Mona Moore

 

En guise de présentation

Pas de méprise, je n'ai rien à voir avec Michael!

Moore est un nom aussi répandu que Dupont et Durand. Qui vous dit que Michael ne s'appelle pas en réalité Bush ou Rumsfeld? Et ce n'est pas du tout mon type.

Mes ascendances sont plutôt irlandaises. En bonne compagnie avec Joyce et un sacré tas d'alcoolos issus de la mer (mère?) pituitaire, dames patronnesses en claque, natalistes faiseuses d'anges, illuminés, pompeurs de Guinness et de clitos, nymphomanes, déjantés divers sous un puritanisme de façade. Et contrariante par nature (quand la mode est au touche-pipi, je m'obstine sur le touche-caca).

J'ai eu ma première expérience sexuelle à quatre ans. Amoureuse de Priscilla, ma nounou. Elle me faisait sauter sur ses genoux. Je l'ai sautée. Elle est réfugiée depuis au couvent de Sainte-Gwyneth sous le nom de soeur Rose et serait sous le coup d'une inculpation pour pédophilie. Je n'y suis pour rien.

J'ai connu Morton par les petites annonces de fuckandfun.com qui m'ont tout de suite branchée (l'informatique est formatrice, grâce à Internénettes). Morton et moi avons décidé de nous rencontrer en direct live autour d'un pot, qui a tout de suite tourné à la partie de jambes en l'air. Un pot a conduit à mon pot. J'avais douze ans mais en paraissais treize. Morton allait sur ses trente balais. Une différence de dix-huit ans, ça fait une majorité. C'est d'un banal! Méga-géant, Morton (dans tous les sens du terme), et pas coincé de la bourse (dans tous les sens, etc...): il me payait mes anticons et mes banana-splits. On s'éclatait un max. Jusqu'au jour de Max, justement. Max et moi on avait une différence de 22 (comme les flics), mais j'avançais en âge. Morton a pas apprécié. Il m'a virée pour ma copine Cheryl (14), une vieille. Moi, je me marrais, parce que Chéryl commençait tout juste à sucer (très mal) les Dunky-lollipops et les papys (Morton venait d'atteindre... merde, je sais plus quel âge avancé!).

Aujourd'hui, je réalise avec horreur que je viens de fêter (?) mes 25 printemps (??). Quasiment plus cotée à l'argus de la fesse. Alors, par précaution, je contrôle biquotidiennement mon pouvoir de séduction. Il y a seulement un lustre, c'était quadri (quotidiennement). Avec des quadra. Je baisse, c'est évident. Me dites pas que je suis mûre pour écumer les services de gériâtrie. Je suis mûre, voilà tout. Bientôt blette et sur le point de tomber, c'est ce qui me désole. Mais bon, place aux jeunes. Les salopes!

Avant de faire une fin, je me paye Rodrigue! La prochaine fois, je vous parle de Rodrigue.

 

La légende de la nymphe Clito

Zeus, roi des dieux comme chacun sait, s'éprit de la nymphe Clito. Il n'en ratait pas une (de nymphe). Cela fit un sacré chambard dans l'Olympe, à commencer par Héra qui prit la chose très mal et fusilla la vaisselle du petit déjeuner -- ou du souper, je sais plus. Peut-être même toute celle du ménage. Quand on aime, on compte pas. Ce n'était pas la première galipette de son bouillant époux, ni sa première expérience avec une souris, mais elle ne supportait pas, une fois encore, d'être ravalée au rang d'Héra de laboratoire.

Clito, certes, était belle, mais c'était une mortelle. Qu'avait-elle de plus qu'elle, la reine des dieux? Elle en avait sa hottée, des aventures extrhéraconjugales. Il y avait déjà eu Thémis, Métis, Pastis, et tant d'autres! Et maintenant cette Clitoris (Clito pour les intimes). Et puis qui encore?!... La mesure était comble!

Pour espionner les deux amants, Héra choisit de se cacher entre ses cuisses (pas les siennes à elle, eh, pomme! celles de Clito!), et justement elle prit la forme d'une petite excroissance de chair, qui passerait, selon elle, inaperçue. De la sorte, elle était aux premières loges (révérence parler). Elle y fut, en effet, car Zeus tomba raide dingue de ce machin qu'il ne connaissait pas et s'éprit, non de Clitoris, mais de son clito. Ce n'est pas tout à fait ce qu'Héra avait espéré. Bon, elle était la première à bénéficier des faveurs de Jupin le juponnier (Jupin et sa Jupine), mais c'était Clito qui jouissait! Quelque part il y avait du mou dans la corde à noeuds. Et plus Clito jouissait, plus Héra sanglotait, plus Zeus trempait ses doigts et s'excitait. Et plus il s'excitait, plus Clito jouissait, et plus Héra pleurait!... Ce qu'on appelle un cercle vicieux.

C'est depuis, que toutes les filles des mortels et les nymphes en particulier, par la volonté d'Héra, ont cette amusette entre les jambes grâce à quoi elle flique ses rivales, mais en même temps leur permet de jouir. (Qui s'en plaindrait?)

Pourtant prends garde, chérie! dis-toi que quand tu mouilles, c'est Héra qui pleure. Et que si tu finis par trop aimer ça, toi, la nymphe, tu finiras nympho!

 

Opinion

J'aime bien Alicia. Intelligente, drôle, glamour -- tout pour plaire. Un seul défaut: elle croit que tout le monde veut la sauter. Je sais ce que je dis: on a été coloc pendant un an, je n'ai jamais vu (ou entendu) personne sauter Alicia. En fait, c'est pas que tout le monde veut la sauter, c'est qu'elle ne rêve que de ça. Épuisant, à la longue (pour les autres).

Là encore je sais ce que je dis: pareil pour moi.

Et le vert paradis...

Qu'est-ce qu'ils ont tous à nous bassiner avec leur enfance? On dirait qu'ils en conservent la nostalgie. Pas moi. Attention, je n'ai pas à me plaindre: je fus une "heureuse" petite merde parfaitement inoffensive, état qui ne m'inspire pas le moindre regret, sinon celui d'avoir représenté une sorte de minigadget aux yeux des salauds d'adultes que j'enviais et avais hâte de rejoindre.

Vous n'aurez pas la satisfaction de m'entendre regretter l'indifférence de ma mère, toujours sur mon dos comme une tique malgré ses proportions de grosse truie sentimentale, ni la salacité de mon père (ou supposé tel) plus occupé du pure malt, ni le monde enchanté de l'univers enfantin, juste calibré pour vous maintenir dans la niaiserie qui convient à la tranquillité des grandes personnes. Au reste, malgré les racontars, les enfants n'ont aucune imagination, pas l'ombre d'une originalité, aucun pouvoir, et leurs dessins sont tristement débiles.

Tout ce dont je me souviens, c'est de m'être longtemps pissé dessus avec ravissement par pure malfaisance, pour jouir secrètement de l'agitation provoquée par ce phénomène aussi minuscule qu'anodin. D'aucuns n'hésiteront pas à me classer parmi les chieuses. Parfaitement ! Et je m'honore de l'être restée pour l'édification de mes contemporains. Je suis asociale par goût de la société. Qu'on se le dise!

Ceci étant, je plains le psy qui entreprendrait de m'analyser ou de porter remède à mon cas, lequel me convient tout à fait. Il ne s'en tirerait pas à moins d'une thérapie sur 20 ans pour s'en remettre. Que les chers confrères se feront un plaisir de lui facturer la peau des burnes. Moi, pendant ce temps, je me livrerai à toutes les perversions cataloguées ou pas, imaginables ou non, pendables ou désespérément banales qui caractérisent les comportements adultes... en pensant à lui quand j'aurai le temps.

Eh oui! voilà le maître-mot prononcé. LE TEMPS ! À présent je vous laisse à vos cogitations foireuses.

Da Vinci Code 

Je viens de me manger Da Vinci Code (Dan Brown - JC Lattès) et en reste étourdie (putain!... 574 pages en 15x23, faut de la santé!). Que tout démarre à Mona (Lisa) n'a rien pour me surprendre. Mais que ce jeu de piste un peu simplet, parti des Templiers, passant par la Maçonnerie, la Rose-Croix, la quéquette du Graal, l'Opus Dei et les banques suisses, aboutisse à Westminster Abbaye sur la tombe de Newton, me fait penser qu'on s'est quelque part payé ma pomme. Chemin faisant, j'ai découvert tous les rébus, décrypté toutes les énigmes, éventé toutes les astuces. Ce n'était donc que ça, la clé de voûte de l'insondable mystère qui alluma tant de bûchers, couvrit la Terre de cadavres, agita Nicolas Flamel et René d'Anjou, Vinci et Botticelli, Debussy et Cocteau!... tout juste capable d'exciter un petit scout ayant pris la mauvaise habitude de lire d'une main. Tu bicherais, mon Collignonnet, on y parle aussi de runes!...

 Pour parler comme Frère Laurent (Tzarabi), se tordant (de rire) sous sa haire et sa discipline, mon Grand-Maître à moi (Rédac de son état) est d'une autre volée, bien que nous n'ayons copulé qu'entre sujet et prédicat,-- et mon texte sacré (Shashmashazam), autrement crypté!

Mais, ma culture étant partielle, je suis forcément partiale!

ZAZA ET MOI 

J'aime bien Zaza. Elle est juste un peu too much dans ses fantasmes, à commencer par ses mecs, ses fringues et ses boîtes préférées. On se connaît depuis la maternelle et on a un peu grandi, mais dans le même style: moi en garçon manqué ; elle, super-princesse de BD à qui rien ne résiste, pas un héros, pas un dragon, pas un chéquier. Qu'elle croit. Comme j'ai gardé l'habitude de tout lui piquer, ses héros, c'est moi qui me les tape. Ses dragons, j'en fais des briquets jetables, et les chéquiers, je m'en sors pas trop mal. Dire que ça la comble de bonheur serait un peu exagéré.

Les mecs d'abord, tu verrais les tares! Ça roule dans les tires à papa avec un max de champignon et d'ABS, c'est inscrit à Sciences Po ou aux Langues Zo, ça s'appelle Brice, Gerald ou Kevin-Luc, mais ça pisse pas tout seul, et moi j'ai autre chose à faire qu'à tenir des prépuces. Mes mecs à moi ont pour noms Bébert, Lakdar, N'Gaoué. Ils sont inscrits au chômage. Tu leur confierais pas une thune pour t'acheter du crack et ils te cognent si t'as pas cogné avant. Mais pour la baise, ils enverraient en l'air une crêpe Suzette de patronage et la laisseraient collée au plafond jusqu'aux carillonnées du Noël suivant. Quand Brice, Gerald et la suite sortent de mes bras, ils ne savent plus où ni qui ils sont. Surentraînée, la pétasse! Et ça, Zaza supporte pas. Elle est bien toujours la seule à se prendre pour une super-princesse de BD.

Mais le pire, c'est les maisons de couture (haute, siouplaît). Ma copine suit toutes les collections, entasse les cartons, assiste aux défilés (j'aurais une préférence pour celui du 14 Juillet, quand c'est la Légion qui passe), où il faut que je l'accompagne. Pourquoi? Pour me faire chier, probable. À la longue, j'en peux plus! Et rebelote pour les Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier et autres Lacroix. Zaza prétend que Dior, Lanvin, Balenciaga... c'est que des has-been, juste bons à habiller les grosses Libanaises. La Lagerfeld? Une grosse pédale teutonne! Tout le monde est gros, pour cette anorexique.

Alors les boîtes, qu'est-ce qu'elle va y foutre? Rien. Pour parler, oublie ton Sonotone. Se faire voir. Rencontrer des gens. Des pipol, comme dit le Rédac, qui m'a l'air aussi au courant que Volta quand il a inventé la gégène. Dur-dur, les boîtes, ça se démode aussi vite que la mode. On court au "Blue Parrot", mais le temps d'y courir, il faut foncer au "New Bullet", pour y apprendre que Truc et Machin, les seuls qui comptent, vont désormais au "Zick-and-Zack". Et catastrophe! si tu commandes un gun-powder, on te signale illico aux "personae non gratae" des rades branchés du Haut-Débit (de boissons).

Et pour la culture, attends! Zaza en connaît juste ce qui concerne les perles du même nom. Elle a pas lu une ligne de Sollers, elle croit que Derrida est un canasson (pas loin de la vérité!). Elle sait même pas qu'il est mort. Soyons honnête: moi je le sais, mais à quoi ça m'avance?...

Qu'est-ce qui m'incite donc à la fréquenter encore? Un goût commun pour les crottes de nez, c'est insuffisant comme explication. Je vais vous le dire: je suis peut-être un peu maso. Et un brin gouine sur les bords, pour ne rien vous cacher.

N'en déplaise à Bébert, Lakdar, N'Gaoué.7

 Chirurgie esthétique

 Les femmes sont folles. Les moches se croient belles. Les plus parfaits canons se prennent pour des poux. Toutes, en y regardant bien, trouvent le détail qui fâche: j'ai trop de fesse, pas assez, je manque de nichons, ils sont énormes, mon nez est un pied de marmite, un pain de dix livres, j'ai un oeil plus haut que l'autre, les oreilles décollées, un ventre qui manque de creux, un creux à la place du ventre, la foufoune en paille de fer, le clito qui bourgeonne... je suis blonde (bêêê!), brune (beurk!), auburn (pouah!), rousse (caca!)...

Les bonshommes, c'est pareil, depuis qu'ils deviennent coquets. Souvent branchés zézette, faut dire. Elle est trop petite, elle traîne par terre, le chat joue avec (bobo!). Nous, on s'en tape. Tout ce qu'on demande, c'est qu'ils sachent s'en servir. Mais on n'apprend ça nulle part (je rêve d'un institut de la baise).

Heureusement, il y a les chirurgiens esthétiques (qui ne pensent jamais à prêcher d'exemple, quand ils devraient servir d'enseignes à leur juteuse industrie). Alors, on se précipite chez eux, toutes et tous. Et c'est pas mieux. Souvent même pire (demandez à Bigard!). Qu'un seul truc qui dégonfle: le portefeuille.

On est cons. Qu'importe le flacon (flatte-con), pourvu qu'on ait l'ivresse. Celle de se sentir bien dans sa peau, même flapie, flétrie, raidie, ridée. Et de sentir, derrière ce visage refait, retendu, comme neuf, cette vieille chose un peu trop oubliée, décidément irremplaçable: UN CERVEAU.

UN PEU D'ORDRE  

Je n'ai pas de chance. La poisse s'attache à ma moindre velléité d'organisation. Pourquoi faut-il qu'avec moi, ça ne marche jamais?

On m'avait dit que c'était de l'inconscience, de surfer sur le Net sans pare-feu: la porte ouverte à toutes les intrusions frauduleuses, aux virus les plus destructeurs. J'achète donc, la peau des fesses, un CD de protection antitout (le téléchargement, c'est pas sûr). Mais va donc installer cette saloperie!... Deux semaines de galère et trois kilos gagnés en grignotages compulsifs.

À peine installé, mon "protecteur" me fait chier comme pas possible. Trop con pour me distinguer d'un vulgaire hacker, il bloque mon imprimante, m'interdit l'envoi du moindre mail (comment je fais pour draguer à distance, moi?), m'avertit de façon intempestive qu'il n'est pas réglé comme il faut, demande avec insistance si je veux (me conseille même de) modifier tel paramètre, colmater telle issue à laquelle je n'ai pas pensé... bref, il me pourrit tellement la vie, qu'exaspérée, je décide de m'en défaire. Ah ben tiens! seulement il refuse de se laisser lourder, tel un macho qui s'accroche. J'ai beau "sélectionner" pour suppresssion définitive la moindre de ses extensions, passer mon temps à "redémarrer" (comme si j'avais que ça à glander!), je tourne en rond. Une fois repartie, la machine, narquoise, affiche toujours sa présence! Se foutrait-on de ma gueule? Les morpions, c'est moins tenace...

J'en suis là. Toujours pas trouvé de solution. Sauf un truc, que j'ai cru sur le moment très malin: je l'ai désactivé. J'ai donc sur ma bécane une protection qui m'a coûté la peau des fesses, qui ne protège rien et qui continue à me les (j'en ai pas, d'accord!) scier en m'expédiant des messages d'alerte: "Attention! votre ordinateur n'est pas protégé! Souhaitez-vous réactiver la protection?" NON!!! BARRE-TOI, CONNARD!!! Ailleurs, ça s'appelle des spams. (Encore une chance qu'il me demande mon avis!) Un jour, je le sens, il reniflera que je suis une nana, donc nulle par définition, et n'en fera qu'à sa tête, balancera mon chat en peluche par la fenêtre, foutra à la porte Eddy, à qui je tiens de temps en temps, et invitera ma vieille emmerdeuse de mère pour six mois.

Il y a bien une autre solution: virer mon matériel dans la rue. Outre que je risque de tuer quelqu'un et de finir en tôle, c'est pas ça qui comblera les gouffres que j'ai ouverts dans mes finances...

Y en a qui doivent bien rigoler, je sais: les marchands d'ordinateurs et de systèmes de protection.

 

Je sens que je vais encore prendre trois kilos, moi...

 

 

Pute ET soumise

J'ai à me plaindre de mon patron pour le harcèlement sexuel. Une dangereuse calamité, disent les média. C'est vrai. Toutes les copines le déplorent, et quelques potes aussi. Il serait temps de réagir. Je vais donc prendre peut-être la tête du mouvement. Bizarre, le syndicat n'est pas chaud-chaud... Les syndicats ne sont plus ce qu'ils furent. Pas étonnant que les adhésions baissent: si la lutte syndicale doit se réduire à aller se peler le cul sur les boulevards en beuglant des inepties, à se faire matraquer par les cognes, ça semble un peu mince quand par ailleurs personne ne vous défend sur le lieu de travail.

Oui, je suis révoltée! Mon patron ne me harcèle pas, et les sous-fifres non plus. Scandaleux! C'est notre faute, aussi. À force de gémir que les mecs soient trop des mecs, on n'en trouve plus. Les nanas, ils s'en branlent: ils se branlent. Bien fait pour notre gueule! Plus personne pour nous tenir les portes, glisser des chaises sous nos fessiers, nous coller la main au panier, nous appliquer le bisou baveux. Plus un tripotage de frifri à se mettre sous la dent. Plus un gland. On glande, on se sent un peu seules. On l'a bien cherché!

Ni pute, ni soumise?... Conneries!... Que faire, quand on est pute ET soumise?...

SADOMASO SOCIAL CLUB

 

On va se faire un break, me dit Antoine, prendre du recul. Je connais. Ça veut dire prendre un autre cul. Bof. Ça tombe bien. Antoine commençait à me plaire. On peut le prendre dans le sens qu'on voudra. Exit Antoine.

Le lendemain, il me sonne sur mon portable:

-- Tu me manques.

-- C'est ça ton break? Eh ben moi tu me manques pas.

-- Mona...

-- Ouais.

-- On se fait un chinois ce soir?

-- Si tu te faisais plutôt une Chinoise?

Et je coupe. Toc. Non mais. Pourquoi, mais pourquoi a-t-il fallu que je me mette ensuite avec Georges? Au début, pas de problèmes. Ils sont venus après. Chaque fois pareil. Je crois que le problème c'est moi. M'en fous. Pas mon problème. En plus y a sa mère! Faut se la faire. Parano-manipulatrice. Avec moi il est pas mieux lobé. A dû prendre un psy. Une psy. Il la baise. Si c'est pas bon pour lui, c'est bon pour elle. Moi j'aurais baisé ma mère, ça m'aurait coûté moins cher. Failli le lui dire et puis non: il m'aurait tapée. Ça risquait de me plaire. Forcément je pense à ma mère et je vois rien: ma mère c'est moi. Pour ça que mon père m'a tronchée avant que je sois en âge de parler. J'ai pas eu de mère. Quelle chance! Ni de père non plus: vingt ans de cabane à se faire mettre à tous les étages du clapier carcéral pour m'avoir pédophilée. Bien fait. En a tué plus d'un pour se venger. Plaidera l'illégitime défonce.

Le père de Georges a entrepris de remplacer le père que j'ai pas eu. Je dis pas non, il pelote bien. C'est pas du goût de tout le monde. Mais bon, Georges peut faire son Oedipe et la parano-manipulatrice me traiter de salope briseuse de ménages. Pour une fois elle manipule plus rien, mémé. C'est mon tour. Laïos (le père) est pas mal monté. En tout cas, souvent sur moi. Comme disait Totor (et Henri IV), dans Laïos il y a os.

Un jour, par hasard, je croise Antoine. Mon Dieu, que c'est loin! Avec une Asiate. Tiens, il m'a écoutée! On se présente. En deux coups de cuiller à pot, je lui soulève son Asiate. Que j'invite le soir même chez le chinois. Là, on se roule notre premier patin sur les rouleaux de printemps. Faut que la boucle soit bouclée. Puis on s'en va terminer cette intéressante conversation en des lieux plus adéquats.

Où Georges débarque sans crier gare, tombant sur ses deux chéries en furieuse épectase.

-- Ah bon, il fait.

Un peu court. Mais après ne pas avoir crié gare, il crie:

-- Elle me l'avait bien dit, ma mère!

Ça gâche tout. La revoilà, celle-là! La famille, ça colle comme du vieux sperme, et ça nous plaît qu'à moitié. Va avoir des choses à raconter à sa psy, le Georges. S'il m'échauffe trop les oreilles, je lui pique sa psy. Ou je le branche sur Antoine, des fois que. On a parfois des surprises.

Fantastiques, les mecs: le cul, ils croient qu'on a que ça en tête!

Yolanda

 

OK, j'avoue. Je me suis payé une déprime: pas arrivée à trouver un polar à la hauteur d'Alter Ego (Mel Arrighi). Un vieux Série noire du temps où Gallimard ne sortait pas de la merde. Je suis tombée dessus par hasard dans un coin de grenier. J'adore les polars, je les descends à la vitesse des cacahuètes devant la télé. Mais je suis difficile: auteurs anglo-saxons pliiize! Les autres me gonflent, surtout les franchouillards, croyant toujours malin de faire les malins, de l'esprit, des jeux de mots laids, de gourbiter du sous-Renard, du sous-Céline (défunt San-A à part: le mauvais goût ne supporte pas la médiocrité). Les Britishes, et les Ricains surtout, ont le niak pour vous coller dans le bain pronto, sans effets de manches, et de vous y plonger la tête jusqu'au dernier souffle de bonheur et de reconnaissance, direction l'extase.

Désolée, Rédac, c'est comme ça. Inutile de vous planquer, je vous vois rigoler. Arrighi c'est pas américain? Mais aucun ne l'est au départ, voilà le miracle! Un tas de Bataves, Teutons, Irlandais, Latinos, Basques, Macaroni, Juifs venus d'ailleurs: le melting potes...

À la suite de ma découverte des combles, en plein manque et sucrant les fraises (contrairement aux copains que je venais de recevoir et qui, eux, tombaient un pot de confiture par jour), j'ai essayé une cure de mecs. Pas un n'arrivait à la cheville de Hank Mercer, Biff Deegan, Amos Frisby.

Depuis, je suis avec Yolanda. ET JE VOUS EMMERDE.

Note de lecture

 

J'ai envie de faire mon Collignon (du pauvre -- pardon, maître!): la foirée de Ledoigt. Sans doute parce que je viens de virer mon mec, qui n'a pas su mettre le sien où il fallait. Et donc, n'ayant rien à branler -- ou trop --, j'ai été chourer au hasard chez un libraire le premier truc qui m'est tombé sous la main. Ça:

Pratique. Pas trop gros. Et ça commence génial. Putain, un chef-d'oeuvre! je me suis dit. Pêche miraculeuse. Le coup de la meule de foin.

Ça se passe dans un monde de merde (le nôtre) angoissé par la pollution, le tabac, l'alcool, le terrorisme, mais pas la connerie. Où il est partout interdit de fumer, même à la Régie des Tabacs, un monde livré à la domination des sales mômes, où chaque déviant est forcément pédophile...

C'est incisif, insolent, rigolard en diable. Au début. Parce qu'ensuite, Duteurtre se prend les pieds dans le tapis, l'apologue, et mélange un peu tout malgré quelques belles trouvailles. Il devient lourd, n'ayant pas su garder le ton de légèreté, de perverse allégresse qui fait le charme des premières pages.

Où irrupte un sac de noeuds dans le couloir de la mort. On demande au condamné quelle est son ultime volonté. Fumer un dernier clope, il dit, ce con. Patatras! Impossible: défense de fumer dans la prison, c'est le règlement. Faut protéger la vie des détenus, même condamnés à mort. Ce désir ringard bloque toute la savante machine, on ne peut plus procéder à l'exécution. Car il s'obstine, cet abruti, sûr de son bon droit. Scandale! C'est le bordel du haut en bas de la hiérarchie, jusqu'au Ministère de la Justice (vide juridique), le déchaînement des média. La sottise du principe de précaution éclate au grand jour, avec la dictature, le flicage constant exercés par le pouvoir sur le citoyen lambda sous couleur de le défendre, les luttes d'intérêts des lobbies.

Les clés ne manquent pas, pour qui s'en amuse, à commencer par un maire sûrement pacsé à Delanoé et une galerie de chats-fourrés plus vrais que nature. Mais bon. Astuces et retournements, on les voit venir d'un peu trop loin. Y avait mieux à faire avec tous les fils qui traînent, non exploités, quand on repose le brûlot, plutôt éteint. Déçue, merde!

Ben non, c'était pas un chef-d'oeuvre. Dommage.

Mauvaises résolutions

 

Farouchement rétive à la niaiserie ambiante, je viens de prendre un tas de mauvaises résolutions:

 

1°/ Ne plus faire la bise pour dire bonjour ou au revoir. Combien? Deux bisous? trois? quatre? À chaque fois une comédie stupide. Ça me glande depuis trop longtemps. Et puis y a des têtes de noeud que je tiens pas à embrasser. Quand je veux sucer un noeud, je le sors de son paquet cadeau.

2°/ Ne plus se contraindre à la politesse. Si vous êtes trop cool, on vous prend pour une bille. Pourquoi s'extasier devant un chiard moche comme un pou: «Caisse il est mignon!»... ou «Y ressemble à son père!»... «Y ressemble à sa mère!». Tu parles! Y ressemble à rien. Un bout de viande. J'aime pas les mômes, c'est clair. À la rigueur: «Merde, on dirait le réparateur télé!» Comme ça. Pour rigoler. Souvent c'est vrai.

3°/ Dire seulement ce que je pense. Ça me fera pas des amis. Tant mieux. Je serai trahie que par mes ennemis.

4°/ Virer Manu (militari). Prend mon appart pour le sien et baise en proprio. Faire des avances à Djamila, sur mon palier (pratique). Ou à personne. Célib, c'est bien. Trop longtemps que je me retiens de péter dans mon bain. Ça me donne des flatulences.

5°/ À propos de flatulences, virer ma mère qui fourre son nez partout et prétend me donner encore des leçons. Il est temps que je devienne adulte. Elle aussi. Ils se pleureront dans le gilet avec Manu. Ça les occupera.

6°/ Laisser tomber les voeux. Pourquoi souhaiter bonne santé à ceux qu'on aimerait autant à la morgue? Cesser aussi les «Comment ça va?». Quand on vous répond «Mal», vous avez l'air fin. Bien fait pour votre gueule! C'était juste une formule de politesse, un truc réflexe. Au fond, vous vous en cognez comme de votre premier tampax. La même "politesse" exige du récipiendaire qu'il réponde «Bien merci et vous?», même et surtout si ça lui est équilatéral et s'il lui pousse un bubon à l'anus. À quoi vous réagissez de même. Ça peut durer comme ça jusqu'à l'année prochaine. À Dieu ne plaise! Il est censé vous lâcher ensuite les baskets.

7°/ Tiens, Dieu! Y en aurait aussi à dire là-dessus! Mais je préfère la boucler pour votre repos et le mien (surtout le mien).

8°/ Ah si! Les résolutions! Ne plus penser aux résolutions, bonnes ou mauvaises.

 

Foutre la paix au monde avec les résolutions!

 

Journal litièraire

 

 1er janvier 2006

Je viens d'accrocher au mur le nouveau calendrier. Toujours ça de fait.

 

6 janvier

Rencontré Bouba. «Ça va?» elle dit. «Ça va», je réponds. Ça commence fort. On se quitte, à bout d'arguments.

 

12 janvier

Déjà? Le temps passe, c'est ouf!

 

13 janvier

Rien.

 

14 janvier

Encore rien.

 

15 janvier

Toujours rien.

 

19 janvier

Lu quand même un pavé de plus de 1000 pages. Sous les pavés la page. Il ne m'en reste rien. La vaguelette retirée, mon sable reste vierge. C'est bien le seul.

 

22 janvier

Paulo passe me voir. On baise. Autre vaguelette. Suis-je toujours vierge?

Réalise soudain que j'ai jamais lu Hegel. Ah bon... Il faut?

Recroisé Bouba. «T'as lu Hegel, toi?» -- «Tu me prends pour une conne?». C'est bien ce que je pensais.

 

24 janvier

Sur mon blog, un quidam se plaint d'être refusé par toutes les maisons d'édition. Je réponds que c'est plutôt bon signe. Depuis, plus de nouvelles.

 

25 janvier

Constate qu'on prend mon blog pour une nursery ou un club de rencontres. Le nombre de gens qui tentent de trouver l'âme soeur par satellite!... au lieu de descendre dans la rue. Je descends dans la rue.

Tombe sur une manif. Prends un coup de matraque sur la gueule. Déclaration d'amour d'un keuf? Il s'excuse. M'a pris pour une autre. On m'embarque à l'hosto. Me fais tringler par l'urgentiste de garde. J'en demandais pas tant!

 

26 janvier

Revu l'urgentiste. Il s'excuse. C'est une manie? Rentrée chez moi, je vire mon blog.

 

1er février

Affiché la nouvelle page du calendrier. Intense satisfaction. Puis, mail du Rédac: «Tu penses à nous, ou tu peignes la girafe?» Va baigner, pépé, moi je vis intensément.

 

2 février

Et si je lui envoyais mon Journal?

 

3 février

C'est décidé, j'envoie mon Journal. Faudrait peut-être écrire quelque chose dedans?

 

8 février

Retrouve mon Journal, qui avait disparu, dans le frigo sous les bananes, casier du bas. Est-ce grave, docteur? Question à poser à mon psy. Si j'avais un psy. Tiens! si je me trouvais un psy? Juste pour le cul.

Baiser un psy, mon rêve! Devrait se payer une analyse chez un confrère. Mon fric ferait que changer de mains. Moi aussi, peut-être... Moi aupsy...

 

9 février

Ma shampouineuse se marie. Qu'est-ce qu'elles ont toutes? Pour divorcer 3 mois après! Ce qui leur plaît, je crois, c'est de se déguiser en meringues. Trop de sucre vous mène au diabète. Et dans diabète, il y a bête.

On sonne. Je vais ouvrir. Personne. Pourtant, j'ai l'impression qu'on entre. Et si c'était l'inspiration?

Gamine, j'avais inventé un écrivain génial avec un nom à coucher dehors. Mais la liste de ses oeuvres, impressionnante. J'en avais écrit les titres étincelants. Une bonne vingtaine. Pourquoi, me demandais-je, prendre la peine d'écrire les textes correspondants? Moi, cela me suffisait. La gloire pouvait venir. J'imaginais ma bibliothèque remplie de ces volumes aux dos gravés à l'or fin luisant mystérieusement dans la pénombre, parés pour l'admiration des foules et le respect de la postérité. Dont je me foutais éperdument, tant qu'on ne me demandait pas d'en pondre une partie.

 

10 février

Mon cher Rédac,
Des titres, ça vous irait?

 

11 février

Bon, allez, je plaisantais!

 

Journal litièraire (fuite)

 

 1er mars

Encore une nouvelle page du nouveau calendrier, un mec à poil avec une bite d'anthologie. Il faut savoir se contenter de joies simples.

Entendu à la radio l'interview d'un quelque chose dans la recherche. Avec l'attirance fatale des zozoteurs pour les sifflantes, le malheureux se lance dans des phrases impossibles: «La cessation de la relation semble résoudre essentiellement...» Intense rigolade. 

 

2 mars

Y a des jours, quand ça veut pas ça veut pas. J'en suis à ma troisième boîte de chile "ouverture facile" et j'y arrive toujours pas. Sur la table de la cuisine, trois boîtes de chile inutiles. Je dois être particulièrement conne. Tant pis, je vais me taper le fromage blanc qui reste.

 

3 mars

Je tremble de tomber sur un mec à la braguette marquée "ouverture facile". Il risque d'attendre longtemps. Moi aussi. À cette idée, je panique. Et dans "panique" il y a "pas nique".

Faut pas que je fasse une fixette là-dessus, ou je vais avoir vraiment besoin d'un psy. Plus qu'il n'aura besoin de moi.

Qu'est-ce que j'ai, avec les psy? Rien, bon dieu: j'ai pas de psy!

 

4 mars

Pince-fesse chez Poupette. Présentations.

-- Tu fais quoi?

-- Psy.

Je cours encore. On me cherche partout. Toujours un qui m'aura pas.

Les trois boîtes de chile, oubliées dans la cuisine, ont une drôle d'allure: elles ont gonflé. De dépit, peut-être... Un doute me prend, je vérifie la date de péremption: passée depuis un mois. Bravo les grandes surfaces! Direction poubelle. Terreur rétrospective. «Mona, vous savez, elle est morte!... -- Overdose? -- Chile.»

Est-ce qu'on vend des cercueils "ouverture facile" ?

 

5 mars

Je raconte ma mésaventure à la shampouineuse. Elle s'en tape: elle est mariée. Elle a d'autre soucis.

Le coup du chile me taraude. Ça me rappelle les vieux, prêts à s'empoisonner avec la bouffe par économie: "faut pas gâcher". Est-ce que je deviens vieille? L'horreur. Mais non, simple négligence. Ouf! Le regard du premier mâle dans la rue me rassure. Mon cul est encore consommable. Pas de date de péremption. Pas encore. Toujours cotée à l'argus de la fesse. Donc faut pas traîner. Carpe diem. Carpe caudam.

Croisé Bouba. «Ça va? -- Bof, elle fait, en veine de confidences.» Pas la joie, on dirait. Curieusement, ça me colle une pêche d'enfer. En attendant goder.

6 mars

Le meilleur gode, c'est le gros du petit ramoneur, son gros machin pleine peau, souple et dense comme un serpent. Mais chaud comme une brioche, un petit pain au lait. Gode mit uns.

Ma turne est un sex-shop.

Serais-je-t-y pas un peu obsédée? Bof (dirait Bouba).

 

7 mars

«Comment qu'on fait les bébés?» me demande la môminette de ma copine Bibiche. Pourquoi à moi? Je lui raconte d'horribles craques, pas folle: éliminer la concurrence.

 

10 mars

Me souviens plus des craques débitées à Bibichette. Dommage. J'aurais dû noter. Ça pourrait resservir: la concurrence arrive sur le marché plus vite qu'on n'imagine.

 

12 mars

Projet: Mes craques sur les bébés. Super! un titre de plus...

 

 

Journal litièraire

(jamais deux sans toi)

 

 20 mars

Je m'avise que j'ai plus reparlé de Paulo. Pauvre biquet! On s'est pourtant revu, mais bon. Toujours pareil. Je veux dire que ça manque un peu d'invention. Ma faute, peut-être. Faudrait que je lui apprenne des trucs. J'ai pas une vocation d'en saignante. S'il faut tout leur dire...

La nuit, j'écoute parfois sur Radio-bonniche les jérémiades des coeurs en peine. Et y me bat, et y couche avec une autre, et ma soeur me déteste, et je tiens plus mes mômes, et mersonne ne m'aime sauf mon père qui me fourre. Consternant de banalité. Mais l'horreur, c'est quand la couineuse pleurniche: je peux vous lire un de mes poèmes? Oh putain! Elle va placer sa merde sur Radio-bonniche! Et la préposée du micro, piégée (et nous donc!): mais bien sûr, mais avec plaisir, mais on est là pour ça, mais c'est pas trop long? Oh non, juste trois chiantes pages de lunes, étoiles, vapeurs, zoizeaux, clichés zabyssaux en "vers" de mirliton. Car personne ne lit la poésie, mais tout le monde en écrit, ça coule comme la diarrhée. Reste plus qu'à vous torcher avec le papier où Zézette a moulé sa bouse. Une chance: y a que votre cul qui voit les fautes d'orthographe.

Tiens, je préfère sucer Paulo.

 

22 mars

Toujours rien gagné au loto. On a beau m'expliquer que pour ça il faut jouer, j'éprouve chaque fois comme un sentiment d'injustice. Le sentiment d'injustice est l'un des rares que je me permette encore. Pas très sentimentale, on l'aura compris.

 

23 mars

Un excité de la chignole dans l'immeuble, à toute heure du jour et de la nuit. S'il est aussi actif avec son chibre qu'avec sa tamponneuse-perceuse, ça peut devenir intéressant. Relation à cultiver? Je me chargerais de la sono.

 

25 mars

«-- T'as déjà baisé avec le facteur? demande Bibiche. -- Non. -- Tu devrais. -- Si j'ai bien compris, faudrait que ce soit avec ton facteur. -- Pas question. Et mes colissimo?» J'avoue que je vois pas le rapport. Si je peux dire.

Bibiche me surprend. Moi qui la croyais irréprochable. Comme disent les cousins québécois, je suis déçue en bien.

 

26 mars

Chez la boulangère, une queue! Je la sens contre mes fesses. Y a du monde, d'accord, mais pas à ce point. Le malappris qui en profite de la sorte n'est pas plus pressé que les autres. «Une baguette!» annonce-t-il en me bousculant. C'est plus fort que moi, je me retourne et, matant son entrejambe, lui jette: «Prétentieux, avec ça!... Tout juste une ficelle.» Je ne suis pas sûre que tout le monde ait bien compris. Mais lui, si. Je viens de donner du travail à un psy pour 20 ans.

 

31 mars

Paul Dukas n'a pas écrit que L'Apprenti sorcier. Il a aussi écrit: "Il faut savoir beaucoup de choses. Mais on ne fait qu'avec ce qu'on ne sait pas."

Hein! ça vous le coupe, que je sache ça, moi!

 

BAR-B-CUL  

Mon bar à moi c'est le Cirrho's. Vachement class, dans un coin discret du 5e. Et fréquenté que par des pointures. Moi d'abord, et puis Julien Laposta, romancier chilien fou qui écrit avec sa bite, Idoménée Ney l'éditeuse, le peintre indien Kimakhul, Zizou la chanteuse et d'autres déjantés. Mais mon préféré, mon phare (pardon!), c'est le barman. Le seul au monde à savoir préparer mes banana surprise, et beau comme un ange. Al-Qamia on l'appelle. Un intégriste du cocktail sans shaker: «jamais de shaker, on ne secoue pas plus un cocktail qu'une jolie femme!» Faites ce que je dis... Je suis là pour témoigner du contraire: quand j'émerge de son paddock, j'ai l'impression de sortir d'une essoreuse. Oui, pour ne rien vous cacher, Al-Qamia et moi, on cherche la pierre philosophale. Il me fourbit l'athanor avec sa cucurbite. Ça fait de mal à personne. Pas à moi en tout cas.

L'ambiance du bar est feutrée, pénombreuse. Éclairage rare, tamisé, quelques spots çà et là. Ça met les dames en valeur. Et les mecs donc! Ils en ont plus souvent besoin que nous, les pauvres chéris. On ne voit pas toujours clairement ce qu'on a sur la table, ok. Mais l'important se trouve surtout dessous. Si on ne distingue pas une noix de cajou d'une cacahouète, on peut trouver son trou du cul tout seul ; un autre encore plus facilement. Affaire de doigté. Aller dans un bar est un acte existentiel. On y va pour boire, d'accord, aussi pour rêver, réfléchir, prendre des décisions... et pour draguer, je n'en disconviens pas. Paulo a une expression pour ça. «Je vais à la pêche au thon», il dit. Pas un modèle de finesse, Paulo, mais ça explique bien ce qu'il fait. C'est comme ça qu'il m'a remontée un jour dans son chalut.

Le premier qui ricane, je lui retourne une beigne. Je me les sers moi-même avec assez de verve, mais je ne permets pas, etc. Seul défaut d'Al-Qamia: sa liaison avec son coloc, un didji. Il est bi. C'est son droit, mais pas mon envers. Enfin bon. Quand on est ensemble ça se voit pas. D'ici à ce que d'aucuns me supposent un louque garçonnier, y a pas loin mais ils se trompent. Plus glamour que moi tu meurs. Je kife aussi le hard metal, mais dans le calbute.

Pour en revenir au Cirrho's, faut que j'me tire, eskuz: j'ai rendez-vous (hands up) avec un keum trouvé sur internet. Curieuse de voir sa chtron quand mon barwoman viendra me vaporiser les amygdales.

A+

 

ESPÈCE D'ESPÈCE

Il paraît que la seule préoccupation des animaux c'est le sexe, ce qui nous distingue d'eux. Ah bon? Je ne dois pas être tout à fait normale, mais personne ne s'en plaint. On dit aussi que plus ils avancent en âge (les animaux), plus ils deviennent obsédés. Les vieux éléphants seraient spécialement chtarbés (palme d'or). Je confirme. Tous les vieux éléphants que je connais dans l'espèce humaine sont comme ça. Plus libidineux tu meurs. Leur vieille trompe se balance toujours pour attirer caresses et cacahuètes. Attention, je suis pas nécrophile! juste un peu chaudasse, d'où que ça vienne. Ne crachons pas dans la soupe. Seulement sur le gland quand y faut. Moi aussi, un jour, je serai une vieille éléphante, trop heureuse d'accueillir plusieurs machins bien verts dans mon truc distendu. Total respect!

En attendant, je me fabrique des souvenirs. J'accumule. Ja cul mule. J'éjacumule. Pour les longues nuits solitaires, les jours désertiques. C'était comment, mamie, quand tu baisais? T'as pas idée. Bien avant que les babouins qui t'ont conçu aient compris qu'ils auraient mieux fait de se branler. Raus!

Si la perpétuation de l'espèce me paraît vitale pour les animaux, elle me semble tout à fait inutile concernant l'homme.

 Journal litièraire

(supplément sportif)

 

Juillet

Décide de tout ranger: la baraque, les placards, mon petit coeur. Vaste entreprise (je parle du dernier). Importantes options à choisir. Par exemple les mecs. Plus question qu'ils squattent mon appart, me prennent pour leur bonne et monopolisent la télé à l'époque des compét. Un mec c'est le foot. Putain la vache! bière et foot disaient les Robins. Ça vole pas au-dessus du gazon (le mien compris). Après le match il s'enferme dans les chiottes pour pisser (la bière). L'autre mec c'est le tennis. La sono au max transformant le living en franc-comtoise sous le ploc régulier des balles. Plus les "han" qui te font penser que d'autres se tapent la partie de jambes en l'air que t'as pas eue. Manque de pot (3e mec) y a aussi le tour de france (j'écris en minuscules, ça mérite pas mieux), les internationaux d'athlétisme... T'as cru malin de courir 3 lièvres à la fois pour manquer de rien. T'es servie, mignonne! Pas de chance, t'es tombée sur des sportifs de l'écran plasma! J'ai viré tout le monde et je me tape des dessins animés non-stop en compagnie d'un bon vibro. Mais j'ai des vues sur Nora, une adepte du yoga. C'est bien, ça, pas bruyant, tranquille. On peut la mignoter pendant qu'elle médite, ça la dérange pas. Je le sais, j'ai essayé. Mais je suis sûre qu'elle dédaignerait pas de me prendre comme centre de ses méditations. Bon pour l'ego. J'aime bien faire centre, moi.

 

Putain!!!... qui a dit avant-centre???...

 

Journal litièraire

(dernière non-parution)

 

15 août

Aujourd'hui fête de la Vierge. Pas concernée: longtemps que je le suis plus. Puis l'Assomption vous savez ce que c'est, vous? Entre les assomptions, les ascensions, les consomptions, je m'y perds. À force de fréquenter Jacob et Delafon, je mélange Otis-Pifre avec Schindler, Roux & Combaluzier. L'impression d'émerger d'un escalator avec la nausée. Ce doit être le voyage au Népal d'où je reviens. J'y ai beaucoup appris, c'est-à-dire rien. Pourquoi le Népal? Pourquoi pas, dirait Cocteau... Lacan, Sollers, Duras, Sarraute, Darrieussecq, Cumouillé, qui vous voudrez. J'en rapporte une pacotille inutile, quelques beaux souvenirs et des gonocoques. Ces derniers, les plus durs à passer. Pas tout de baiser, faut pas se faire baiser.

 

16 août

Illumination! C'est le lendemain de la veille. Vais essayer de tenir toute la journée avec ça.

 

20 août

Repense au vieux proverbe nepalî (vous en connaissez de neufs?): on ne se baigne jamais deux fois dans le Gange. Bien sûr, le coup d'après vous êtes mort! Cette remontée d'huile me surprend comme un renvoi de ragoût de yack. Si la gastronomie régnait à Biratnagar et Bharahawa, ça se saurait.

 

19 septembre

Ne pas oublier le 29 (Saint-Michel), ou le Rédac va me faire une grossesse nerveuse, je vous dis pas la galère! Peux pas m'offrir ça en plus de la virée himâlayenne. Un rédac c'est pire qu'une septicémie. Une neufticémie au moins. Le Phare retentit encore du vacarme de la dernière, qui nous valut des mégatonnes de cars japonais l'ayant inclus dans le circuit des lieux hantés.

 

30 septembre

Merde! J'ai oublié le 29...

 

1er octobre

Le Rédac a eu un beau bébé, 1m76 et 85 kg. Il s'appelle Jean-Pierre.

 

Journal litièraire

(Prix à débattre)

 

5 octobre

Grande décision ce matin: c'est décidé, je présente un prix littéraire! Reste à trouver lequel. Ça commence bien: j'ai déjà une répétition.

 

6 octobre

Bon, y a le Goncourt (trop gon). Le Renaudot (qui m'évoque les chaînes de montage). Le Fémina (et ta soeur?). L'Interallié (mais chuis antimilitarisse). L'Agagadémie française (un oncle à l'asile ça suffit). Le Prix du Quai des Orfèvres (on baisse, là, et j'aime pas trop les polars). Les polars, c'est comme la sf, faut savoir de quoi qu'on cause. Ça s'improvise pas, contrairement aux vaticinations zintimes où tu peux raconter ton dernier bobo, ton ultime pizza, le goût de la gîte à bulles... Finalement, le seul qui m'irait bien au teint, ce serait le Nobel. Mais faut des relations, toute une vie méritante de tâcheronne, de forçate de l'écritoirtoire. Et t'as intérêt à savoir ce que tu dis. Quelque chose entre Mère Thérésa et Louise Michel. Trop tard. J'ai plus la santé.

Je vais quand même pas me contenter du Prix des Lycéens, des Auditeurs de France Q, des Amis du Rail, des Frigoristes, des Techniciennes de Surface... Bien qu'il y ait pire. Tiens, je m'invente mon propre Prix et je me le gagne, fatal! Un truc qui fait kilt: le Prix des Machos. On en manque.

 

8 octobre

Plus j'y pense, plus ce Prix des Machos me tente. J'en parle à Cyril pour qu'il fasse Président. D'abord il se vexe, puis il se marre, puis il accepte à condition d'être payé en nature et de choisir ses membres, rôle qui m'est habituellement dévolu. Je sens qu'on va pas s'ennuyer et que les media suivront comme un seul homme. Je vois déjà d'ici la gueule des Chiennes de Garde, ça me console de mes soucis.

15 octobre

Bon, je m'y mets demain.

 

16 octobre

Demain.

 

20 octobre

Pourquoi j'arrive jamais à tenir mes promesses? Quand c'est à moi que je les fais, c'est pire. Parce que je sais que c'est pas trop grave, que je gueulerai pas trop fort, m'en voudrai pas trop. Que ça porte pas à conséquence (encore une fois qu'elle aura rien, celle-là). Je vais vous dire, je suis trop faible avec moi. Je me passe tout. Faudra que je m'éduque un peu plus fermement.

 

29 octobre

Je réalise soudain qu'il est trop tard pour les prix littéraires cette année. Ça tombe très bien: il me reste la vie devant moi pour ceux de l'an prochain. J'aime autant. Je vais faire ça tranquillos, sans me fouler l'os du foie. On a le temps. D'ici là, Delon passera sous les pots.

Journal litièraire

(Cuvée 2007)

 

J'espère que je vous ai manqué. Où en étions-nous, je ne sais plus. Je ne me relis jamais. Horreur de ça. Coquette comme je suis, c'est une coquetterie que je n'ai pas. Il paraît que je ne suis pas la seule. D'autres (le Rédac) parlent de professionnalisme, de politesse, de correction. Aïe, le mot qu'il ne fallait pas prononcer! Désolée, patron.

Il m'arrive pourtant de me regarder le cul dans la glace et, s'il me plaît (les jours de soleil et d'humeur mutine), j'insiste, je le mets en valeur, je l'améliore, l'admire si je suis in ze moude. Ouais, bon, vous me connaissez. Vous ne retrouveriez pas la salope habituelle, vous seriez déçus (valable pour toi aussi, Rédac). 

Tiens, j'ai oublié la date. Tant pis. On est en janvier, pas? En janvier donc, je me remets à exister. Et je pense à tous ces écrits, ces films qui, pour faire authentique, indiquent un lieu, une date précise. Foutaises. L'important, c'est ce qui se passe. Et chez moi c'est clair, il ne se passe rien. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Patrick. Aussi, après avoir viré Papa, j'ai sauté sur Cannelle. Que Patrick, paraît-il, furieux de son éjection, appelle Caca. On pouvait s'y attendre. M'en fous (elle itou). Le chevalier du ciel ne vole qu'en rase-mottes. C'est bien ce que je lui reprochais.

Le Rédac -- dit le Grand Virtuel -- adopte des guépards zébrant les arbres, les tapis, des sillons de ses sabres. Ma panthère à moi se fait les griffes sur mon dos, mon ventre. Elle marque son territoire. J'adore. On se tape des ptidéj monstrueux, à poil, mordant les fruits juteux en affamées, riant comme des folles. Les voisins, résignés, beurrent leurs biscottes, méditant les dernières catastrophes de Radio Poubelle. Pour eux, le petit jour est une galère de plus ; ce n'est pour nous que l'entracte d'une nuit qui se poursuivra selon notre fantaisie.

Lu L'Élégance du Hérisson de Muriel Barbery, le bouquin calé sur les reins de Cannelle, un doigt dans son minou (à Cannelle). C'est plein de chats (le bouquin) et l'auteuse, une petite surdouée qui ira loin si les gros cochons la mangent pas. Dans un premier temps, j'ai admiré la maîtrise de la langue (écrite) et puis, Cannelle me suppliant de multiplier les séances de lecture, me suis aperçu qu'on ne peut abuser une groupie du Rédac tant qu'on utilisera bruisser à la place de bruire, c'était sans compter avec au lieu de compter sans et qu'on oubliera que chic reste invariable quand il est adjectif (comme bidon). Au turf, Mumu, ou alors viens nous rejoindre!

Journal litièraire

allegro assai

 

2 février

Ça donne 2/2. Donc 1. Fascinant.

 

3 février

Pratique, la numérologie. On lui fait dire ce qu'on veut. Ça passe le temps. Mais celui qu'on perd à rechercher ce qu'on veut dire, je vous dis pas! Cela dit de quoi se plaint-on? Puisqu'il passe. Le temps. Tonton Marcel, qu'a-t-il fait d'autre avec sa Recherche? J'aime bien la reprendre de temps en temps. Elle n'est jamais bien loin. J'ai pas à la chercher longtemps. Juste un peu d'aventures et de poussière par-dessus. Consolation: mon Albertine à moi n'a pas disparu. Elle s'est endormie contre ma cuisse et elle a un beau cul. J'aime bien la reprendre aussi de temps en temps. N'ai pas à la disputer à la poussière. Pas encore.

 

4 février

C'était quoi ce coup de blues? Dois-je surveiller mes lectures ou mes fréquentations? Les deux peut-être. Ou mon transit intestinal.

 

10 février

Milou à l'interphone. Pratique, l'interphone. Encore plus que la numérologie. Surtout avec une caméra-espion. “T'es là, Mona?” Sûr, coco. Je bouge pas. “Je sais que tu es là.” Ben pourquoi tu demandes? Quelques délicieuses secondes de silence. Si tu voyais ta tête, Loulou! Forcément il la voit pas. “T'es peut-être pas seule?” En plein dans le mille, Émile! Curieux, les éclairs d'intelligence chez ces petites bêtes! Titine grogne dans son sommeil: “Qui c'est? -- Milou. -- Encore!” Ben oui, encore. C'est fou ce qu'elle dort, la chérie. Elle récupère, paraît. Faudra que je lui apprenne les vertus de la perversité, réactive son petit cratère. “Bon ben...” fait Milou à l'interphone. Silence radio, pas d'image. Il a dû partir. Je saurai jamais la suite et je m'en tape. Par contre, je me tape Titine. Par contre. Tiens, elle est réveillée!

 

13 février

Réveillée en sursaut par Albertine qui me secoue: “Tu dors, Mona?” Ben oui je dors. Plus maintenant. M'agace, cette petite, manque de mémoire. Ma mère aussi avait la sale manie de faire irruption dans ma chambre en beuglant “Tu dors, Mona?” Question stupide. Les fois où j'ai eu envie de répondre “oui maman”, je les compte plus. Une façon de faire remarquer qu'elle dormait pas, elle. De me culpabiliser. Se saignait aux quatre veines pour moi. Me reprochait d'être là, quoi! À qui la faute? On est toujours la mère de quelqu'un. Pas moyen d'y couper.

 

20 février

En faisant mes courses (faut bien, de temps en temps) je repère de loin Milou. Il ne m'a pas vue. Je me planque illico comme dans les polars. Et puis tiens, je vais le suivre mine de rien! Il erre telle une âme en peine, tourne, va, revient. Je retrouve un paysage connu. Rien d'étonnant, on est en face de chez moi. Il lève le nez vers mes fenêtres. Sale espion! Hésite, traverse. Va sonner à l'interphone. Ce culot! Avec un grésillement, la porte s'ouvre. Titine, espèce de petite vipère, je t'avais bien défendu!... Un moment, je suis tentée de débarquer là-haut dans la kermesse sans crier gare, non pour basculer dans le stupre, mais pour voir ce qui se passe. Serais-je jalouse? De qui? Je n'aime pas ça. Trop dangereux. Puis, trop de déplaisants souvenirs: d'expériences passées, de vaudeville, de ridicule. J'ai ma fierté, après tout! On ne gagne jamais rien à vouloir être édifiée...Titine et Milou, qu'est-ce que ça peut bien faire ensemble? Deux minutes plus tard j'ai ma réponse: Lovelace ressort avec l'empreinte cuisante d'une main sur sa joue d'éconduit. Bien fait! Il file sans demander son reste et moi je regagne mon pigeonnier, décidée à faire voler les plumes de Chochonette. La séance est orageuse. Les portes claquent. Les fesses aussi.

 

24 février

Mais qu'est-ce qui a pu prendre à Titine? La curiosité! Cette sacrée curiosité qui nous dévore toutes, nous fait commettre toutes les bêtises. Comme si nous avions besoin de raisons supplémentaires, nous qui passons pour en être si dépourvues! N'empêche, maintenant je me méfie d'Albertine. J'ai l'impression qu'elle me cache quelque chose. Quoi? Un sentiment? un objet? Un objet, ce serait plus facile.

 

27 février

C'est un objet. Je découvre entre deux slips un journal intime. Bravo! je fais école et n'en suis pas ravie. Aurait-elle trouvé le mien? Catastrophe!

 

28 février

Non. C'est un manuscrit. Un cahier d'écolière rempli d'une sage écriture d'écolière un peu brouillonne étalant, dans un flou méticuleux, les premiers émois d'une petite provinciale à la recherche d'on ne sait quoi. Et le titre annoncé par cette bécasse d'Albertine est inattendu: À l'ombre des jeunes fleurs en filles.

Journal litièraire

l'oeuf dure (verbe durer)

 

10 avril

Si j'avais su que c'était aussi pénible de pondre, j'aurais fait dans le bricolage. Ou la galanterie.

 

12 avril

J'ai fait dans la galanterie... mais je suis nulle en bricolage. Quoique la galanterie, ça reste encore à voir. Je suis douée pour quoi au fond? M'attirer des emmerdes, c'est sûr. Les seules de ma connaissance à n'en plus avoir habitent des résidences secondaires, chicos, dans le calme et la verdure: ça s'appelle des cimetières. C'est moins triste qu'on ne le dit. C'est même très agréable, en surface du moins. Dessous, je ne sais pas. C'est ce qui m'inquiète. Les emmerdes, finalement, sont de bons vieux gros pulls de vivants. Même troués cradingues, ça vaut peut-être mieux.

 

13 avril

Coup de bourdon hier, on dirait. Je philosophe, je philosophe... c'est dur! (Voir titre.)

Putain! vendredi aujourd'hui! Vendredi 13! Faut exploiter ça. J'achète un billet de loterie, une demi-douzaine de flashes loto, quelques cartes à gratter. Et bingo! je gagne rien!!! Comme d'hab.

Je vais vous dire: pour avoir de la chance, faut du bol. Le leit-motiv de L'Arnaque me tourne dans la tête.

 

15 avril

Pour en revenir à ma ponte, je décide qu'il serait temps de trouver un sujet de préférence porteur, qui m'allégerait d'autant, et m'avise que le titre de la pièce de Ionesco, L'Avenir est dans les oeufs, outre juste n'est pas si mal trouvé. Il me revient aussi qu'un paquet de pontes contient le mot oeuf comme par hasard. À commencer par L'Oeuf de Félicien Marceau. On ne fait pas plus évident. L'Oeuf et moi me plairait assez, mais j'arrive trop tard. Les Oeufs de l'autruche de Roussin: un peu mégalo. Et puis zut! une oeuvre se réduit-elle à son titre? Souvent. L'horreur, c'est quand il n'y a que lui de bon. Et je repense à cet auteur, que je crois bien avoir inventé, dont la production se résumait à une kyrielle de titres qu'il ne lui restait qu'à écrire et s'alignaient fièrement dans sa bibliothèque sur de luxueuses reliures ne recelant que des pages blanches.

J'en suis à peu près là... Sauf que je n'ai pas les titres.

 

Journal

(entracte)

 

Je me suis mise en vacances. Un coup de tête. Marre de tartiner du vécu, d'indiquer la date, les dates. Personne les lit. Tout le monde s'en fout. Moi ça me permet de m'y retrouver. Surtout de gagner du temps, de l'espace. De loin en loin placer un effet à retardement. Plein le Q.

Je me suis barrée à l'autre bout de la terre. Abandonné les copains, les copines, les fricotages, les histoires de fesses, les hautes considérations niveau rase-mottes. La gueule du Rédac à mon retour! Ça valait le coup de partir!

-- Tout baigne? y me fait, louchant sur mon bronzage. Ça brûle pas trop?

-- Compte pas sur moi pour te montrer ma raie au beurre noir! (J'ai rien contre les vieux obsédés sauf quand ils sont vieux.)

Je sais pas comment il fait, mais je crois qu'il a perçu ce que je viens de mettre entre parenthèses. Il m'a re-regardée, l'air sévère:

-- Bien sûr, ici on pouvait crever!

-- Je le dirais pas comme ça mais c'est le sens.

Il pouvait rien dire: toujours prétendu apprécier ma franchise. Il a produit un bruit qu'on écrit “gloup” quand on est une feignasse. Je suis une feignasse. Et donc suis allée feignasser à l'extrémité pacifique de la planète. Dans les atolls, les palmes, le corail. Loin des faux civilisés et des vrais emmerdeurs.

Que je croyais. Car le premier naturel de l'étape sur lequel je suis tombée par hasard, surgi d'un palétuvier, avait un ordinateur portable en bandoulière et s'exclama en me voyant:

-- Mona Moowe! Mimizelle Mona Moowe! Ah pitain d'mes ancêtwes! Le Phawe à Tipoula-Poula! Quel honneuw! Vite, un tiawé pou miss Mona! Hi les potes, ah bin! bougez votwe boutique-mon-cul (ou quelque chose d'approchant), ce soiw on fait fawé et le cochon gwillé, les mangues et les bananes, les langoustes et le siwop-gendawme twop plein fiou pou twinquer à la santé du Wédak et de finékip, ah mais ouais!

Le soir venu, je n'y coupai pas. On produisit un tel vacarme, un tel bordel que les crabes-tambours émigrèrent en masse et que les cacatoès filèrent à Mahuva-Huva après nous avoir chié dessus. Et je devais répondre à une montagne de questions aussi sottes que grenues: et les dernières stats, qu'est-ce ça donne? et la Rédaquette, koikékass au taekwondo? et la concierge, elle aime toujours autant kwika-kwika avec du chocolat? (ouh cella une luwonne!) Pourquoi vous venez pas vous installer ici, ça nous donnerait alabibine, labibi, alibi arroser ça tous les soirs. On pourrait faire semblant travailler, fourguer tikis, pratiquer commerce, pomper touristes. Gauler pépètes à Communauté. Trafiquer mafia russe. Poulo-Zeudor à Tipoula-Poula!

Autant dire que je me suis barrée vite fait de Tipoula-Poula. Émigré sur un récif volcanique avec trois cocotiers (ici, tout est volcanique), en compagnie de quelques tortues pas ninjas, délicieusement coites, paisibles et non branchées internet. Juste un petit gratt-gratt dans le cou au lever du soleil. À moi la bronzette intégrale et le silence radio. Plus les huîtres. J'adore les huîtres. Silencieuses, les huîtres. Très bon pour la ligne. Le lait de coco aussi. Pas trouvé de perle. Tant pis. Dans les conserves de lentilles, seulement des cailloux.

Heureusement, le Chinois avec qui j'avais négocié à prix d'or mon retour avec son silence ne m'a pas oubliée. Il a tenu parole. Il est venu me chercher le jour dit sans m'abrutir de questions: je l'avais choisi muet. On a juste failli retourner l'embarcation à force de gigoter dans un kwika-kwika à stupéfier les concierges (retard à rattraper). Les Chinois c'est très bien, n'en déplaise au songe-creux de la chimère et du tire-bouchon.

Et me revoici.

 

Alors, heureux?

Journal litièraire

Reprise (à l'oeuf)

 

1er octobre

La rentrée littéraire, il paraît. Je vois pas rentrer grand monde. Comme dans mon appart. À force de virer les inutiles, je me sens parfois un peu seule.

 

2 octobre

Pas de blème: je ne m'ennuie jamais en ma compagnie. C'est la présence des autres, qui me pèse. Les petits malins et leurs blagues. Ceux qui se croient irrésistibles. Celles aussi. Plaise au ciel que je ne sois pas le boulet de quelqu'un. J'essaie d'être la plus transparente possible. Disons translucide. Irradiante les jours de superforme. Mais aveuglante... allons-allons, restons modeste!

 

5 octobre

-- Tu m'as tapé dans l'oeil, me dit Nico comme un reproche. À titre d'excuse. C'est l'évidence, il se paye un beau cocard: je lui ai foutu mon poing sur la gueule parce qu'il s'est cru autorisé à me mettre la main au cul. Et puis quoi encore? Oh, je sais bien à quoi il pensait! Pas très original. Ils y pensent tous. Ça m'arrive aussi. Mais c'est quand je veux.

 

8 octobre

Même Woody Allen est sans surprise. Acheté le dernier paru. Toujours aussi new-yorkais, aussi juif, humour juif new-yorkais. Spécial mais comme d'hab. À se tordre, d'accord. Tout le monde peut pas en dire autant et je laisse les condors de stratosphère à leurs génialeries prétentiardes. Pourtant, Woody, s'il te plaît, étonne-moi!... Pardon d'être la chieuse de service. C'est un rôle qui me va comme un gant.

 

12 octobre

Ça devait arriver! On m'a présenté un éditeur. Je veux dire un éditeur qui a flashé sur mon cas. Ou sur mon cul, ça reste à définir. Je devrais, dit-il, lui pondre quelque chose. Il croit. Il est sûr. Il sent la bonne affaire. À définir, encore. Pondre quoi? Me prendrait-il pour une Leghorn?

Je vous tiens au courant.

Journal litièraire

Nique ta mère

 

 

13 novembre

Longtemps que je n'ai vu ma mère (je m'en garde bien). Elle me tombe sur le dos sans crier gare. Elle l'aurait crié, je fusse tété zabsente. On dit que le 13 porte bonheur. Sauf à moi. Monmon déferle comme un tsunami sous prétexte de saga médicale, check-up et naninanère... Tu verras, chérie, quand je serai plus là, tu la pleureras ta mère... Elle essaie de m'attendrir, c'est-à-dire de me culpabiliser. Plutôt crever (la voir crever).

 

14 novembre

Ma mère est une emmerdeuse. Je tiendrais d'elle, prétend Bodo ses jours de rogne après moi. C'est injuste parce que je chipote que pour des broutilles, de petites zutes sans conséquence ni rien derrière la tête (puisque j'ai pas de tête). Ma mère est une égoïste abyssale qui voit l'univers tourner autour de son nombril. Autour du mien n'orbitent que des prétendants quantiques à mon trou noir. À part ça, je suis d'une infinie simplicité.

 

18 novembre

Ma mère m'engueule sur les horaires anarchiques de mes repas. Mauvais pour ma santé, dont elle se fout éperdument. Et à cause de qui qu'on mange à pas d'heure? D'une monstresse débarquant sans prévenir et vous bassinant de ses microproblèmes, tandis que votre estomac crie famine, gargouille, fait des noeuds. Sourde à d'autres jérémiades qu'aux siennes propres, elle trouve urgent de communiquer ses priorités et de toute façon ne vous écoute pas: elle n'écoute qu'elle seule. Très attentivement. Dommage que vous n'en fassiez pas autant, elle se charge de vous le reprocher. Monmon est l'exigence morale incarnée. À peu près comme un ongle. Plus on insiste, plus c'est douloureux. Elle insiste. Comment son homme a pu la supporter? - En pliant bagage pour le crématorium (moins cher). Après avoir fait chambre à part, bourse à part, bande à part, beau temps qu'ils faisaient vie à part. Tu te demandes pourquoi les jeunes s'obstinent à convoler? Pour faire chier les vieux.

 

22 novembre

-- Toujours pas mariée? attaque ma mère, sarcastique.

-- J'y songe parfois. Je pense à toi et ça passe.

-- Un enfant... t'as pas envie d'un enfant?

-- T'avais envie, toi? Regarde le résultat!

-- Ma pauvre Mona...

Quand elle reste court, je deviens sa pauvre Mona. On entre dans la zone sous douane de son affection. Halte! Sortez du véhicule. Papiers. Ouvrez le coffre. Quelque chose à déclarer?

-- Rien. Nada. Néant. Ouallou. Le coffre est vide. Moi aussi. Comme toi.

-- Tu m'aimes?

-- Chuis pas maso. Mais toi c'est sûr, t'es sado.

 

27 novembre

À ce propos, elle me lance:

-- Sais-tu ce que ton père m'a sorti de plus cruel?

-- Non. Cruel, papa, cet ange de douceur! (Je n'ose imaginer autre chose de plus choquant que des mots.)

-- Que tu me ressemblais!

 

28 novembre

Qu'est-ce que je devrais dire, moi! Heureusement, c'est pure méchanceté de sa part (à elle), car je ne la crois pas une seconde. Si cela s'avérait exact, je ferais immédiatement le vide autour de moi, selon la fable tenace, désastreuse, que qui voit la mère et la fille ensemble, peut deviner en un clin d'oeil à quoi ressemblera la fille plus tard. Il me faudrait trouver un couvent quatre étoiles et me passer de sexe ad vitam si cette improbable catastrophe devait arriver (me voir à côté de Monmon).

Ce que je lui dis pas, à Monmon, c'est que si niet mariage, c'est que jamais, jamais je ne jouerais le sale tour à un mec, fût-il le dernier des salauds, de lui offrir ce poison pour belle-mère...

 

 

30 novembre

Pourquoi je lui dis pas?... Après tout, si elle continue à me glander, je lui crache le morceau!

Ou pour la Fête des Mères.

 

JOURNAL LITIÈRAIRE

(l'envers vaut l'endroit)

 

20 décembre

Mon éditeur d'octobre se remanifeste. Vieux motard que jamais. Tout d'un coup, il me rappelle à son bon souvenir. Il a dû se faire larguer par sa suceuse et donc éprouve comme du vague à l'âme, si on peut appeler ça comme ça. On peut. Je suce pas mal, je dois dire. Il le dit aussi. Un peu court comme jugement littéraire. Car il insiste pour me publier. Ça le reprend! Après tout, j'aurais mauvaise grâce à ne pas m'exécuter, et je vous laisse deviner à quoi j'alluse. Quand une tueuse médiatique me posera la question qui fâche: «Pour être éditée, faut coucher?», je pourrai répondre en toute innocence «Même pas!», discernant dans son oeil rêveur comme une lueur de déception.

-- Mais quoi? tu attends quoi? je demande à Tito, l'éditeur.

-- De toi, tout!

Il me laisse méditer. Je médite. Il m'édite.

-- C'est-à-dire?

-- C'est toi l'auteuse, non? Tu préfères auteure? écrivaine?

-- Je m'en tape.

-- Sans charre, je te crois capable de surprendre.

Ce qui me tanne, chez ce vieux (5 ans de plus que moi), c'est qu'il cause comme un vieux. Mais il a raison de me brosser dans le sens du poil, bien que je sois épilée partout et que ça le rende dingue.

-- T'as une idée du titre?

Je sursaute. De quoi parle-t-il?

-- Essentiel, le titre. C'est ça qui fait vendre. Pense à Simone (de Beauvoir) et ses Mémoires d'une jeune fille rangée. Tout le monde a cru que c'était du porno, cette tisane. Partie comme des petits pains. Et puis Simone avait un beau cul, on le sait maintenant. Tous les espoirs étaient permis.

-- Le mien n'est pas mal non plus.

-- Justement.

-- Dis donc, t'es éditeur ou maquereau?

-- Dans tout éditeur, il y a un maquereau qui sommeille. Et vice verso.

-- Versa.

-- Verso. Tourne-toi, chérie...

Il me plaît de plus en plus, ce con.

 

23 décembre

Trouvé le titre: Cause à ma tête, mon cul est malade. Tito adore. J'adore Tito. 15 partout.

 

25 décembre

Souvenir confus du réveillon. Que s'est-il passé exactement? On s'est réveillé (Tito très tard) plutôt comateux, entourés de cadavres: ceux des bouteilles et de nos illusions.

JOURNAL LITIÈRAIRE

(retour à la vie)

 

1er mars

Coucou, me revoilou!

-- Tu ne vas pas leur envoyer ça! s'indigne Tito.

-- Envoyer quoi?

-- Coucou me revoilou comme signal de rentrée littéraire. Tu imagines Platon expliquant ainsi l'apparition du dernier Dialogue!

-- Un, j'envoie ce que je veux. Deux, s'il l'avait fait, on le lirait peut-être davantage. Trois, je ne suis pas Platon, je préfère être moi. Quatre, je ne fais pas de rentrée littéraire. Ce n'est pas le moment et je n'ai pas cette prétention. Cinq, j'entre et je sors quand je veux. Six...

-- Stop! Je te rappelle que je suis ton éditeur (merde, j'avais oublié