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Claude Streicher |
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Chère Mère Noël,
Je vous écris aujourd'hui au sujet de votre mari, le Père Noël. Je ne sais pas si c'est l'âge, ou la grande fatigue due aux travaux de fin d'année, mais soit il perd de plus en plus la mémoire, soit il a des problèmes de compréhension. Je me base, pour vous écrire cela, sur ce qui s'est passé au Noël dernier. Jugez plutôt: comme tous les ans, mes parents m'avaient demandé de faire une liste. «Sobre, la liste», avait même précisé papa qui a l'air de se préoccuper beaucoup des finances de votre ménage. Je me suis donc exécuté, je vous livre cette liste telle quelle: - Un blouson Perfecto en cuir (qui sent). - Une paire de Nike. - La collection complète de la série d'illustrés: Vomitor contre Dégueulator. - Et quelques babioles d'importance secondaire. Ça me paraissait simple, détaillé, sans fioriture inutile et j'avais évidemment terminé ma lettre par la formule d'usage: «Je vous promets d'être sage et de bien travailler en classe.» Une formule, comme vous pouvez le constater, classique mais de bon ton, n'entraînant pas d'obstacles insurmontables. J'ai d'ailleurs, tout au long de l'année, tenu cette ligne de conduite en limitant à un rythme bi-hebdomadaire les catastrophes dont j'étais l'origine. Pour en revenir à l'objet de cette lettre, quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant mes paquets le 25 décembre dernier: - La série d'albums illustrés s'était transformée en un gros dictionnaire en 3 volumes, utile certes, pour atteindre dans le buffet de l'arrière-cuisine la cachette à malabars, mais aucune commune mesure avec la demande d'origine. - La paire de Nike était devenue paire de *** (on va appeler ça des baskets). Vous me croirez si vous voulez, je vous jure que c'est vrai! elles étaient blanches et SANS AUCUNE INSCRIPTION DESSUS!!! C'est pourtant facile de repérer des Nike dans le magasin, c'est la paire sous laquelle l'étiquette du prix comporte un 3e chiffre avant la virgule. Jamais inférieur à 4, c'est quand même pas sorcier! J'ai refilé ces machins à ma soeur; elle fait de la danse classique, y a que là que ça paraîtra pas ridicule. - Le 3ème paquet, alors là, c'était le pompon. Ça contenait un machin en laine jaune sale qui sentait la même chose que chez tante Josiane, j'ai jamais pu définir, ça tient du chou en cours de cuisson mélangé à des effluves de pipi de chien avec quelques fragrances de produit pour détartrer les dentiers. En plus, la couleur. Je ne sais pas vous, mais moi, mes pulls, j'aime bien les salir moi-même; si on me les offre déjà douteux, où se trouve le plaisir? Je vous le demande. Dès que tante Josiane est rentrée chez elle (oui, elle était là, cette année, c'est marrant la coïncidence), on a collé ça dans la litière du chat. Ben, depuis, on l'a jamaisrevu (le chat, hein, pas tante Josiane, parce qu'elle, dès qu'elle a l'occasion de venir "parfumer" la maison, elle la loupe pas); à mon avis, il doit croire qu'on lui en veut. Bon, j'arrête là ma missive. Je ne l'ai pas écrite pour vous affoler, m'enfin, faut quand même surveiller ça. Et surtout, veiller à ce que de telles erreurs ne se reproduisent plus. Ça risquerait de me perturber une année scolaire qui n'en a pas vraiment besoin. Bon, je vous quitte en vous embrassant sur les 2 joues parce que je reste persuadé que vous, votre parfum, ça serait plutôt du genre pain d'épice, et moi, j'adore ça.
Votre Charles-Édouard. |
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... Au sujet de ces commémorations qui fleurent bon le sensationnel et l'appel aux larmes. Le 11 septembre 1973, coup d'état de Pinochet appuyé par la CIA, suicide de Salvator Allende puis torture et mort de milliers de Chiliens, réparties sur une période plus longue, il est vrai. Ceux qui se sont sentis américains le 11 septembre 2001, se sont-ils sentis chiliens le 11 septembre 1973? Comment a-t-on commémoré l'événement le 11 septembre 1974? Personnellement, je trouve ces deux actes terroristes aussi haïssables, criminels et imbéciles l'un que l'autre. Tous les terrorismes sont à combattre, tous les terrorismes font des victimes qui n'avaient que le tort d'être là où il ne fallait pas, quand il ne fallait pas. Un mort américain ressemble étrangement à un mort chilien. |
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Cher monsieur Ben Laden, Vous n'êtes pas sans savoir que dans une grande partie du monde, votre cote de popularité a subi, depuis le 11 septembre 2001, une formidable décélération. Sa pente descendante est quasiment identique à celle des actions Vivendi et France Télécom. De plus, j'ai appris par certains média que votre santé était chancelante. Il me paraît donc primordial que vous lisiez ce qui suit. Connaissez-vous la France? Et, en France, connaissez-vous les rouages de la justice? Sinon, vous avez tout intérêt à vous renseigner. Pour cela, une bonne adresse: maître Varaut (Jean-Marc), personnalité très connue dans notre pays, défenseur de gens éminemment sympathiques. Je pense qu'il doit pouvoir vous garantir une condamnation de quelques années, assortie d'une libération anticipée à votre convenance. Il vous mettra en contact avec des "experts" médicaux irréprochables, ayant l'oreille de certains de nos juges. La seule difficulté est de vous faire emprisonner en France. Demandez donc à Jean-Marc, il vous donnera certainement la marche à suivre. |
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Cette histoire est parfaitement véridique et, hélas, pas exceptionnelle. Rédac
Aujourd'hui, lundi 9 décembre 2002, Darius est retourné à l'école. Rien d'extraordinaire, me direz-vous. Eh bien si, justement. Darius habitait une roulotte dans un coin pourri de Choisy-le-Roi. Un matin de la semaine précédente, vers 6 heures, on a frappé à la porte de la caravane... à coups de pied. Darius a eu très peur; il n'est pas habitué. C'était des policiers, ils étaient beaucoup. Ils ont dit qu'ils allaient emmener toute la famille quelque part parce que le papa et la maman n'avaient pas les papiers qu'il fallait. Darius a dit qu'il devait aller à l'école car, malgré le logement précaire et sa situation de famille, il est scolarisé à l'école Marcel-Cachin de Choisy-le-Roi. Les policiers ont dit non, pas d'école aujourd'hui, ni les autres jours. Le papa de Darius s'est alors débrouillé pour faire dire à la maîtresse que si son fils manquait ce matin, et les autres jours, elle devait lui pardonner parce que ce n'était pas de sa faute. Quelques jours plus tard, un juge a fait libérer Darius, ses parents et d'autres parce que, paraît-il, on n'avait pas respecté certaines règles pour arrêter la famille. Darius a donc pu retrouver sa maîtresse, ses copains et ses copines. Ils lui avaient fait des dessins et certains avaient même écrit des poésies pour les lui envoyer, mais comme ça, c'est mieux, ils ont pu les lui donner en main propre. La maîtresse aussi était contente parce que Darius est un bon élève, curieux, qui aime apprendre. Elle l'a pris en modèle pour faire un cours de morale sur le fait qu'on doit accepter la différence si on veut bien vivre avec ses voisins quels qu'ils soient. Amalia, une copine de Darius, a dit à la maîtresse qu'elle était contente que ses parents soient portugais, et non pas roumains. |
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Il y a très très longtemps, mes cheveux avaient encore les reflets chatoyants de la crinière du lion, et l'azur de mes yeux n'était pas déjà terni par ces filaments rouges que nous valent les pitoyables plaisirs défendus... Il y a longtemps, donc, j'exerçais quelques menus travaux dans une banque d'affaires du VIIIe arrondissement à Paris, afin de gratter quelques sous pour mes cigares, restaurants et soirées théâtralesoù je pêchais la jeune fille, dans un monde qui n'était pas le mien. L'un de ces travaux consistait à classer, avec une collègue aussi motivée que moi, les billets à ordre des dossiers clients. Cette occupation avait l'avantage de ne pas nous encombrer l'esprit. Pour uneraison qui m'échappe aujourd'hui et qui, de toute façon, n'a aucun intérêt pour la suite de mon histoire, nous finîmes par nous retrouver avec un tas de plusieurs centaines de ces bouts de papier, le but du jeu étant de les classer par client d'abord, puis par date d'émission. Nous sommes venus à bout de cette tâche inhumaine au terme de trois jours pleins, sous les yeux moqueurs des employés titulaires dont la cinquantaine, rabougrie par des années de mesquinerie et de carriérisme effréné, contemplait nos vingt ans avec cette envie des gens qui ne les ont jamais eus. Au moment de prendre les différents tas bien répartis sur deux longues tables, et quasiment sans nous concerter, nous avons alors tous deux balayé les bureaux de nos bras écartés, réduisant à néant des dizaines d'heures de boulot, faisant voler dans la grande pièce où l'on ne communiquait que par chuchotements, du billet à ordre comme s'il en pleuvait. La jouissance que m'apporta le spectacle des physionomies effarées par ce crime de lèse-majesté totalement gratuit, et l'exaltation de la nuit qui suivit, restent aujourd'hui encore un des grands moments de ma vie de bureaucrate. |
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Je commence à avoir de l'admiration pour ce gouvernement. Les médias de l'été: gros reportages sur la canicule. On amène ensuite doucement l'annonce d'une recrudescence de mortalité chez les gens âgés. On lance ensuite une campagne sur ces pauvres vieux morts non réclamés par leur famille. Vient ensuite l'idée de solidarité, comment faire? Donner une journée de son temps pour pallier les crédits supprimés, en voilà une bonne idée! Une journée de son temps, d'accord, mais on ne va pas faire confiance aux gens, ce peuple d'en-bas toujours prompt à tricher. On va faire confiance au patronat. Ernest-Antoine est très content; il a le secret espoir que l'Etat ne viendra pas trop mettre son nez là-dedans et fera confiance à la France d'en-haut, celle qui entreprend. Et voilà, on donne une journée de plus, non aux vieux, qui s'en foutent, mais aux entreprises; c'est toujours ça de gagné sur les 35 heures. On a déjà "truandé" les salariés sur la retraite, c'est passé difficilement, on a humidifié le suppositoire et hop, en orbite le recul social. Maintenant c'est encore mieux; une majorité des Français est favorable au jour cadeau du patronat; c'est l'enveloppe "solidarité" qui a fait entrer tout seul le suppositoire ce coup-ci. Voilà, c'est bientôt bâché, et avec votre accord. Vous reculottez pas trop vite. Les vieux, ça meurt également de froid... et l'hiver s'annonce rude.
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Sur le bureau, il y a une photo de Guevara. Sur cette photo du Che, une dédicace: "A Salvador Allende qui va au même endroit par un autre chemin". Salvador Allende Gossens a été président du Chili de 1970, jusqu'au 11 septembre 1973 Le matin du 11 septembre 1973, des unités de la marine neutralisent le port de Valparaiso. Vers midi, l'aviation bombarde le palais de la Moneda et les soldats y pénètrent. Le président demande à ses défenseurs de quitter les lieux. Une rafale met fin à ses jours, il a 65 ans. Personne n'est complètement certain de l'identité de celui qui a appuyé sur la détente de cette mitraillette, mais finalement peu importe à qui appartenait ce doigt. Par contre on sait qui était derrière, on connaît aujourd'hui le rôle d'ITT, de la CIA, de ce pauvre fou de Nixon et d'une de ses âmes damnées, Henry Kissinger. Salvador Allende, avant d'être assassiné moralement, a vu son pays étouffer à la suite de l'asphyxie économique imposée par les Etats-Unis. Il n'a pas vu la suite, la dictature de Pinochet, mise en place par Kissinger, qui a pendant ses dix-sept années de pouvoir été responsable du meurtres de 5000 Chiliens, de tortures et de disparitions. Salvador Allende ne bénéficiera de funérailles nationales qu'en 1990. J'espère sincèrement qu'une partie de la compassion dont ont fait preuve, tout au long de la journée, ceux que le terrorisme révulse, aura été vers cet homme, vers ce guitariste aux mains coupées qui représente le calvaire d'un peuple martyr. Tous les terrorismes sont à combattre, y compris le terrorisme d'Etat. |
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Janvier, c'est un mois terrible; c'est le mois des résolutions. En effet, il ne viendrait à l'idée de personne de prendre des engagements horriblement durs à respecter ailleurs dans l'année. Pour ces choses, l'idéal c'est janvier. Heureusement, il est tout de suite suivi de février, pendant lequel on s'empresse d'oublier les résolutions précédentes. C'est quand même bien fait, le calendrier; et pourtant, depuis le temps qu'on le connaît, il me vient parfois des velléités de changement. C'est vrai après tout, rien n'est immuable et ça n'est pas parce qu'on veut depuis quelques siècles suivre les évolutions astrologiques, qu'on ne pourrait pas, en gardant la structure actuelle, débaptiser les mois pour les nommer autrement. En premier lieu, ce qui me gêne, c'est la différence de longueur des noms. Ecoutez comme mars paraît ridicule à côté de décembre, par exemple. Même la consonance en français fait désordre. À part septembre, novembre et décembre, pas la moindre musique agréable. Quel point commun entre juillet et août? ce sont pourtant des mois assez similaires. Je pense donc proposer aux autorités compétentes un changement radical. Tout d'abord, il faut des dénominations d'au moins trois syllabes, les noms courts paraissent beaucoup moins chantant. Ensuite, pour bien distinguer les trimestres, on pourrait les faire rimer trois par trois: par exemple, les mois du 1er trimestre seraient en aire, ceux du 2ème en ier; pour le troisième, je verrais bien une terminaison en ule, et pour le quatrième une fin en ion serait du meilleur effet. Ceci posé, prenons les mois un par un: Pour janvier, à mon avis, étant donné la température habituelle dans cet hémisphère, j'opterais pour frigidaire. Février, c'est le mois le plus court, on le nommerait lapidaire; ce mot pourrait rappeler l'outil du bijoutier, métier qui n'est pas sans évoquer les cristaux de givre qui tapissent les branches des arbres, dans ces contrées qui ont la chance d'avoir un hiver esthétiquement parfait. Pour mars, le néologisme giboulaire me paraît s'imposer à cause des giboulées qui, entre nous soit dit, on plutôt tendance à apparaître en avril. Voilà donc le 1er trimestre: Frigidaire, Lapidaire et Giboulaire. Avril serait remplacé par poissonnier, pour rappeler cette coutume consternante qui consiste à se moquer des poissons accrochés dans le dos des autres, sans se rendre compte de la baleine qu'on trimballe sur le sien. Mai, mois béni entre tous par ceux que le mot travail hérisse et que l'évocation du terme labeur couvre de boutons, on l'appellerait trèsférié. Juin, mois du remplacement des odorantes fleurs blanches par les délicieux fruits rouges: cerisier. 2ème trimestre: Poissonnier, Trèsférié et Cerisier. Passons à juillet. Là , j'ai hésité. Je voulais d'abord évoquer le Tour de France, cette compétition sportive devenue institution qui a beaucoup fait pour l'amélioration de la recherche dans les produits pharmaceutiques. Mais il y avait aussi l'arrivée des vacances, occasion de fêter une simili liberté par le sabrage d'une bouteille de champagne pour les plus aisés et l'engloutissement d'un mousseux pour les moins favorisés. J'ai tranché pour un compromis rappelant le cyclisme et les bulles, ce serait donc pédabulle. Pour août, je pense obtenir une unanimité relative en choisissant canicule, et enfin septembre, mois charnière entre la période des vacances et celle des diverses rentrées... optons pour virgule. Notre 3ème trimestre: Pédabulle, Canicule et Virgule. Octobre, mois des sous-bois frais et humides, serait remplacé par champignon. Pour ses longues soirées pendant lesquelles on fait venir quelques copains pour tromper l'ennui des fins de journées maussades, j'oserais un soupàloignon à la place de novembre, et enfin, à cause du 24 et du 31, il me semblerait assez judicieux de remplacer décembre par cotillons. 4ème trimestre: Champignon, Soupàloignon et Cotillons. Et voilà! pas plus dur que ça, et somme toute assez logique. Tenez, je vous les mets côte à côte:
Franchement, ça a quand même une autre gueule: l'épiphanie le 6 frigidaire, la Saint-Valentin en lapidaire (ça semble s'imposer), Pâques en poissonnier, le muguet du 1er trèsférié, la fête nationale en pédabulle, la rentrée en virgule et mon anniversaire le 17 soupàloignon. |
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illustré par le Rédac |
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Frigidaire (janvier) |
Lapidaire (février) |
Giboulaire (mars) |
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Poissonnier (avril) |
Trèsférié (mai) |
Cerisier (juin) |
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Pédabulle (juillet) |
Canicule (août) |
Virgule (septembre) |
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Champignon (octobre) |
Soupàloignon (novembre) |
Cotillons (décembre) |
© Le Phare de Frazé