule (cherchez la contradiction!), voilà-t-il pas que j'entreprends de dévoyer du robot pensant! Belle illustration de l'éternel triomphe de l'homme sur son équipement.
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Criolisation Tiens! ça passe comme une lettre à la poste, le terme de criolisation. Pourtant, dans mon Jouette de référence (p. 178, lère colonne), il brille par son absence entre criocène et crique. Ah! je remarque qu'on me le tolère en majuscules, mais macache en minuscules. J'attribue ce menu progrès à ma séance de fustigation précédente. Mais revenons à nos moutons. Que signifie ce mot? Il désigne le glissement d'une langue dotée d'un passé illustre et d'une littérature assortie vers un parler strictement oral simplifiant la précédente. Dans les Caraïbes, les descendants des esclaves utilisent une variante exotique du français désormais transcrite en phonétique rudimentaire. Exemple: « pani p'oblèm » signifie « aucun problème », « Ouka t'ouvé? » donnant au choix: « est-ce que tu/il/elle a(s) trouvé? ». Des linguistes, avides de dépaysements tropicaux et défrayés, se sont spécialisés dans l'étude de ces idiomes considérés au départ comme des patois. Et puis ça ne mange pas trop de fruits de l'arbre à pain, et ça baigne dans le politiquement correct, avec valorisation des communautés jadis méprisées, voire persécutées, etc, etc. De mauvais esprits -- dont je suis -- se tapotent dubitativement le menton, quand ils ne ricanent pas ouvertement. Même si je raffole de la biguine et du zouk, de la saveur de certaines trouvailles: « c'oker » pour « forniquer », « allocations b'aguette » pour allocations familiales. Derrière l'opportunisme carriériste se cache pourtant parfois un fond de vérité. Car ces parlers à la fois savoureux et abâtardis nous proposent en léger différé un phénomène qui a présidé à la naissance des langues romanes. C'est quoi donc, le français, SVP ? Du bas latin mal régurgité par des soldats de la pax romana, tantôt germains, tantôt ibères, rarement nés natifs de la plaine du Latium, et dans ce cas dans la pire des plèbes, croisé avec ce que des oreilles gauloises voulaient bien retenir de ce salmigondis. Apprenons donc à rester modestes... Un jour, le pidgin de Hong-Kong l'emportera sur le modèle proposé par les Wasp des descendants du Mayflower.
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Pourboires Quand l'ultime valeur refuge c'est le fric, on côtoie fréquemment le sordide. La fille d'une de mes anciennes collègues, après des études plus ou moins ratées, trouva enfin sa voie dans l'hôtellerie-restauration, activité réputée pour son manque de bras et de bonnes volontés. La voici donc, grâce aux relations de papa-maman, en stage dans un palace parisien lors des dernières fêtes de Noël. Je précise qu'elle ne ménageait ni son temps, ni sa peine... Ce qui lui valait de somptueux pourboires... Lesquels se trouvaient mis au pot des apprentis et destinés à être équitablement répartis entre ces nouveaux esclaves modernes non rétribués, je tiens à le souligner. Que fit, selon vous, le patron de ce fleuron de la gastronomie? Il empocha la moitié de la cagnotte. Ouais, messieurs-dames... Y a pas de petits bénéfices. On voudrait décourager notre belle jeunesse qu'on ne s'y prendrait pas mieux! Pour ma part, continuant à être en relation avec une amie enseignant le droit dans cette filière, j'ai profité de notre vieille complicité pour colporter l'anecdote, avec noms, lieux, dates. À charge pour l'intéressée de clabauder à qui mieux mieux ces malveillances. Internet en remet discrètement une couche. Il faut bien que mon pouvoir de nuisance serve à quelque chose!
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Inflation lexicale Je ne suis pas la première à le remarquer : plus un sujet est futile, frivole, con, niais, inconsistant, ridicule, oiseux, plus le langage censé l'évaluer est hyperbolique. Assister à tel vide-grenier de sous-préfecture de la Creuse, c'est génial! Manger l'insipide kébab à la dinde du boui-boui du coin, c'est super! Acheter le dernier album d'un groupe de rap inaudible, c'est top! Essayer en avant-première l'autobronzant qui fera fureur en août, c'est supertop! Je pourrais continuer indéfiniment. Passer du mélioratif au péjoratif en décrétant à l'inverse que Racine c'est nul! Shakespeare hypernul! Bref la sous-culture populaire est à la mesure de ce que nous vendent les grandes surfaces (Supermammouths et autres mastodontes du mercantilisme) : beaucoup de bruit pour rien, comme le disait le Grand Will précédemment nommé. Par rien, j'entends bien sûr leur camelote onéreuse puisque je ne suis pas assez riche pour acheter si bon marché! Pour parodier l'adage, je suis venue trop tard dans un monde trop neuf. À moins que ce ne soit l'inverse. La crétinisation des masses grâce à une école-garderie n'enseignant que le politiquement correct du prêt-à-penser nous vaudra pourtant le retour d'une littérature de qualité, à petit tirage, destinée à une élite à l'esprit orné. Dilettantes du XXIe siècle, tenez-vous prêts : J'ARRIVE!
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Orange Mes billevesées vous parviennent par le canal du net. Pour ma part, compte tenu de la proximité de la borne, un peu contrainte et forcée, je me suis abonnée à Orange. Tant qu'à faire, j'ai opté pour le dégroupage avec téléphone prétendument illimité sur le fixe. Ah! Oui che... D'abord, il s'agit d'un faux dégroupage puisque j'ai gardé notre vieux numéro de fax. Ensuite, au bout de 25 minutes de conversation, ma ligne coupe. Si ce n'est pas une sorte d'arnaque doublée de publicité légèrement mensongère, je veux bien avaler un de mes chapeaux! Pour aller jusqu'au bout de la dénonciation du procédé anticommercial, je dois préciser que lorsque je me suis déplacée fin septembre pour négocier mon contrat, on a vivement essayé de me faire croire qu'avec la fragilité du téléphone illimité, je risquais d'être coupée du monde. Abandonnée à moi-même... Tu parles! J'ai vertement répliqué que nous gardions le numéro familial, que mon époux et ma présumée fragile petite personne possédions des portables, que la Beauce n'était point le Kalahari, que ces insinuations relevaient du refus de vente, et partant des tribunaux... Curieux comme tout d'un coup le ton s'adoucit...
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Gastro Tout le monde semble choper la gastro-entérite. Sauf moi. Touchons du bois... J'attribue mon apparente -- et peut-être provisoire immunité -- à au moins trois précautions de base: - Toujours se laver les mains avant d'absorber la moindre nourriture. C'est bête comme chou! - Procéder à l'identique après être sorti des toilettes. Si cela va sans dire, ça va encore mieux en le rabâchant. - Pour les filles, se laver méthodiquement le fondement, de l'avant vers l'arrière, et non l'inverse. Ces principes d'hygiène intime scrupuleuse épargneront accessoirement aux intéressées autant de crises de cystites... Faut-il préciser qu'il convient d'éviter de serrer la main des personnes contaminées, évidemment suspectes d'avoir failli aux règles susdites. J'ai vu des classes entières décimées de proche en proche. Il faut préciser que les vécés se trouvent parfois loin des salles de classe, et que les lavabos brillent par leur petit nombre ou leur absence à proximité des réfectoires... Un dernier conseil: si en dépit de l'observation des consignes précédentes vous sentez venir la nausée ou la colique, absorbez tout de suite cinq gélules d'ultralevure (à toujours garder sur soi) et vous devriez endiguer la déferlante!!! Ultime observation: y a des jours où j'me d'mande jusqu'où va se nicher l'inspiration!!!
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Vocation Je ne crois pas à la vocation. Ceux qui l'attendent risquent de glisser d'évasives et chimériques études vers le RMI, et de là vers le minimum vieillesse sans avoir vu le temps passer. Un cas parmi tant d'autres: moi. Passée la fascination pour le véhicule des pompiers et le harnachement du charretier, j'ai commencé à envisager des choses plus sérieuses: ingénieur météo dans la marine nationale, chirurgien orthopédiste, etc. Et ce fut pour constater dès l'entrée en sixième que les filles se trouvaient systématiquement exclues de droit ou de fait de certaines filières: Polytechnique, Saint-Cyr, Navale, l'Ecole de l'Air... Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Mais il faut ramer pour intégrer. Et entrer si possible major pour limiter les dégâts ultérieurs. Inenvisageable, par exemple pour les gamines de ma génération, de dépasser le grade de secrétaire après des études à Sciences-Po. Devant la mauvaise volonté évidente des institutions d'autrefois à profiter du capital intellectuel propre à la gent féminine, je me suis donc tournée vers des études de feignasse, autrement dit de Lettres. Car il s'agit surtout de lire beaucoup. Et d'étudier assez peu. N'en déplaise à ceux qui me liront après avoir suivi ces filières touristiques. En gros, dix mois de vacances pour huit semaines de présumé labeur. Il paraît que je me suis avérée à l'usage honnête pédagogue. Parce que je n'attendais rien de ce métier, il ne m'a pas déçue. Des copains-copines de ma génération devenus cadres SNCF ou sévissant à la Poste, dans la Banque, pourraient vous narrer des expériences similaires. Notre absence de passion nous ayant donné la distance critique indispensable...
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Noms propres J'ai beau bénéficier d'une excellente mémoire - et en particulier celle des chiffres - j'ai du mal avec les noms. Parce que mon esprit tend à les regrouper par catégories: Lebrun, Lenoir / Boulanger, Meunier / Garcia, Lopez. Je n'épilogue pas, j'ai déjà développé les inconvénients de ces amalgames. La difficulté vient d'ailleurs. En effet, un individu ordinaire connaît, fréquente plus ou moins une centaine de personnes formant le cercle des intimes, amis et relations. Mais moi, dans ma longue carrière, j'ai tympanisé quelque 7000 élèves, travaillé avec plusieurs centaines de collègues, voire un millier, si je prends en compte les jurys d'examens et concours. Ajoutez à cela les rencontres, les voyages, les papillonnages amoureux (je puis en parler en toute liberté, il y a prescription). En remontant encore en arrière, je dois mentionner les camarades de classe, les copains d'usine lors de petits boulots saisonniers, les voisins d'amphi, etc. Encore des dizaines et des dizaines de silhouettes confuses s'accumulant finalement par centaines. J'oublie le sport: adversaires de salles d'armes, de tatami, de compétition. Ayant frayé avec le petit monde du spectacle, des arts, des lettres, j'ai dû faire saigner bien des ego à vif en mal ou en perte de célébrité quand je ne retrouvais plus leur glorieux pseudo. Mais comment voulez-vous que je m'y retrouve? Pourtant j'identifie toujours le visage autrefois fugitivement familier. Pour lui coller la bonne étiquette, il faudra parfois un certain temps -- pour ne pas dire un temps certain!
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Écrivaillons On publie tout le monde aujourd'hui, sauf les écrivains. Quiconque s'exprimant dans sa langue présumée maternelle s'imagine capable d'en devenir un. Ben voyons! Ce n'est pas parce que je touille tous les jours une vague ragougnasse que je me prends pour un grand chef. Pourquoi des évidences si incontestables dans le domaine culinaire deviennent-elles incompréhensibles dès qu'on aborde la littérature? Ah, les mots qui fâchent sont lâchés! En effet, si le langage articulé appartient aux derniers descendants du primate, le maniement de la plume recquiert bien d'autres facultés. On ne saurait comparer le casse-dalle du déménageur avec les produits de la haute gastronomie, alors pourquoi confondre le parler de tous les jours avec une activité artistique réservée aux professionnels, même si cette noble occupation ne nourrit guère son homme? Quand Queneau ou Céline imitent le langage populaire, ils le retravaillent. Ils nous offrent une illusion du vrai plus authentique que le motif. En clair, quatre pommes dans un compotier c'est du trivial anodin. Cadré par Cézanne, ça devient une nature morte. Les cuirs du pauvre Docteur Cottard, chez Proust, ça relève de l'art. Chez l'original, ces pataquès ne traduisent que l'inculture du sujet. Une perspective néanmoins me rassure. Nos chers petits illettrés, ignorants cacographes dyslexiques, mélangent si bien désormais tous les types de discours que toute forme de littérature leur échappe. Grâce à cette table rase pédagogique, l'horizon se dégage. Bientôt on publiera peu, seulement des ouvrages de qualité, à faible tirage. Le happy few de Stendhal enfin retrouvé, en quelque sorte! JE RESPIRE!
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Menus Au fil des années, notre vie mondaine confine au néant. Outre une certaine misanthropie doublée d'un franc-parler pas toujours de bon aloi, j'attribue cette désertion à notre exil rural. N'en déplaise aux écolo, il n'est bon bec que Paris. Et puis faut plus fumer, ça dérange l'un ou l'autre. Je passerais volontiers sur cet oukase, ma consommation personnelle d'herbe à Nicot voisinant le presque rien. Pour votre incorrigible rédac, c'est une autre paire de manches. Vous me direz qu'à la campagne il reste le jardin et les tablées, l'été, à l'extérieur. Mouais... et les moustiques, les frelons, les fourmis, vous en faites quoi, de ces sympathiques bestioles piqueuses et souvent suceuses de sang, hein? J'oublie les régimes. Unetelle surveille sa ligne. Machin continue son bras de fer contre le cholestérol et les triglycérides. Chose lutte contre le diabète. Truc est allergique aux fruits, au gluten, etc. Enfin, tout ce petit monde doit rejoindre ses pénates sans dépasser les 0,5g d'alcoolémie. Alors, ne rien bouffer, ne rien boire. Autant rester encalminé chez soi. Et on s'étonne que la France soit morose, que la consommation stagne!
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Dérives On ne dira jamais assez les dérives des thèses de Rousseau. Affirmer que l'être humain naît naturellement bon s'avère une aussi grosse sottise que la théorie adverse. Je campe fermement sur la position de Montaigne : notre espèce est capable du meilleur comme du pire. Seules l'éducation et les circonstances nous ferons pencher du bon ou du mauvais côté. D'où l'importance de développer l'acquis. Même au détriment de l'inné. Je suis bien d'accord là-dessus avec Aldo Naouri. Pour ce pédiâtre de renom, l'enfant doit apprendre les limites, les interdits. Faute de quoi la société devient promptement invivable. On apprend à marcher. On apprend à parler. On apprend la propreté. En même temps on apprend l'obéissance. Oh! Le vilain mot! Surtout venant d'une personne ayant réputation d'anticonformisme. Mais cet esprit critique, c'est bien la récompense de l'adulte autonome et intellectuellement émancipé. En attendant, que les moutards se taisent! Ce brave homme dénonce l'infantolâtrie. Il invente ce hardi néologisme pour critiquer l'impuissance béate des parents face à une progéniture pourtant voulue et choisie! Moi, j'irai plus loin dans les connotations péjoratives et je parlerais de pédolâtrie avec ce que ce terme inclut de relations perverses dans les deux sens. Je n'ai nullement dit qu'il fallait en revenir aux brimades et aux châtiments corporels. Remisons les verges au musée des horreurs de la pédagogie. J'affirme seulement que pour supporter ses semblables il faut s'astreindre à un minimum de contraintes. Là-dessus se codifient la politesse et la courtoisie. Leur usage répété devient une sorte de seconde nature -- si vous voyez ce que je veux dire!
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Maladies infantiles Elles ont de jolis noms, les maladies infantiles. Coqueluche avec son côté frivole rime avec fanfreluche. Sans oublier l'allusion rustique à nos basses-cours. Varicelle, que voilà un fringant diminutif! Oreillons, à l'inverse, sonne comme un augmentatif. On cherche où elle se cache, la grande oreille. Rougeole, rubéole font penser à cabriole. L'ensemble de ces affections évoque une bande de joyeux comparses, de moutards gentiment turbulents... Alors pourquoi tenter de les éradiquer dès l'enfance à coups de cocktails vaccinatoires? D'autant qu'il s'agit plutôt de reculer pour sauter dans l'inconnu. En ai-je vus, des adolescents fauchés à la veille du Bac par ces épidémies, et réduits à l'incapacité! Ils arrivaient au bout de leur immunité et se retrouvaient à l'état de loques. Des personnes éminentes, savantes, responsables, elles, me répondront qu'il fallait lutter contre la mortalité infantile. Ah ouiche! L'hécatombe affectant nos aïeux fut combattue grâce aux substances appropriées permettant d'éradiquer la variole (fléau du 18e siècle) et la tuberculose (fléau du 19e). Au vingtième, on résorba les ravages de la polio, de la diphtérie et du tétanos. Je parle maintenant de bonnes vieilles grosses contaminations ou infections. Avec des noms de traîtres du boulevard du crime. Tiens, quelques chiffres au passage: les travaux de Jenner et de Koch ont permis à la population mondiale de franchir le cap du milliard avant la première guerre mondiale. Aujourd'hui, on a cessé de protéger systématiquement les populations contre la petite vérole et la phtisie galopante. Je prévois un redoutable retour de bâton parmi les générations dont le système immunitaire ne se sera pas rodé avant la puberté. Car d'un côté on supprime l'impitoyable sélection naturelle et de l'autre, on fragilise notre belle jeunesse. On n'en est pas encore là chez les damnés du Tiers-Monde. Ce sera à long terme une de leurs plus belles revanches...
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Mariage C'est samedi, je traîne devant la mairie. Les portes de cet édifice sont largement ouvertes, ce qui signifie qu'il y a de l'hyménée dans l'air. Alors je me mêle aux autres badauds. Sort le cortège sous les honneurs militaires puisque la mariée, officier de carrière, épouse un civil. Tout le ban et l'arrière-ban des gradés mâles et femelles de la base aérienne de Châteaudun défile en grande tenue. Pour avoir de la gueule, ça a de la gueule. Sauf que la mariée s'esbigne. Son (déjà) conjoint, l'union civile primant sur la religieuse, mène le cortège tout seul vers l'église. L'héroïne de la fête le rejoint en tenue traditionnelle, et fort essoufflée, sur les marches de l'église. Je ne tarderai pas à apprendre que notre curé a refusé le port de l'uniforme à la fraîche épousée. Au nom de quoi, SVP? De la bêtise universelle? Du machisme le plus éculé? Parce que l'officier appartenait au sexe présumé faible? En réalité, il a prétendu interdire l'accès à la force armée dans un édifice consacré. Quand je songe au nombre de cérémonies auxquelles j'ai assisté à Saint-Louis des Invalides, célébrations nuptiales d'où je m'esbignais discrètement pour re-revisiter le musée de l'armée et échapper à la messe, où l'officiant ne voyait nulle malice à l'accumulation des galonnés... Oui mais, je le répète, c'était le marié qui portait la culotte. Ultime cerise sur le gâteau, dans cette festivité broutaine, j'ai comptabilisé quelques Écossais (déjà bien mûrs), et notre curé -- africain -- mais là n'est point notre propos (ô France, désormais terre de mission!) n'a nullement jugé opportun de les obliger à porter des braies... Jusqu'à quels sommets la bêtise humaine, laïque ou consacrée peut-elle juger bon de se nicher!
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Fonctionnaires des impôts Je voudrais revenir sur la mauvaise réputation imméritée des services des impôts et redresser chemin faisant quelques torts. Chaque fois que j'ai dû les appeler pour leur demander des éclaircissements sur une nouvelle réglementation en vigueur, je suis tombée sur des gens résolument charmants et qui se sont mis en quatre pour trouver une solution à mes petits problèmes Dernièrement encore, dans les derniers jours de juillet, alors que mon chauffagiste procédait à la révision annuelle de mon installation, j'ai joint, à son instigation, le centre de Châteaudun afin de connaître le solde de mon crédit d'impôts. En effet, au fort de l'hiver, nous brûlons autour de 700 euros de fuel mensuel. Vu l'augmentation galopante du baril d'or noir, les économies du ménage partent littéralement en fumée. J'ai donc envisagé, plus tôt que prévu, l'installation d'une pompe à chaleur et/ou celle d'une chaudière à condensation. Sachant qu'en 2006 et 2007 nous avons procédé à la réfection de la toiture et à son isolation, il me faudra pour ce nouveau chantier me résoudre à emprunter. Ce à quoi répugne ma méfiance paysanne, mais baste! Au diable l'avarice! N'empêche, j'avais besoin de donnée précises pour caler mon éventuel budget. J'ai donc raconté peu ou prou ce qui précède à une personne fort attentive. Je l'entendais mobiliser ses compagnons de bureau, chacun se penchant sur un exemplaire de mes trois dernières déclarations. Et la réponse fut donnée avec célérité. Je fus naguère aussi chaleureusement accueillie et conseillée par un monsieur antillais pour une histoire confuse de calcul de plus-value. Il poussa la gentillesse jusqu'à consulter ses collègues de Bercy, et n'oublia pas de me rappeler pour me communiquer le verdict officiel. Vous me direz que dans notre riante sous-préfecture nous sommes particulièrement gâtés. Faux! Quand nous habitions Montparnasse, les employés du 14ème arrondissement mettaient autant de zèle à guider le contribuable égaré dans le maquis du Code. Si vous vouliez continuer à me chercher des poux dans la tonsure, vous pourriez encore arguer que tous les fonctionnaires se tiennent les coudes. Je ne relèverais même pas! En fait, les collègues du fisc n'aiment pas qu'on les prenne pour des billes. A priori, quiconque les consulte avant une démarche bénéficie d'un crédit de confiance et de sympathie. À l'inverse, quiconque essaie de les entourlouper avec des bilans truqués et des chiffres tendancieux voit aussitôt le ciel se couvrir. Logique, non?
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