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Betty Barker |
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THE BETTY BARKER SHOW dessins de Ronald Searle
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Comment je me suis mariée au roi du céleri en branche Branchée comme moi, c'est pas possible. Il était donc logique que je tombe sur ce genre de personnage. Naturellement, je l'ai tombé. C'était au Del Monaco. Le Del Monaco offre une belle collection de cocktails. Quand je dis qu'il les offre, c'est façon de parler: il faut posséder au moins quinze puits de pétrole au Texas pour y passer une soirée à en siroter quelques-uns. Si vous n'êtes pas solvable au moment de l'addition, il ne vous reste plus qu'à passer du lounge à la plonge jusqu'à la fin de vos jours. Ou à tenter le coup au Commodore comme danseuse nue et hôtesse montante tant que vos charmes tiennent encore la route. Aussi, quand Billy proposa de régler ma note après m'avoir un peu tripotée sous la table, je ne fis pas trop la difficile. Après tout, j'ai eu de la chance. Je ne le connaissais pas... on a filé se marier fin saouls à Vegas. Billy est vieux, moche, mais il ne m'a jamais vraiment tarabustée avec le sexe. Et c'est le roi du céleri en branche.
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Ces gens-là ont le sens du rythme Le vieux dancing du Savoy à Harlem n'a pas la réputation du Del Monaco pour les cocktails. Mais la musique est bonne et on y danse beaucoup. On, c'est-à-dire eux. Autant essayer de s'introduire en robe à panier dans une cérémonie vaudou. Même à mon âge, il est insupportable de faire tapisserie. J'ai beau siroter mon highball d'un air affranchi, pas un de ces ramasseurs de coton ne s'abaissera à inviter un vieil épouvantail décadent. C'est déjà beau qu'ils me tolèrent. Billy m'a plantée là à me morfondre. Il est au bar en train de fourguer ses céleris en branche. De toute façon, il n'a jamais su danser. Il n'a jamais trop rien su, à part fourguer du céleri en branche et se remplir les poches. Je croule sous les bijoux, serrée dans une robe qui lui a coûté la peau des fesses et représente une année de salaire de toute la population de la boîte, mais je m'emmerde. Tous ces mecs et ces nénettes se secouent en cadence avec un réel bonheur. Il est indéniable qu'ils ont le sens du rythme. C'est débilitant. Jamais je ne saurai remuer mon popotin avec cette maestria, mais j'aimerais bien essayer. Son affaire conclue, Billy revient à ma table avec un orang-outang. Ils se tapent dans le dos, contents l'un de l'autre. Galant, l'orang se croit obligé de m'inviter à danser. Enfin! Immédiatement, je me fais écrabouiller mes vieux cors par Fred Astaire. Ces gens-là ont le sens du rythme. ![]() |
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New York, New York... J'adore New York. La Grosse Pomme ne ressemble à aucune autre ville. C'est La Ville. On y respire un air particulier. Les gens y paraissent plus affûtés, joyeux, actifs qu'ailleurs. Plus riches aussi. L'animation, les vitrines, les lumières en font un perpétuel arbre de Noël. Billy est dingue de New York. Il y fourgue plus de céleri en branche qu'à Chattanooga et même qu'à Chicago. Notre seul souci est: comment garer la Cad. Dieu merci, c'est le travail de Tom. Tom est fier de sa casquette grise à visière vernie noire avec BB sur le devant (Betty-Billy) et de sa jaquette grise à parements de velours noir. Heureu-sement. Je serais bien incapable de garer la Cad, même si j'avais tout Central Park pour moi. Billy non plus. On a autre chose à faire que de garer des Cad. Et puis on n'a pas été éduqué pour ça. En la faisant garer par un autre, nous contribuons à la prospérité nationale. Songez que tous mes cartons de mode n'entrent pas dans le coffre. On est obligé d'en entasser la moitié sur les strapontins devant nous. Oui, vraiment, j'adore New York!
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Broadway La seule et unique fois que j'ai perdu Billy, c'était à Broadway. Il y a trop de monde. Au commissariat, ils m'ont dit que je le retrouverais peut-être en fin de semaine dans un bar ou un burlesque. J'ai répondu qu'on était en fin de semaine, que c'était moi qui allais dans les bars et que, pour le burlesque, il m'avait à la maison. De toute manière, Billy est entré dix minutes plus tard au commissariat pour signaler ma disparition en faisant un foin du diable. On a tous bien ri. Sauf les flics. Je sais parfaitement que des tas de bonnes femmes vont à Broadway avec leur mari pour le perdre. C'est de la sorte que ma copine Marjorie s'est débarrassée de Jake. Mais Marjorie est une tête d'oiseau. Elle n'avait pas pensé à la pension alimentaire. Moi, pour rien au monde je ne larguerais Billy. Pas sans un dernier coup d'oeil sur son assurance-vie et son testament. |
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Toulouse-Lautrec Je ne comprends pas ce que les Français trouvent à ce barbouilleur nabot qui porte un nom de saucisse. Il était à peine plus grand. Sa peinture est sale, elle sent le linge douteux, et je ne recevrais certainement pas chez moi ses modèles. Ni lui, d'ailleurs. Je craindrais trop de me retrouver représentée à mon désavantage dans un mauvais lieu. Billy ne le supporterait pas. Les seuls qui entreraient chez moi, ce serait les chevaux. Et encore, sans les jockeys... De sa vie, Toulouse-Lautrec n'a rien fait pour l'Amérique. Il n'était même pas américain. Dieu soit loué! Le seul service qu'il nous ait rendu fut de fournir un scénario à Hollywood. Parfaitement immoral, mais Billy dit que ça a fait beaucoup d'argent. Pourtant, j'ai souffert de voir José Ferrer contraint de jouer le rôle sur les genoux d'un bout à l'autre. Ça prouve bien que Toulouse n'était pas grand-chose. Du reste, Jo Ferrer n'a plus ensuite tourné des masses. Ça ne lui a pas porté chance. Mon décorateur dit que j'ai tort, que si j'avais un Lautrec, ce serait un fantastique placement et un bon sujet de conversation avant les cocktails. Il ne le dira pas deux fois: je vais changer de décorateur. |
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J'aime les élections Chez nous, en Amérique, les élections montrent combien nous sommes un grand peuple et de grands enfants. Un peu comme Halloween. Les têtes des hommes politiques ressemblent à des citrouilles, même s'il n'y a pas de lumière à l'intérieur. Mais ce n'est pas indispensable. Les élections: une grande fête avec banderoles, chapeaux, orphéons, barbecues, marshmallows, sodas, pop-corn, pom-pom, lâchers de ballons. Un spectacle non-stop, y compris à la TV. Chacun a quelque chose à dire. Mon grand plaisir est de m'enrôler dans l'équipe d'un candidat. Pour la cocarde, l'ambiance et les relations. Je fais chaque fois partie du team de Bob Hannicut. Il n'a jamais gagné, mais il promet sans cesse. Et c'est un bon client de Billy. Au moins, j'ai un candidat assuré, bien que ce soit toujours le même. Mon candidat. De plus, j'ai la satisfaction de commander à des pétasses et de menacer le macho local de poursuites pour harcèlement sexuel. Billy aussi raffole des élections: la consommation de céleri en branche est multipliée par dix. |
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Méfiez-vous des psychiatres J'ai honte d'avouer mon côté le moins américain: contrairement à la plupart de mes compatriotes, je n'accorde pas une entière confiance aux psychiatres. Je trouve indécent de m'étendre sur un divan alors qu'ils restent assis à me dévorer des yeux en prenant des notes sur les détails les moins avouables de mon existence. Ce qui me gêne surtout, c'est que j'entends tourner le compteur. Quand je songe à tous les cocktails que je pourrais me payer avec une seule consultation, je suis au bord de la crise de foie. Certes, j'en raconte bien plus à mes amies, mais elles ne se font pas payer. Elles cancanent peut-être dans mon dos, mais qu'est-ce qui me prouve que les psychiatres n'en font pas autant? Et qu'on ne me bourre pas le mou avec le secret médical. Comment saurais-je que Margaret "Rattlesnake" Kearns raconte que je suis une harpie névrosée et que la seule différence entre le Tueur de l'Orégon et moi, c'est la ménopause? |
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Sexe et céleri en branche Je pourrais très bien -- si je le voulais -- vivre une torride love-story avec un étudiant boutonneux plein d'avenir qui se consumerait d'amour pour moi et m'expliquerait la philosophie d'Aristote, ou la logique aléatoire des composants électroniques. Nous passerions des jours entiers au lit dans le stupre et les taches de café sur les draps.... Mais il se trouve que j'ai épousé Billy et le céleri en branche un soir de brosse à Vegas. Billy serait bien incapable de m'expliquer Aristote (de toute façon, je ne comprendrais pas). Bien incapable aussi de rouler dans le stupre et les draps sales. Billy ne roule qu'en Cadillac. Il peut juste me souhaiter bonne nuit en se tournant vers le mur pour ronfler, me couvrir de fringues dispendieuses qu'il regarde aussi peu que les factures, et de bijoux dont le contact sur ma peau vaut bien celui d'un étudiant boutonneux plein d'avenir. Entre le sexe et le céleri en branche, il faut choisir. J'ai choisi le céleri en branche. |
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Vivent les procès! Voilà notre sport national. La difficulté n'est pas d'intenter un procès, mais de trouver au sujet de quoi. Pour ce qui est des avocats, pas de problème. Il y a presque autant d'avocats que de plaignants. Au point qu'ils sont obligés de s'entasser à plusieurs dans le même bureau. D'où les "Peabody, Smith & Mason", "Keller, Martin, Martin & Keller", "Martin, Keller, Keller & Martin", etc... Le chiendent, c'est qu'un avocat revient plus cher que dix psychiatres. Autant se résigner tout de suite à faire une croix sur les cocktails. Ou alors, assurer sa propre défense. Mon rêve! Tenir des jours durant sous le feu roulant de mon éloquence une brochette de vieux kroumirs à propos de harcèlement sexuel. Hier, un yuppie m'avait à peine dit bonjour dans l'ascenseur que la bombe anti-agression jaillissait de mon sac. On n'est plus en sécurité nulle part. Le harcèlement sexuel est une de nos plaies, et peut-être en passe de devenir, lui aussi, notre sport national. Malheureusement, on ne me harcèle pas beaucoup. |
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J'aime qu'on m'aime Au fond, je suis une fille toute simple. J'admets sans fausse honte que ma famille cultivait la terre et élevait du bétail. Comme bien des gens de chez nous, au départ. Simplement, il y avait ceux qui cultivaient, et ceux qui regardaient faire. Papa appartenait à la seconde catégorie, mais il n'en était pas fier pour autant. Il parlait à tous ceux qui lui adressaient la parole. Quand ils osaient. Le reste du temps, il donnait des ordres. J'avoue que le fric de Billy et du céleri en branche a bien arrangé mes bidons au moment où j'en avais besoin. Lorsque je descends dans un palace, je me laisse approcher sans façons par le personnel. Je le laisse m'ouvrir la portière de la Cad, porter mes bagages, manoeuvrer l'ascenseur, agiter mes cocktails, tirer les rideaux, faire couler mon bain. Je ne suis pas exigeante. Tout ce que je demande, c'est un peu de considération. |
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La TV et moi J'aurais une chaîne de TV, je pourrais donner des conseils à mes amies vingt-quatre heures sur vingt-quatre, en direct, sans craindre la contradiction. Billy me trouverait le petit génie dont le brevet exclusif rendrait mes émissions inzappables. Je programmerais mes soap et mes sitcom préférés. En période électorale, l'écran afficherait en permanence: votez Betty. Ou, à la rigueur, Bob Hannicut. La pub serait un peu plus relevée que d'ordinaire. Au diable les lessives, détergents, couches pour bébés... Uniquement Vuitton, Van Cleef & Arpels! On fournirait toutes les directives nécessaires au toilettage des chihuahuas et à la confection des cocktails. Mais pas de sexe. Il y a assez de sexe comme ça. Par contre, je ferais la part belle au céleri en branche. Je le dois bien à mon Billy. On peut compter sur moi pour renvoyer l'ascenseur. J'adorerais arriver dans un bar au moment où je passe à l'antenne (en différé, bien sûr), et entendre les clients s'exclamer à mon entrée, béats d'admiration: «Mais c'est Betty Barker!» |
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Il y a Boss et Boss Certains bureaux de direction sont de véritables traquenards. On y risque sa vertu avec sa situation. L'une ne va pas sans l'autre, et réciproquement. Il y a des bosses* qui confondent pool des secrétaires avec secrétaires-poules, raison sociale avec harem. Il faut avoir tué père et mère pour être la secrétaire personnelle d'un de ces obsédés. Ils ne pensent qu'à ça. À se demander comment ils font encore des affaires, à force de faire leurs affaires. Ensuite, ils se réunissent dans leur club avec leurs pareils et se racontent leurs bonnes fortunes en sirotant des gimlets et en fumant des havanes tout en comparant la taille de leurs pénis. Parfois, ils se refilent leurs conquêtes. Si bien qu'on peut encore parler de cours de la bourse... Les pires ne sont pas les célibataires, qui subissent pourtant la vengeance divine le jour où leur secrétaire unique et préférée leur met le grappin dessus et les traîne devant le maire, devenant des épouses redoutables car elles ont assez donné pour connaître la musique. Dieu merci, mon Billy n'est pas comme ça!
* Pluriel de boss. |
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Rire est le propre de la femme Quelqu'un a dit: rire est le propre de l'homme. Je crois bien que c'est un Français. Voilà bien le genre de stupidité dont un Français est tout à fait capable. Je dis, moi, que rire est le propre de la femme. L'homme n'a aucune envie de rire. D'abord parce qu'il a une femme à supporter. Ensuite parce que son travail passe avant tout. Aurait-il envie de rire -- ce qui me surprendrait --, il n'en aurait pas le temps. Quelques inconscients s'imaginent qu'ils "riront" davantage avec une maîtresse... Ils réalisent bien vite (mais trop tard!) leur funeste erreur: ça leur fait deux fardeaux, double source de problèmes. Pourquoi une maîtresse serait-elle plus amusante qu'une épouse? Elle est femme avant tout! Ils ne tardent pas à s'en apercevoir, et ils rient encore moins...* Tandis que nous, qu'est-ce qui nous retient de nous esclaffer? Déjà, le spectacle quotidien du malheureux qui s'est encombré de notre petite personne est puissamment jubilatoire. Ensuite, lorsque nous travaillons (uniquement pour l'embêter), notre univers ne se réduit pas à quelques pieds carrés de bureaux. Et puis, nous sommes tellement superficielles qu'un rien nous amuse. Le propre de l'homme?... Laissez-moi rire!
* Les seuls qui persistent à le faire sont les avocats. Pas longtemps: ils ont des femmes, eux aussi
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Sus aux machos ! La seule chose que j'admette dans le mot «phallocratie» est qu'il comporte le mot «phallus». Si je ne commets pas d'erreur. Le mot «phallus» est un mot comme «limousine» ou encore «cocktail». Reconnaissons-lui ce statut. Il a bien le droit d'exister en tant que mot. Mais en tant que mot seulement. Pour le reste, la seule chose qu'il recouvre, c'est «pénis». Voilà où le bât blesse. Et encore, quand je dis qu'il recouvre, j'oublie que ce genre d 'objet n 'a pas pour habitude d'être très couvert. Le pénis est une offense à notre féminité. La plupart des hommes possèdent un pénis et ne se réduisent souvent qu'à ça. S'ils pouvaient, ils le porteraient en sautoir, en pendentif... mais je réalise que c'est effectivement le cas! Eh bien, cela doit cesser! Si j'étais quelque chose au gouvernement, je n'autoriserais le port du pénis qu'à ceux qui auraient d'abord prouvé qu'ils ne s'en sont jamais servi que de façon décente et que, par exemple, ils n'ont jamais poursuivi, menacé ou violé quelqu'un avec. Le pénis devrait se mériter. Or il semblerait que tous les hommes en soient automatiquement pourvus. C'est absolument scandaleux! |
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Commissions d'enquête L'Amérique est un pays propre, moral. On peut nous charger de tous les péchés du monde, nous avons notre conscience pour nous. Dès qu'apparaît le moindre doute à propos de quelque chose ou de quelqu'un, nous créons des Commissions d'enquête. Une sorte de sport national. On adore ça presque autant que le base-ball et le Cosby Show. D'ailleurs ça passe à la télé. À voir le nombre de prévaricateurs, gangsters, obsédés sexuels, communistes traînés devant les Commissions d'enquête, on pourrait croire que la nation est pourrie. Pas du tout! À peine devant leurs juges, ces criminels -- même les plus endurcis -- redeviennent de bons Américains: ils détaillent leurs turpitudes sans retenue, avec une sorte d 'enthousiasme, et vendent leurs complices à tours de bras. Plus ils sont coupables, plus ils s'accusent avec allégresse. Notre péché mignon, ce sont les confessions publiques. Nous ne fautons que pour la satisfaction de révéler ensuite à nos concitoyens l'étendue de notre indignité. Pour peu que vous retourniez un homme public sur le gril, il avouera tout de suite qu'il saute sa secrétaire, prend du shit, a des relations homo avec ses gardes du corps, s'est masturbé à dix ans après avoir surpris sa mère sous la douche, et que c'est lui -- non le chat -- qui a piqué la tarte à la citrouille que tante Ruby avait mise à refroidir sur l'appui de la fenêtre. Parfois, on doit l'abattre à cause du secret défense. Croyez-moi, il n'y a pas plus impeccable que nous! |
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Un peu d'ordre Je me verrais assez bien à la tête du Pentagone, du FBI ou de la CIA. Ça manque de femmes, et de femmes comme moi. Les réunions Tupperware et les séances des Amies des Bêtes du Quartier ne me donnent pas mon content de responsabilités. Je ne ferais pas pire que la clique de militaires dominés par leurs épouses et amollis par Frank Sinatra. On peut compter sur moi pour taper sur la table. Le pays a besoin d 'une main de fer dans un gant de kevlar. Pour commencer, je rayerais de la carte aussi bien L.A. que S.F., antres du vice, du roller, du surf, du crack, du rap et des pédés. Je rayerais aussi l'Europe, ce ramassis de métèques arrogants, Cuba, le Mexique, l'Afrique et l'Asie qui pompent notre fric et nous crachent dessus quand nous avons le dos tourné. Je ne touche pas à Vegas: je m'y suis mariée. Et je garde Reno si jamais je divorce. Avec Miami pour la retraite. Ma devise: du balai. De l'ordre et du balai. Et Jésus avec nous. Si vous aimez Jésus, votez pour moi. Oui, je me verrais assez bien à la tête du Pentagone, du FBI ou de la CIA. Pour ne rien vous cacher, je me verrais encore mieux à la tête de la Maison-Blanche. |
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L'argent n'est pas un problème Comment peut-on se plaindre de l'argent? Avec Billy, c'est simple, nous n'en parlons jamais. Je peux même dire que je n'ai de ma vie jeté les yeux sur un relevé bancaire. De l'argent, je sais qu'on en a. À quoi bon savoir combien? Il y en a qui sont là à mégoter, à rogner sur tout, à compter sou après sou. Ils se rendent malheureux pour rien. L'argent est fait pour être dépensé. Quand il n'y en a plus, on en redemande. Aussi simple que ça. Pourquoi compliquer? Quand j'ai envie de quelque chose, à supposer que Billy n'y ait pas pensé avant moi, je fais un chèque. Ou, mieux, je sors une carte de crédit: il n'y a pas à se donner la peine d'écrire. Souvent même, c'est le banquier qui passe à la maison apporter les billets. Le banquier est un bon client de Billy. Il ne faut pas avoir de complexe avec l'argent. Nous sommes parfaitement organisés: Billy le gagne, je le dépense. L'argent n'est pas un problème.
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La puissance et la gloire Un Boss est fait pour occuper une position élevée. À la naissance, son postérieur est calibré pour s'encastrer exactement dans un fauteuil executive. Ses doigts, pour détailler comprimés de Maalox et capsules de Quaalude. Ce qui guette le Boss, plus que la faillite ou la sécrétaire principale, c'est l'ulcère. Heureusement, la foule des adorateurs le lui colmatent un peu. En principe, il n'est pas sujet au vertige. Pas plus le vertige métaphysique que les autres sortes de vertige. Le Boss ne se pose pas de questions. C'est aux autres qu'il en pose et il y a intérêt à lui répondre. Il lui suffit de décrocher le téléphone pour vous faire passer du plus strict anonymat au club des porteurs d'ulcères, ou vous renvoyer de quelques mots à votre ruisseau d'origine. Plus vous montez les étages, plus vous grimpez dans la hiérarchie. Il occupe bien sûr le dernier, et vous n'avez pas intérêt à y débarquer sans invitation. Ou il vous flinguera à peine sorti de l'ascenseur.
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Ne me parlez pas des secrétaires Toutes des pestes. Même mariées, elles se prennent pour la femme du Boss, qui les porte trop volontiers aux nues. Comme si rien ne pouvait se faire sans elles! Il est vrai qu'elles ont souvent vingt ans de moins que nous... Tout ce qu'elles savent, c'est se poudrer le nez à longueur de journée, être désagréables avec la terre entière et défendre l'entrée du saint des saints, légitimes comprises, comme si elles étaient sorties de la cuisse de leur Jupiter. C'est qu'il les couvre de cadeaux et de prévenances. Il nous traiterait seulement au dixième de ce qu'il leur accorde, nous nous sentirions les déesses de l'Olympe,-- au moins les égales de Sharon Stone et de Madona. La moindre remarque que vous vous permettez vous attire la sorte de regard qu'elles accordent aux crottes de chien dans le caniveau. Je hais les secrétaires.
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Je place mon Billy sur un piédestal. En premier lieu parce qu'il n 'a pas de secrétaire. Peut-on appeler secrétaire Miss Fattywinkle? Une antiquité carrossée comme un brontosaure, aussi aimable qu'une porte de prison,-- ce qui la rapproche malgré tout des autres. Je l'ai choisie moi-même. Elle ressemble à un Big Mac qui ne sourirait pas. Mon Billy me fait une entière confiance. C'est pour ça aussi que je l'aime bien. Avec tout ce céleri en branche à fourguer, il porte le poids du monde sur ses épaules. Heureusement pour le pauvre chéri, le monde est un carton de céleris. Billy serait bien incapable de porter quoi que ce soit. À part une extrême attention à mon confort et à mes moindres désirs. Pour ca, je n'ai pas à me plaindre. J'ai tout ce qu'il me faut, la maison est nickel grâce à une armée de domestiques (avec 14 yorkshires qui pissent partout, il faut bien ça), le bar est bien fourni et Billy a oublié son pénis au fond d'un carton de céleris en branche. La seule chose qui me manque, en plus du cuisinier français et du masseur chinois, serait un valet de chambre philippin, mais Billy va sûrement y penser.
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Si certains collègues de mon Billy sont la risée de la profession (je parle de la profession de Boss), il n'en va pas de même de mon héros. Un Boss n'admet personne au-dessus de lui. Pas même son épouse (du moins ouvertement). Je ne souffrirais certainement pas ce que peuvent endurer Marge, Diana ou Suzy. Je les plains de tout coeur, mais ne les invite pas à mes barbecues. Ce ne serait pas bon pour mon homme. On ne mélange pas les vrais décideurs avec les simples suiveurs, le Panthéon et les pantins. De temps en temps, je leur prête la Cad avec Tom et sa casquette marquée BB (Betty-Billy)... comme la Cad, juste pour garder bonne conscience. Et pour qu'ils sentent bien la différence.
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Mais mon Billy n 'est pas non plus un Boss qui se croit tenu de faire sentir à ses gens la distance qui les sépare. Ils la sentent tout seuls, et c'est très bien ainsi. Billy n 'admettrait pas qu 'ils ne la sentent pas. Chacun son job. I1 ne s'abaisserait pas davantage à surveiller les moindres faits et gestes de la piétaille. I1 a ses flics pour ça. Des gens qui vendraient père et mère pour un bout d'os venu d'en-haut. D'ailleurs ils les ont vendus. Même moi, le Service de Sécurité m'impressionne. Les propres types de la Sécurité sont impressionnés par elle. Ce qui prouve que le système fonctionne parfaitement. Billy s'amuse parfois à le prendre en défaut. Histoire de virer quelques inutiles. Un Boss qui ne vire pas n'est pas un Boss à part entière. Jamais un Boss n'est autant lui-même que lorsqu'il dit: «Vous êtes viré!» Certains ne le deviennent que pour ça.
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Comment font-ils avec tous ces chiffres dans la tête, ces graphiques, ces statistiques, ces computers? Moi je deviendrais folle. Un jour, Billy a essayé de faire calculer par ses bureaux la courbe idéale de ses coups au golf. Il est devenu fou. Un paramètre manquait toujours dans les "variables". Pourtant, il avait pris en compte les distances, le poids de la balle, celui des clubs, ses différentes puissances de put. Mais il n'arrivait pas à maîtriser les "variables": force, direction du vent, hygrométrie, état du terrain, trous de taupes, moustiques en maraude, poussière dans l'oeil, toux de l'adversaire... Ce qu'il faut dire aussi, c'est que Billy est un piètre joueur de golf. Qui lui demande d'être autre chose qu'un bon vendeur de céleri en branche?
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Il faut savoir se détendre. C'est le plus dur. En général, on y arrive en faisant marner les autres. Mon Billy est assez doué pour ça. Mon Billy est assez doué pour tout. Sauf le golf (et le sexe). Il se débrouille encore pas trop mal avec les cocktails. J'apprécie en particulier son "Special Billy": rhum, rye, gin, angostura, crème de mangue, de banane, bourbon, tequila, 7-Up et Alka Seltzer (le remède dans le mal). Je n'aimerais pas le voir rentrer à la maison complètement accaparé par le bureau. Il doit rester disponible pour écouter mes histoires, les dernières sottises des copines, les potins qui pourront lui servir dans ses affaires (il vaut souvent mieux connaître le défaut de cuirasse des concurrents, leurs tares et vices cachés, que leur compte en banque). 1l lui faut aussi rester disponible pour m'emmener au restaurant, à l'opéra... Ça le rase autant que moi, mais on se rend service en se tenant mutuellement éveillés.
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Un affrontement entre Bosses confine au cataclysme interplanétaire. Même quand ce sont les plus paisibles des pépères, ils doivent parfois se combattre à mort, tels deux chefs sioux pour la possession de la bouteille d'eau-de-feu ou de la "Purge du Papoose". Plus rien n'existe dans ces moments-là, ni Dieu, ni Diable, ni famille. Que l'Amérique. C'est elle qui sort toujours triomphante de ces assauts: sa gloire, sa puissance. En marche vers la prospérité par l'élimination des plus faibles. Car notre honneur tient dans notre efficience. Un Boss qui éviterait de se battre aurait autant de poids qu'une plume d'outarde. Il ne serait plus admis dans son club qu'à titre de waiter. Il perdrait ses cartes de crédit Executive. Autant bourrer son portefeuille de coupons de réduction Disneyland. En comparaison d'une lutte entre Bosses, l'affrontement de deux dinos, c'est de la roupette de Samsonite.
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Ils sont tous pareils. Ils peuvent diriger les firmes les plus prestigieuses, contrôler les plus puissants holdings... ils gardent religieusement au fond d'un tiroir la balle signée par Di Maggio, un Teddy Bear aussi mité que leur moumoute, ou leur premier extraterrestre en fer-blanc. Certains jouent encore aux billes pour se relaxer, collectionnent les vignettes de Quaker Oats (qu'ils échangent sauvagement entre eux), voire les portfolios de Playboy, (toujours compulsés dans les cabinets). Billy relit sans cesse les Contes de Mark Twain. Comme il les oublie à mesure, une fois le bouquin terminé, il le reprend par le début. C'est économique, et c'est le seul ouvrage de notre bibliothèque. À part la Bible, naturellement, et ma collection de Harper's Bazaar. Tom Cocknoddle, pourtant britannique et professeur à Harvard, dit qu'il a vu pire comme fréquentation (je crois qu'il parle de Mark Twain). Mais ce que préfère Billy, c'est jouer avec sa piscine.
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Ce n'est pas que je m'ennuie avec vous, mais je dois retourner à mes cocktails, à mes yorkshires, à mon Billy. La caractéristique de l'épouse américaine est d'être responsable. Si je ne surveille pas mon foyer d'un oeil d'aigle, les pires choses peuvent arriver. Comme par exemple Zaza Peppernuts et son imbécile de mari. J'espère vous avoir édifiés, vous avoir montré que les States sont un grand et généreux pays. Nous fermons nos portes à quadruple tour, mais nous gardons J'esprit ouvert. Quant au grillage, c'est pour les moustiques. Si vous venez faire un tour à New York (ou à Seattle, ou à Fort Lauderdale, ou à Chattanooga, où nous avons aussi un pied-à-terre), ne manquez pas de passer nous voir. Donnez l'heure et le numéro de votre vol et nous vous enverrons Tom avec la Cad. Mais si vous êtes de ces pisse-froid qui crachent sur l'Amérique et ne respectent ni MacDonald's, ni Jésus -- ou, pire, si vous êtes un monstre de communiste --, vous pouvez rester chez-vous. |
© Le Phare de Frazé