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La première abeille
m'apprend que c'est l'été, ses palais
de marbre orange. Tout étourdie
déjà, telle Alice devant la chenille
au narguileh, je vrombis dans ma cuisine à
la recherche de la pierre philosophale, une tarte
inédite où les citrons du jardin
auraient déversé leurs arômes
virtuoses. Gaspard, chat gourmand de souris au
parfum de violette, en mangerait!
Chaque matin, les courgettes
viennent me rendre hommage en longues
théories, accompagnées parfois de
mandarines aux joues rieuses, parmi les viornes,
les nénuphars des laques de
Beardsley. Dans un soudain
caprice, je fais de Mucha mon intendant. Juste pour
fermer son bec au mainate qui se croit amoureux de
moi et récite du Mallarmé sur le mode
emphatique d'un sociétaire du
Français. Je préfère la
discrétion des mûres. Ou les corbeaux,
intelligents à faire peur, venant
d'assassiner le duc de Guise.
Heureusement, les pierres ont de
la tradition, plutôt une mémoire,
à laquelle la lente cuisson au soleil ne
doit pas être étrangère.
Comment le cadran solaire fait-il pour indiquer
l'heure, instable par nature? mystère!... On
appliquerait l'oreille contre les pyramides en
écoutant avec suffisamment d'attention, on
entendrait la voix des pharaons. Non par une sorte
de prodige, d'hallucination, de rêve
éveillé, mais parce qu'elle y est
inscrite. On disait naguère que les murs
avaient des oreilles. Faux. Ils n'en ont pas
besoin. C'est nous qui n'en avons pas.
L'été crie
à ma porte, de toutes ses abeilles, ses
fruits, ses fleurs, obligé de passer par
l'oeil pour me faire savoir qu'il existe. Mais je
le savais, depuis toujours, percevant ce
frémissement, cette magique,
viscérale plénitude. Gaspard aussi,
bien avant moi.
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