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Tout le monde est cocu (ou cocue)

«Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.» Il en va du cocuage comme de la peste chez notre bon La Fontaine qui, une fois de plus, aura su résumer la situation. Car on n'est pas cocu: on naît cocu. L'ignorer est une des innombrables façons de l'être. Vivre, c'est être cocu. Et mourir, plus encore. On n'y échappe pas. Si bien que le propre de l'homme n'est pas le rire, mais le cocuage, quoique le premier découle souvent du second.

Faisons remarquer en passant que lorsqu'on écrit: "le propre de l'homme", on veut aussi bien dire celui de la femme. On peut être tout autant cocue que cocu. Une mode haïssable et récente veut qu'on rappelle toujours le féminin après le masculin, ou inversement, par l'effet d'une galanterie hors d'usage. C'est absurde et grammaticalement inutile: on a oublié que le masculin joue souvent par économie le rôle d'un neutre. Il va de soi que lorsqu'on a dit "les hommes" (l'espèce humaine), on a aussi voulu dire "les femmes". Il devient grotesque de le rappeler. «Tous les hommes sont mortels» signifie aussi que les femmes n'échappent pas à la règle. Il ne manquerait plus que ça! «La nature de l'homme est faible» laisse suffisamment entendre que celle de la femme ne se porte guère mieux. Est-il besoin de le préciser? Il semblerait que oui, à en croire une horde sans cesse croissante de démagogues et d'analphabètes, dont le ridicule culmine comme souvent dans la classe politique. Autrefois, il suffisait de dire «Français, vous avez la mémoire courte!», tout le monde avait compris. On se croit tenu de dire aujourd'hui: «Françaises, Français, vous avez la mémoire courte!», de crainte sans doute de louper des voix.

Je ne me laisserai pas gagner par cette mode imbécile, qui ne recouvre au demeurant qu'une formidable tartuferie. Je prétends me faire comprendre de tous, m'adresser à tous, quand j'utilise les schémas traditionnels de ma langue natale, que rien ne m'autorise à violenter, contrairement à d'autres. Je refuse également de me compliquer la tâche, au long de cette étude, en me donnant le ridicule de recourir sans cesse à la redondance, qui ne saurait qu'alourdir une phrase déjà grassouillette de nature.

Au diable, donc! De toute façon, cocus, cocues, vous l'êtes tous (et toutes). La grammaire, ou la mode, n'y pourront rien changer. Je me propose de le démontrer dans ces pages, et de donner, aussi étrange que ce puisse paraître, des raisons d'espérer.

 

 

Les mille et une façons d'être cocu

Chacun garde en mémoire, entre le clairon sonnant la charge et le cheval (ou le chapeau) faisant un écart en arrière, les alarmes matrimoniales de l'infortuné Panurge sur le point de se marier.

Est-il indispensable de se marier pour être cocu? Absolument pas. Si mariage et cocuage vont logiquement de pair, comme l'a brillamment démontré Maître François Rabelais (et tant d'autres avant ou après lui, parfois même hors de leurs écrits, à leur corps défendant), on peut avancer sans crainte de se tromper que toute situation, activité ou entreprise humaine fait de vous, à plus ou moins long terme, inévitablement, un cocu.

Ce qui signifie que vous n'êtes jamais celui que vous croyez être, jamais là où vous pensez vous trouver, que vous ne savez jamais ce que vous croyez savoir. Quoi que vous fassiez ou ne fassiez pas, pensiez ou ne pensiez pas, vous êtes floué. Bref, vous subissez le lot commun et l'universelle géhenne de l'incertitude des choses humaines.

Ce qu'il y a de drôle, c'est que personne, dans son premier mouvement, ne s'avoue ni ne se sait cocu. C'est toujours l'autre qui l'est d'abord, ce qui fait qu'on s'en amuse. Ce n'est que lorsque la mémoire nous revient que nous passons à la grimace. Il est bien dans mes intentions de transformer cette grimace en fierté, par la grâce d'un nouveau stoïcisme, mais n'anticipons pas.

Donc, il n'est pas de cocu que marié. Le veuf n'échappe point à la confrérie, ni le puceau, ni Don Juan. Mais pas davantage non plus le charcutier, le frigoriste, l'abonné au gaz, le justiciable, l'électeur, l'abstentionniste, le carme déchaussé ou le cruciverbiste. Pour la simple raison que chacun est susceptible de se tromper et, par voie de conséquence, d'être trompé. Le cocu est par définition celui qui s'abuse sur les autres comme sur lui-même. À la limite, on n'a pas besoin des autres pour être abusé: on peut très bien s'abuser tout seul, et l'on ne s'en prive pas.

Je n'ai donc point besoin de vous faire un dessin pour vous expliquer les mille et une façons d'être cocu. Un peu de mémoire, que diable!

 

 

Peut-on partir en vacances quand on est cocu?

La réponse est oui. Ne pas partir ne changerait rien. Partir n'apportera guère de désagréments supplémentaires. On pourrait même dire que, l'essentiel étant déjà fait, on voyagera en toute quiétude, l'esprit parfaitement libre. Comme on le verra plus loin, si l'on peut être plus ou moins cocu, malgré l'avis de quelques esprits compliqués, il n'y a que le premier pas qui coûte. Inutile de revenir là-dessus.

 

 

Le cocu a-t-il le droit de rouler à gauche?

Cela dépend du pays où il se trouve et de la réglementation en usage. D'une façon générale, le cocu est astreint comme tout le monde aux lois en vigueur. Il peut certes les transgresser, mais à ses risques et périls, comme s'il n'était pas cocu. Le fait de l'être ne peut qu'aggraver les choses.

Je sais bien qu'il y a là une sorte d'injustice. Certaines instances internationales s'agitent pour que soient révisées ces rigueurs quasi discriminatoires. Toutefois, en attendant que les traditions évoluent, on ne saurait trop conseiller la plus extrême prudence.

 

 

Comment reconnaître un cocu à dix pas, à vingt pas, en lui tournant le dos et par temps de brouillard?

C'est très simple. Quels que soient la situation et le cas de figure, dès que vous apercevez quelqu'un, même très imparfaitement, ou que vous sentez seulement sa présence, vous pouvez être sûr d'avoir affaire à un cocu, puisque nul ne saurait ne pas l'être. CQFD.

 

 

Les cornes sont-elles indispensables au cocu?

Dans l'imagerie traditionnelle, oui. Et même abondamment fournies, style cerf dix-cors, afin de distinguer le cocu des créatures sataniques ou du faune de modèle courant. En général, le cocu doit feindre d'ignorer qu'il porte cette avantageuse ramure, tel le professeur distrait déambulant avec un poisson d'avril accroché dans le dos. C'est à ce moment-là seulement et à cette seule condition que l'hilarité de ceux qui le regardent atteindra son paroxysme. Il est donc tenu de faire l'innocent par charité chrétienne.

Cependant, on admet de plus en plus que le cocu sorte sans ses cornes, à condition qu'il prenne soin de se placer de temps en temps, pour entretenir une saine gaîté autour de lui, devant des trophées de chasse appropriés ou tout autre objet pouvant en tenir lieu, quand bien même il ne s'agirait que de simples ombres sur un mur.

S'il se rend à un bal masqué, il se déguisera en renne ou en élan. Le costume de Wotan lui siéra à ravir, grâce au casque wagnérien. Il peut aussi se travestir en abeille, en hanneton, à cause des antennes, fine allusion aux cornes. On lui trouvera de l'esprit. Un bouc fera également l'affaire, même un taureau, quoique la vache lui permettra de donner de lui une image plus modeste et plus attrayante. Se parer en Méphistophélès ou en dieu Pan s'admettra à la rigueur, mais cela pourrait être pris pour une dérobade, à moins qu'on ne soit cocu de fraîche date et qu'on ne tienne à produire, avec humour, que des cornes naissantes.

Quoi qu'il en soit, faire allusion à ses cornes serait une faute de goût.

 

 

Le cocu peut-il faire allusion à ses cornes?

Absolument pas. Ce serait scandaleusement déplacé. N'oublions pas que la caractéristique principale du cocu réside dans l'ignorance, réelle ou feinte, de son état. Il ne peut donc, en bonne logique et sous aucun prétexte, faire allusion à ses cornes.

Que de cocus, se laissant aller à une amertume hors de propos, s'exclament, au grand embarras de leur entourage: «Je suis tellement cocu que je ne passerais pas sous l'Arc de Triomphe!» C'est un peu mégalomane, non? Et terriblement prétentieux. Tant d'autres y sont passés avant vous, qui vous valaient bien et qui n'ont pas fait tant d'histoires!

En revanche, vous pouvez remarquer finement, à l'occasion, avec un air de délicieuse innocence: «Seigneur! il fait un vent à décorner tous les cocus!» Vous verrez que, contre toute attente, les autres en seront gênés beaucoup plus que vous.

 

 

La morsure du cocu est-elle venimeuse?

Souvent. Le tout est de l'empêcher de vous mordre. Soit en lui faisant mordre quelqu'un d'autre ; soit en l'hypnotisant avec une médaille brillant au bout d'une chaîne ; soit en bloquant ses mâchoires (ce qui demande une certaine adresse) avec un bout de bois, une canne ou un parapluie, comme on fait avec les alligators ; soit en cherchant le salut dans une fuite honorable.

Si toutefois vous êtes mordu, au bras par exemple, ne tentez pas de le retirer, il vous l'arracherait. Poussez-le au contraire au fond de sa gorge pour l'étouffer ou, si vous en avez la possibilité, appuyez-lui sur la langue avec le pouce de l'autre main pour lui faire lâcher prise.

Ayez toujours sur vous une trousse d'urgence avec du vaccin antitétanique ou du sérum anticocu.

 

 

Comment se comporter en compagnie d'autres cocus?

De même que vous n'êtes pas supposé savoir que vous êtes cocu, vous ne l'êtes pas davantage de savoir que les autres le sont. Chacun doit donc se comporter comme si personne ne l'était. Autant dire qu'il faut feindre la plus parfaite ignorance, pour ce qui vous concerne, comme pour ce qui concerne les autres. Et éviter les gaffes, volontaires ou pas, comme la peste: rien n'est plus susceptible qu'un cocu qui s'aperçoit que les autres sont au courant, et c'est encore pire quand un cocu qui ignore encore qu'il l'est (il en reste quelques-uns) l'apprend par votre faute (voir La morsure du cocu est-elle venimeuse?).

Il est donc recommandé de parler de tout et de rien, mais surtout de rien, comme si de rien n'était. Non que la condition du cocu soit tragique (pourquoi donc? nous serions tous morts!), mais parce que l'élégance, la fraternité et les conventions sociales conseillent cette attitude.

 

 

Le Capitaine Cook n'était-il pas un pseudonyme?

C'est l'évidence. Cocu se dit en anglais: cuckold. Le travestissement est flagrant. De cuckold à Cook il n'y a qu'un pas, et ce n'est point le fait de l'avoir ensuite transformé en Agence qui dissimulera la supercherie.

Quoi qu'il en soit, pendant toute sa vie, Cook a été cocu. Fils de paysan, il se retrouve mousse. Plus tard, parti sur le Pacifique pour avoir la paix, il découvre les îles de la Société. Malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à mettre les pieds sur l'Antarctique. Par contre, il sillonnera l'Arctique tant et plus, sans grande conviction. Simple roturier, il ne trouve rien de mieux que de débarquer aux Marquises. Puis de se faire bouffer par les cannibales. Où ça? Je vous le donne en mille: aux îles Sandwich!

 

On ne saurait être cocu une fois pour toutes

On pourrait croire qu'une fois cocu, les fois suivantes ne comptent plus. Un peu comme la rougeole: dès qu'on l'a attrapée, on s'en trouve prémuni et, pour tout dire, vacciné. Rien de plus faux en ce qui concerne le cocuage. Car on peut être autant de fois cocu qu'il y a de jours dans une semaine, ou de minutes dans une heure. Ou de grains de sable sur une plage.

Le cocu ne doit pas vivre dans la trompeuse illusion qu'une fois intronisé, il peut être tenu quitte du reste. Et qu'avec le temps, sa qualité pâlit puis disparaît, telle une couleur qui s'estompe. Le cocu reste marqué à vie, il doit en prendre conscience. Et, plutôt que de s'en désoler, trouver des raisons d'espérer car il pourra toujours faire mieux.

 

Est-il vulgaire d'être cocu?

Dans le sens de banal et répandu, oui. Dans le sens de grossier, non. Ce sont les autres qui le sont quand ils vous moquent ou vous insultent. Un cocu ne saurait être tenu pour responsable de son état, même lorsqu'il a tout fait pour y parvenir: le cocu, c'est l'innocence.

Le plaindre ne semble pas non plus très charitable, ni bien sincère. Il faut plutôt l'accueillir à bras ouverts, ne serait-ce que pour lui signifier qu'il n'est pas aussi seul qu'il le croit.

 

Est-ce grave d'être cocu?

Pas le moins du monde. Demandez autour de vous. Cependant, toute la question est là. Tout dépend de la façon dont on prend les choses. Mais aussi on n'est pas raisonnable. S'indigne-t-on que le soleil se lève à l'est? que l'eau bouille à cent degrés? que les poules n'aient pas de dents? Il n'y a pas davantage de sens à s'insurger d'être cocu. Il faut savoir accepter l'inévitable ("puisque nous ne pouvons commander aux événements, feignons d'en être les instigateurs"). Or il est inévitable sur cette terre d'être cocu, je ne dirais pas une fois dans sa vie, mais au moins une fois par heure. Va-t-on se gâcher l'existence pour si peu? Ce qu'il faut éviter, c'est de donner, par excès d'égoïsme et de vanité, une valeur disproportionnée aux choses et aux gens qui nous entourent, à commencer par nous-mêmes (et c'est bien là que le bât blesse!).

 

Pourquoi rit-on des cocus?

Parce que c'est la seule attitude intelligente.

Au fond, ce n'est pas tant le fait d'être cocu, qui est risible. C'est de ne pas savoir qu'on l'est, ou de refuser de l'admettre.

 

La vanité de toutes les formes de suicide

Aussi, rien de plus lamentable que de recourir au suicide parce qu'on est cocu. Il me paraît bien plus malin -- et constructif -- d'essayer de faire un nouveau cocu de quelqu'un d'autre.

Si vous tenez contre vents et marées à vous suicider (toutes les folies ayant droit de cité), ne vous ratez surtout pas: vous seriez encore plus ridicule. Et ne laissez jamais, au grand jamais, de déclaration écrite derrière vous. Vous ne savez pas ce qu'on pourrait en faire, et seriez à même de le regretter amèrement. Surtout si elle est pleine de fautes d'orthographe.

 

Tous les cocus sont-ils dans l'annuaire?

Non: ceux qui sont sur la liste rouge n'y figurent pas.

 

Peut-on se moquer des cocus?

On peut toujours. On peut aussi se souvenir du gag de l'arroseur arrosé.

 

Grandeur du cocu

Je pourrais disserter savamment (à proportion de mon ignorance) sur la taille moyenne du cocu de base, sur les statistiques, graphiques à l'appui, donnant tels nombres ou tels pourcentages comparatifs des cocus de 1m60, 1m75 ou 1m98. Outre la vanité de cette sorte d'exercice, je ne sache pas que ce soit l'apparence physique qui détermine le cocu. J'en connais comme vous de toutes sortes et de tous aspects. La tradition nous le présente volontiers comme un bon gros un peu mou, souvent pourvu de moustaches et portant lunettes, vêtu bourgeoisement, riant sans complexe de ses frères d'infortune. Mais j'en ai vu -- et vous aussi -- de baraqués et bronzés comme des maîtres-nageurs (qui passent cependant pour grands pourvoyeurs de cocus), sans compter les sloughis des beaux quartiers, les nabots, les camionneurs, les perchistes et les travestis. Ce n'est pas de cela que je veux vous entretenir.

Quand je parle de grandeur, je fais allusion à la noblesse de la condition de cocu. À son abnégation, à son caractère exemplaire, à sa beauté, ses héroïsmes, ses audaces. Il n'est rien de plus admirable qu'un cocu parfaitement conscient de son rôle, de sa valeur, de son destin, sachant se tenir à sa place, digne sans raideur, pénétré de sa fonction, discret, racé, avec l'élégance du coeur. Quelle classe! Quelle allure! Comme on est loin des marionnettes dérisoires du vaudeville, juste bonnes à étourdir les garçons bouchers et les employés (ées) des ministères!

Dans ce club très fermé, les portes restent grandes ouvertes, et il peut y avoir une nouvelle inscription toutes les deux secondes. Il suffit d'en avoir le chic. A qui le tour?...

 

II faut être fier d'être cocu

C'est pourquoi le cocu doit garder la tête haute. Fini le temps du cocu honteux, misérable, aux répliques à un sou la ligne. Il s'habille désormais chez les meilleurs faiseurs, possède autant d'esprit qu'Oscar Wilde et de générosité que Saint-Martin (je ne parle pas du jockey, mais de l'évêque de Tours). Haut les coeurs! Haut les cocus!

 

On est cocu de père en fils

C'est exact. Il s'agit non seulement d'une tradition, comme dans les bonnes familles, mais d'un caractère héréditaire qui se transmet par les femmes. Chacun se trouve donc assuré d'être le digne successeur de son père sans que le fisc, exceptionnellement, vienne entamer son héritage. Je pense d'ailleurs, avec un certain amusement, que c'est l'impôt, pour une fois, qui est cocu.

 

Peut-on être plus ou moins cocu?

Les avis divergent. Il y a plusieurs écoles. J'exprime moi-même sur ce sujet des opinions contraires, selon le lieu ou l'humeur. Mais tâchons d'être exhaustif, et voyons cela de plus près.

Prenons un cocu et retournons-le dans tous les sens. Bon. Imaginons que sa femme le trompe. Banal à pleurer, mais poursuivons. Il est cocu, c'est hors de doute. Elle le trompe avec son meilleur ami. C'est d'une consternante platitude, j'en conviens, mais le voilà deux fois cocu. À présent, comme Madame est d'humeur folâtre et quelque peu insatiable, elle s'annexe un second amant. Voici notre homme trois fois cocu.

À ce point du raisonnement, nous pouvons remarquer que, sans conteste, notre cocu l'est beaucoup plus qu'au départ et que, accessoirement, son meilleur ami l'est devenu aussi, bien que moins gravement mais de manière tout aussi évidente, ce qui n'est qu'un juste retour des choses. J'observe en passant que si d'aventure notre cocu couche avec sa femme, il aura l'avantage de faire deux cocus d'un coup: le meilleur ami (qui sera alors à égalité avec lui, en quelque sorte) et le second amant. Certains esprits byzantins vont jusqu'à prétendre que dans ce cas-là il en fait trois: le meilleur ami, le second amant et sa femme même, puisqu'il a pu la contraindre à être infidèle aux deux autres. Si vous me suivez mal, prenez de quoi écrire, faites des colonnes et tracez des bâtons pour comprendre. Et surtout, évitez de penser que vous assistez à un match de football. Car on pourrait se poser la question: est-ce que le cocuage est une espèce de sport où il s'agit de marquer des points, et dans lequel, bien que tout le monde finisse par être plus ou moins cocu, celui qui gagne est celui qui a marqué le plus de points? Nous laisserons cette question pour une autre fois.

Reprenons. Supposons maintenant que notre homme se fasse mordre par son cocker. Berné par sa femme, lâché par son meilleur ami et ridiculisé par un étranger, le voilà abandonné par son chien. Il est encore plus cocu que jamais, c'est indéniable. Et si les larmes commencent à vous venir aux yeux, réservez-les pour plus tard: pensez qu'il pourrait être aussi renié par son fils, méprisé de sa concierge, mené en bateau par son patron et trahi par son député. Mais n'allez pas me dire que j'entasse à plaisir les catastrophes et que je fais de mon sujet un martyr plus comique que pitoyable, car de tels exemples sont légion. Nous en côtoyons plus dans une journée qu'il n'y a de pépins dans une orange garantie sans pépins. Encore ne l'ai-je pas fait glisser sur une peau de banane en rentrant chez lui, ni s'affaler dans une crotte monstrueuse sur le trottoir qui, comble d'ironie, aurait été déposée un peu plus tôt par son chien. Comme l'argent attire l'argent, l'infortune s'attire elle-même. La sagesse populaire l'a maintes fois constaté dans des formules que je vous laisse le soin de retrouver, pendant que je tente désespérément de me rappeler où j'en suis.

Voilà!... Tout ceci pour dire qu'il y a effectivement des gradations dans le cocuage (voir Le cocu doit-il porter un uniforme?) et qu'on peut être plus ou moins cocu. Ceci posé, est-ce une consolation de l'être moins, que davantage? (Comme cet accidenté de la route auquel on annonce: "Vous avez les deux jambes cassées, un bras fichu, la rate éclatée, six côtes brisées et un traumatisme crânien, mais ça aurait pu être pire"). À chacun d'apprécier. Quoi qu'il en soit, cette gradation, réside-t-elle dans le nombre de fois (et de manières) selon lesquels on est cocu, ou dans la qualité du cocuage? Autrement dit, peut-on être par exemple cocu huit fois (certains disent: «au huitième degré»), et en définitive pas si cocu que ça, ou au contraire cocu une seule et unique fois (c'est à peu près impossible, mais il s'agit d'une hypothèse), et cocu jusqu'à l'os? La question vaut qu'on s'y arrête. C'est la deuxième école.

Ainsi, pour présenter les choses autrement, en simplifiant à l'extrême, pour le cas où vous ne sachiez déjà plus où donner de la tête avec vos colonnes et vos bâtons, est-ce qu'un homme trompé par une épouse acariâtre, dont il songe à se débarrasser depuis pas mal de temps, est moins cocu que celui qui se trouve cocufié par la femme de sa vie, avec laquelle il vient encore d'échanger il n'y a pas cinq minutes des serments éternels? Le simple bon sens commande de répondre oui à cette interrogation. Donc, c'est non seulement le degré de cocuage qui importe, mais aussi sa nature. Il faudrait être un monstre pour en disconvenir.

Enfin (troisième école), au diable nature ou degré: on est cocu ou on ne l'est pas, voilà tout. Alors, un peu plus, un peu moins, cela ne fait pas grande différence. Ce point de vue de Sirius n'est pas fatalement partagé par les intéressés. Il est vrai que si les avis diffèrent tant sur le cocuage, c'est qu'on ne réagit pas de la même manière selon qu'on raisonne sur les autres ou qu'on s'intéresse à son cas personnel.

Une quatrième école aurait tendance à minimiser les choses en calmant les esprits, disant à peu près: les faits prouvent que tout le monde est cocu. Il n'y a donc rien de singulier ou de terrible à l'être. Arrêtez de nous casser les pieds avec ça et passons à autre chose. On l'appelle souvent école banaliste, et ses zélateurs: nouveaux stoïciens. C'est la plus séduisante comme la plus irréfutable. Ses arguments sont ceux qui tiennent le mieux, et ils ont l'avantage de la simplicité.

En effet, cela marche remarquablement bien.

Tant qu'on n'est pas cocu.

 

Le cocu doit-il porter un uniforme ou, du moins, quelque signe distinctif?

La question est à débattre, car les avis sont partagés. Si le cocu reste en civil, son anonymat est protégé, mais il risque de s'enfoncer dans le ghetto de la clandestinité honteuse. S'il porte un uniforme, sa position se valorise, mais il se désigne tout de suite à la malignité publique. Certains font observer que le dommage ne serait pas bien grand, puisque la terre entière se trouverait alors susceptible de porter l'uniforme. Pourquoi, dans ce cas, recourir à cette solution? À quoi ils répondent que les grades et les distinctions n'ont pas été inventés pour les chiens. Le vertige -- et un frisson -- vous saisissent à imaginer la planète ainsi militarisée. D'aucuns rétorquent que les Chinois ne se portent pas plus mal d'être uniformisés. Sans doute, mais ce sont des Chinois!... On peut attendre n'importe quoi d'un peuple qui s'obstine depuis des millénaires à essayer d'attraper sa nourriture avec des baguettes.

Il est vrai que des catégories entières de citoyens déambulent costumés sans que nul n'y trouve à redire, et sans être plus cocus que d'autres: les chefs de gare, les militaires, les ecclésiastiques, les facteurs, etc. Il suffirait de trouver un ensemble seyant, qui ne risque pas d'être confondu avec ceux déjà existant. Toutefois, un problème demeure: comment s'habillerait par exemple un colonel cocu? Quel dilemme!

C'est pourquoi beaucoup penchent plutôt pour un signe distinctif. Un insigne. Ou une décoration, avec les échelons habituels: chevalier, officier, commandeur... Cela vous fait rêver!

Il y a aussi l'ancienne coutume des cornes. Outre qu'elle n'a jamais pu être vraiment constatée dans la réalité malgré certains délires, et confine au domaine du mythe comme le centaure et l'hippogriffe, sa stricte application soulèverait de réels problèmes dans le métro et dans les ascenseurs. Puis, que deviendraient les chapeliers?

Je crains qu'il ne faille revenir à plus de raison, et faire contre mauvaise fortune bon coeur (voir: Les cornes sont-elles indispensables au cocu?).

 

Si tout le monde est cocu, comment distinguer un cocu d'un autre?

Par son numéro de sécurité sociale.

 

N'y a-t-il vraiment personne qui ne soit cocu, et pourquoi?

Il y a des moments où je me dis que si je n'ai pas beaucoup de talents, je possède en tout cas une sorte de génie pour poser des questions auxquelles je suis dans la totale impossibilité de répondre.

 

Comment s'habiller

La plus grande variété, la plus grande fantaisie sont admises. Sans aller jusqu'à porter l'uniforme (voir ce mot), le cocu peut s'habiller en jaune s'il a décidé d'être agressif, en noir s'il entend signifier qu'il porte une espèce de deuil, en blanc s'il se juge innocent, en rouge s'il veut avertir que ça va chauffer, etc.

Il doit s'efforcer de porter une cravate pour rester correct. Rien de plus pitoyable qu'un cocu négligé. Il aura les ongles, les oreilles propres, et s'efforcera de prendre des bains. Les couvre-chefs sont recommandés, de la casquette pour petit cocu, au chapeau haut-de-forme pour cocu de haute lice. Il tâchera d'éviter les chaussures qui craquent, pour ne pas annoncer prématurément sa présence. Il ne manquerait plus qu'il porte aussi des clochettes!

Dans la mesure du possible, la chemise sera en soie. Tant qu'à faire, autant être confortable. Une pochette assortie à la cravate ajoutera un petit air guilleret. Elle permet parfois de redonner un petit coup discret aux chaussures, de préférence au mouchoir, dévolu à un autre usage: il n'est pas hygiénique de se moucher dans un tissu qui a épongé des souliers, ni de parsemer ceux-ci de crottes de nez.

 

Faut-il montrer de l'esprit quand on est cocu, ou peut-on s'en passer?

On peut s'en passer. Le fait d'être cocu ne vous confère pas automatiquement un brevet d'intelligence. II vaut mieux éviter de faire le malin quand on n'est pas prévu pour ça, surtout dans une telle situation. Certains cocus sont très bêtes, il ne faut pas le cacher. S'ils en sont arrivés là, ce n'est point par hasard. Inversement, il est possible d'être très futé, et cependant cocu.

Dans ce cas, rien n'empêche d'exercer son esprit comme de coutume, ni de l'appliquer à un domaine encore inexploré. Cela peut produire des résultats brillants, qui réjouiront tant les contemporains que les générations futures, et fourniront aux moins doués des répliques toutes faites.

Comme Napoléon, avec sa brutalité habituelle, apostrophait le prince de Bénévent par cette question abrupte: «Hé bien, Talleyrand, qu'est-ce que j'apprends? Il paraît que vous êtes cocu?», ce dernier, sans se départir de son flegme légendaire: «Rendez-moi service, Sire, dites-moi son nom.» -- «Jamais! Je ne saurais», se récusa l'Empereur, «c'est une affaire d'honneur.» «Son nom à lui m'importe peu», précisa Talleyrand, «c'est son nom à elle, que je cherche.»

Évidemment, ce n'est pas à la portée de n'importe qui.

Ajoutons que s'il est arrivé à Talleyrand d'être cocu, Napoléon soi-même l'a été plus qu'abondamment pour sa part, et que la plus importante des femmes à lui avoir joué ce tour, c'est l'Histoire, quand Talleyrand a toujours filé avec elle le plus parfait amour.

 

 

Si l'on est injurié, doit-on se battre en duel?

La mode en est passée depuis longtemps, mais ce n'est pas une raison pour éluder la question. Elle peut revenir. Dans les affaires de duel, l'avantage d'être l'offensé, c'est qu'on a le choix des armes. Il ne faut pas hésiter à user de ce droit pour empoisonner l'adversaire, donc à se battre.

Toutefois, comme cette époque de violence a banalisé l'arsenal disponible (outre que l'usage du T.36 n'est pas à la portée de tout le monde), nous conseillerons des moyens plus inhabituels comme les charades, le jeu des portraits, la canasta. Cela peut se passer au chaud, dans un salon, à une heure convenable, au lieu d'aller peler de froid en chemise ou torse nu, aux aurores, dans un pré malcommode couvert de rosée et de bouses de vaches. De plus, on fait l'économie, sinon des témoins (dont on ne saurait se passer et qui de toute façon opèrent gratis),-- du moins du médecin, qui se fait payer, lui, ne serait-ce que pour le déplacement.

Il n'est pas plus ridicule de perdre une partie que de perdre la vie ou, pire, de se déclarer quitte pour un petit bobo dans le gras du bras. Cocu, vaincu et perclus, c'est trop pour un seul homme.

Et puis l'on peut tricher. Quelle délicieuse satisfaction pour l'esprit!

On n'oubliera pas de régaler les témoins d'un honnête repas, aux frais du perdant. Il faudra éviter de servir tout plat pouvant passer pour une allusion déplacée, qui risquerait de faire rebondir le différend, comme par exemple les escargots.

 

Quel cadeau faire à un cocu?

Les jeux de patience arrivent en tête. Ils sont toujours les mieux appropriés, pour une personne souvent seule, qui a besoin de se calmer les nerfs et de penser à autre chose. Mais on peut aussi songer aux ouvrages philosophiques, historiques, qui développeront sa force d'âme et, selon le degré de familiarité qui nous lie à lui, aux cravates, mouchoirs, chaînes de montre et brimborions divers. Notons que certains cocus se sont vu offrir cadrans solaires, pinces à linge, tortues miniatures, hamsters, tartes Tatin, chaussures de basket, cendriers armoriés (attention aux devises!), letchis en boîte, attaché-cases, ours en peluche, chaussons d'appartement, tirelires, démonte-pneus, chargeurs de batterie... Au fond, en ce domaine comme en bien d'autres, l'imagination reste au pouvoir.

J'ai deux observations à faire. Quand on vous offre quelque chose de façon inopinée, méfiez-vous: il y a sans doute anguille sous roche. Et surtout, le meilleur cadeau pour un cocu, n'est-il pas d'éviter de le faire cocu?

 

Peut-on être avare quand on est cocu?

Pourquoi pas? Le cocu n'est pas tenu d'être le parangon de toutes les vertus. Il faut bien qu'il cultive quelques défauts, ou sa vie deviendrait un enfer et ce serait trop injuste. Aussi, pourquoi pas l'avarice? Et pourquoi pas l'orgueil ou l'intempérance? Quoique cette dernière présente quelque danger, en particulier celui de le rendre bavard. On parle toujours trop. Les autres s'en chargent assez comme cela.

Mais un cocu pourra avantageusement être menteur, tricheur (voir plus haut) ou libidineux. Il pourra aussi être sournois, paresseux, gourmand, bègue, coléreux et tout ce qu'on voudra. Non mais alors des fois c'est vrai ça quoi!...

 

La cocucratie

Il semble à peu près établi que, loin de constituer une caste de réprouvés, les cocus se soient organisés à travers le monde en classe dirigeante, tenant les leviers de la décision et du pouvoir. De véritables sociétés secrètes de cocus (cocucratie) aux ramifications infinies tiennent ainsi entre leurs mains le destin de l'humanité. Inutile que je donne des noms, ils s'étalent à la une de toutes les publications de la presse internationale.

Si ce sont les cocus qui nous dirigent, rien d'étonnant à ce que nous le soyons.

 

Triomphe du cocu

Ceci fait que le cocu n'est plus un être honteux, apeuré, qui rase les murs et vit dans les caves comme les rats et les cloportes. Il s'affiche au grand jour, souriant, triomphant. Cocu is beautiful.

 

Les cocus littéraires

Naturellement, le monde des lettres est un inépuisable réservoir de cocus de tout poil: auteurs à succès, auteurs à tirages confidentiels, auteurs sans tirage (comme pour les cheminées, l'importance du tirage donne celle de l'individu), lauréats des prix littéraires, non-lauréats, jurys, refusés aux comités de lecture, comités eux-mêmes, critiques, éditeurs, maquettistes, secrétaires, emballeurs. Ils en sont tous (et toutes). Dépassés, cependant, enfoncés -- et de loin -- par une catégorie de sous-prolétariat lamentable et rampant: le lecteur (je parle du public).

Dans la mesure du possible, ne soyez jamais un lecteur, c'est-à-dire quelqu'un qui paye pour lire. Il faut avoir tué père et mère pour en arriver là. Soyez n'importe quoi sauf ça. Faites-vous plutôt payer pour que d'autres lisent.

Si vous en avez l'opportunité, n'apprenez pas à lire. J'ai malheureusement l'impression que si vous êtes parvenus à déchiffrer ce conseil, il est déjà trop tard.

 

Comment devenir cocu quand on ne l'est pas

Si vous n'êtes pas cocu, c'est que vous n'avez pas bien regardé. Si vous n'êtes vraiment pas cocu, ne vous désolez pas, cela ne saurait tarder. Si vous ne savez comment vous y prendre, restez zen: les autres savent. Si vous souhaitez brûler les étapes, allez-y franchement: faites (ou ne faites pas) quelque chose. Ça y est, vous l'êtes!

 

Le Pape peut-il être cocu?

Ni plus, ni moins. S'il a le tort de croire vraiment à son infaillibilité: plus. L'Histoire nous apprend que les meilleurs d'entre eux étaient incroyants. Dans ce cas, ce sont les fidèles qui l'étaient (cocus).

 

Dieu est-il cocu?

Autant qu'il y a eu, qu'il y a (et y aura) d'hommes. Et de femmes, naturellement. Pour une fois, il convient d'insister.

 

Le Diable est-il cocu?

Même réponse. Mais lui, il aime ça.

 

Un chien peut-il être cocu?

Non seulement un chien, mais aussi un singe, un âne, un tamanoir, une cigale, un mainate, un tatou, un brochet, un papillon, une cigogne, un morpion, et le virus de la grippe.

 

Les enfants doivent-ils savoir qu'ils sont cocus?

À mon avis, moins ces petits morveux savent de choses, mieux cela vaut. Cependant, ils auront d'innombrables occasions de s'en apercevoir, beaucoup plus tôt qu'on ne le croit d'ordinaire. Et puis, qu'ils se débrouillent comme nous avons dû le faire.

Certains le leur expliquent quand ils entreprennent de leur parler de la petite fleur et de la petite abeille, sous l'oeil goguenard autant que sournois des intéressés. D'autres commencent le jour où ils leur apprennent que le père Noël n'existe pas. Je leur donne la préférence.

Toutefois, les sujets les plus doués comprennent au moment où on les prive du sein maternel pour le biberon, et même à l'instant précis où ils font leur apparition dans notre monde.

Chacun sait, pour avoir lu Jean Rostand, ou bâillé à s'en disjoindre les mâchoires aux émissions médicales de la télé, qu'il y a des spermatozoïdes actifs et des spermatozoïdes paresseux. Ce sont les premiers qui décrochent la timbale en pénétrant dans l'ovule, et on voudrait nous faire croire que ce sont les plus forts. On nous cache la vérité: ce sont les plus bêtes. À l'évidence, ceux qui ont volontairement traîné étaient les plus malins.

Tout repose donc en fait sur l'intelligence inscrite dans les gènes de l'ovule. On peut hélas constater quotidiennement les résultats d'une aussi désastreuse organisation.

 

Faut-il élever des temples aux cocus?

Inutile: ils s'en chargent eux-mêmes.

 

Doit-on leur tresser des couronnes?

On fait ce qu'on veut. Mais on ne doit attendre d'eux aucune reconnaissance.

 

Leur est-il indispensable de s'assurer?

Si on ne réfléchit pas, on répond oui tout de suite. Cela paraît logique. Étant donné le nombre de malheurs qui les menacent, il semble en effet qu'ils seraient fous de ne pas le faire. Un peu de jugeote mène à un avis diamétralement opposé, que je crois sage de suivre: avec la chance qui les caractérise, s'ils s'assurent, ce ne sera guère qu'une occasion de se retrouver cocus une fois de plus.

 

À propos de chance...

Un cocu met le pied dans un étron. Doit-on considérer cela comme une misère supplémentaire, ou un événement faste, annonciateur de bonne fortune?

Je vous le demande.

 

Un point d'Histoire

Cocu, nous l'avons vu, vient de "coucou". Mais le mot n'apparaît qu'au XIVe siècle. Un ami me fait étourdiment remarquer que cela prouve qu'avant le XIVe siècle, il n'y avait pas de cocus. J'ai beau lui expliquer qu'on utilisait d'autres termes, il n'en veut pas démordre.

Pas de cocus avant le XIVe siècle!... Il faut être sacrément cocu pour se raccrocher à de telles balançoires!

 

Les cocus sont-ils mélomanes?

Plus volontiers, hélas, entichés de mélo que de mélodie. Dans les meilleurs cas, toutefois, ils ne dédaignent pas la musique. Il leur arrive de siffloter sous la douche (excellent entraînement pour essuyer les averses d'avanies avec bonne humeur). J'en ai connu qui vocalisaient comme des merles, ou étaient incollables sur le catalogue mozartien.

Parfois aussi leurs penchants sont révélateurs. L'amateur de Beethoven est obstiné, sourd à tout raisonnement. Celui de Wagner, emporté. Satie révèle un tempérament facétieux. Varèse, un caractère confus et brouillon. Bach, un esprit calculateur. Stravinski, des luttes sourdes entre de violentes tendances charnelles et une nostalgie de la sublimation par le jansénisme. Xenakis, un attrait mal réprimé pour les mathématiques de prisunic. Aaron Copland, une fascination pour le western. Zappa, l'amour immodéré de l'autodidactisme.

Johann Strauss ne dévoile qu'une chose: des dispositions certaines pour le mauvais goût (et la zachertorte).

 

Si l'on est musicien, de quel instrument jouer?

D'à peu près tous, selon le tempérament. Les préférences iront au piano -- instrument de notaire par excellence --, qui permet de clapoter n'importe quoi au clavier sans connaissances réelles. Pour les plus doués, le violoncelle s'impose. C'est un instrument voluptueux et nostalgique, à la hanche féminine. À propos d'anche, le hautbois donne un petit air pincé qui peut être très drôle si on a l'intention d'amuser la galerie. Il faut écarter la trompette comme trop ostentatoire, à moins qu'on ne veuille claironner, congestionné et rubicond, sa condition à l'entour. Le trombone sera plus adapté à l'expression d'un humour basé sur le glissando. Le tuba permettra de roter sans qu'il y paraisse. Timbales et cymbales me semblent disproportionnées au but à atteindre, et le triangle (ou le sistre) un peu légers. Mais le tambour de basque apportera une note de folklore sans soulever de problème technique particulier. Pour ce qui est du crotale, des woodblocks, du fouet, de la râpe guero, mieux vaut laisser cela aux spécialistes. On pratiquera avec fruit la harpe, le célesta, les ondes Martenot, instruments poétiques s'il en fut, qui donnent à peu de frais une allure innocente teintée de mystère. On sera également valorisé par l'alto, à la rigueur le violon. Mais on évitera la grosse-caisse, la contrebasse, l'ophicléide, le glockenspiel.

Le cor est à proscrire: il commence mal. Quant au cornet, il se termine en frôlant la catastrophe.

 

Les réfractaires

Nombre de cocus ne sont ni mélomanes, ni musiciens. Pas davantage bricoleurs ni philatélistes. La lecture ne les intéresse pas. Le sport les indiffère. Ils ne parient même pas sur des canassons. Le jardinage les laisse de bois. Ils ne jouent pas aux cartes. Ils ne vont pas au cinéma. Ils dorment devant la télé, se moquent de la bonne chère, ne boivent pas. La conversation les ennuie. Les jeux d'alcôve, au fond, ne les ont jamais attirés. Ils répugnent aux voyages, n'aiment pas les animaux, dédaignent le tabac, les journaux, la radio. La toilette est le dernier de leurs soucis, comme l'opinion des autres.

Ils sont cocus, cocus, et encore cocus. Simplement cocus. Fondamentalement, viscéralement cocus. Cela seul suffit à leur bonheur.

 

Le cocu de soi-même

C'est Narcisse. Il passe sa vie à se tromper lui-même.

 

 

Les cocus doivent-ils consulter un psychiatre?

Uniquement s'ils ne tournent pas rond, et encore! Cela ne serait d'aucun profit, sauf pour le psychiatre.

 

À propos de psychiatre

La seule différence entre un psychiatre et ses consultants, c'est que lui, il se fait payer.

 

Que faire quand on vient de tomber dans un trou?

En ressortir, et chercher sans tarder le trou suivant: le plus insupportable, c'est l'attente.

 

Le cocu est-il plus volontiers gaucher?

Il n'a pas à vouloir ceci ou cela. Il est ce qu'on lui dit, un point c'est tout.

 

Et le libre-arbitre?

Et la banane à grappin?

 

Soyons philosophe

D'après les philosophes, rien de plus simple que d'être philosophe: il suffit de prendre les choses avec philosophie.

 

Quels établissements fréquenter

De préférence, les établissements de bonne renommée. Il ne sied pas au cocu de s'afficher dans ceux de renommée douteuse. On évitera les mauvais lieux.

On sera assidu aux salons de thé, de cinq à sept. On s'efforcera de ne pas se goinfrer de pâtisseries, néfastes pour la ligne et la réputation («il compense!»). On visitera les galeries d'art, seul ou accompagné. On hantera les antiquaires. On s'offrira des soupers fins dans les meilleures maisons, recherchant plutôt la qualité que la quantité. On ne se refusera pas un bon cigare avec les liqueurs. Mais jamais de cabinet particulier! Il faut s'attacher à projeter de soi la meilleure image possible.

On ne boudera pas le spectacle, sauf les représentations licencieuses. On pourra même s'aventurer au boulevard, au vaudeville, malgré le sujet trop prévisible de ce genre de productions, ou justement à cause de, afin de montrer sa grandeur d'âme. Mais on s'interdira d'y rire à gorge déployée, ce qui ferait vulgaire. On sourira finement, le menton appuyé sur deux doigts aristocratiques, sans tomber non plus dans le ricanement désabusé. Toutefois, on paraîtra avec profit à des représentations plus relevées, qui manquent souvent de spectateurs, où l'on sera donc assuré de ne pas se marcher sur les pieds, ni de faire de fâcheuses rencontres: Duras, Sarraute, Brecht, Claudel, Pichette, c'est très bien...

Il n'est pas interdit non plus de traîner chez les tailleurs, les chemisiers, les parfumeurs, de flâner sur les grands boulevards ou d'y siroter une boisson distinguée en regardant passer les promeneurs sans les voir, un imperceptible, indéfinissable sourire aux lèvres.

L'avantage d'être cocu, c'est de pouvoir devenir très décoratif et de sortir beaucoup.

 

Bannissons la violence

Et soyons prêt à mettre en pièces le premier qui prétendra nous y entraîner.

 

Aimons-nous les uns les autres

Mais attendons que ce soient les autres qui commencent, pour voir.

 

Soyons indulgent

Par exemple, serrons la main à celui que nous venons de faire cocu.

 

La vérité sur les arts martiaux

Ils sont excellents pour votre équilibre, développent vos réflexes, votre contrôle sur vous-même. Ils favorisent aussi le commerce d'articles de sport, les restaurants asiatiques, les magasins de régime, les publications ésotériques. Ils vous permettent de maîtriser aisément tout adversaire qui ne vous aligne pas du haut d'un toit avec un fusil à lunette.

 

Le cocu est-il bon nageur?

Surtout s'il a les pieds palmés.

 

Dictons et proverbes

- Tel est cocu qui croyait prendre.

- Tant va le cocu à l'eau qu'à la fin il se mouille.

- Un bon cocu vaut mieux que deux barils de lessive.

- On a toujours besoin d'un plus cocu que soi.

- Cocu, battu et contondant.

- Un cocu n'est jamais perdu.

- Neige en novembre, cocu en décembre.

- Un cocu peut en gâcher un autre.

- Mieux vaut une pièce d'un euro qu'un coup de pied cocu.

- À la Saint-Médard, les cocus vont au placard.

- Il n'est pas de si grand cocu, qui ne soit le petit d'un autre.

- Si tous les cocus du monde voulaient se donner la main, on ne retrouverait plus celle de ma sœur dans la culotte d'un zouave.

 

Le cocu à répétition

II s'agit là d'une espèce particulière. Le cocu à répétition se présente comme un stakhanoviste de sa condition. Il ne saurait rester une seconde sans l'être. À peine vient-il de se faire cocufier d'une manière ou d'une autre, qu'il recommence. C'est plus fort que lui. Il court après une sorte de perfection sans l'atteindre jamais. Le cocu à répétition est au cocu de modèle courant ce qu'est le fusil d'assaut à la carabine à air comprimé.

 

Les cocus célèbres

Tous les cocus ne sont pas célèbres, mais tous les hommes célèbres sont cocus. Cela fait partie des mystères de ce monde, et c'est une sorte de revanche pour ceux qui n'ont pu parvenir à la notoriété.

 

Historique du cocu

Vaste programme!... Vous ne croyez quand même pas que je vais tomber dans le piège, et me fatiguer à vous dévider la monotone litanie des cocus de l'Histoire, depuis les origines!

Aussi me contenté-je de vous rappeler qu'aux dires de certains, un jour -- et ne me demandez pas lequel -- le Tout-Puissant, ou qui l'on voudra, prit une poignée de glaise qu'il se mit à pétrir à son image (nous donnant, soit dit en passant, une piètre idée du modèle). La suite, vous la connaissez. Débrouillez-vous donc tout seuls.

 

Le cocu est-il un animal sociable?

On peut constater qu'il vit en société. Toute autre assertion relèverait de la plus haute fantaisie.

 

Le cocu dans l'art

D'innombrables civilisations nous ont laissé d'aussi innombrables représentations de cocus peints à fresque, brossés sur la toile, taillés dans le marbre, coulés dans le bronze, immortalisés dans toutes les langues de l'univers, chantés dans tous les systèmes de notation musicale.

Qu'elles en soient remerciées.

 

Comment gagner un porte-clés?

En faisant gardien de prison.

 

Les délinquants sont-ils cocus?

Poser seulement la question est un signe de cruauté.

 

Faut-il pardonner aux cocus?

Jamais, jamais et jamais! La seule exception qu'on puisse admettre, c'est quand il s'agit de soi-même.

 

Les différentes façons de cuisiner le cocu

Poêlé, avec un roux. En brioche, accompagné de salades. A l'étouffée. Rôti, nappé de sauce à la menthe. En papillotes. En marinade, sans pleurer les oignons. Retourné sur le gril, il adore. Truffé de marrons, il n'apprécie pas toujours. La sauce Aurore est recherchée des cocus poétiques (voir: Le cocu est-il poète à ses heures?). La brochette convient aux cocus maso.

Recette du cocu à la vampire: bardé de lard, piqué de clous de girofle, étroitement ficelé pour l'empêcher de s'envoler et abondamment fourré de gousses d'ail dans le croupion. On passe au four à un feu d'enfer. On flambe. C'est un régal.

 

Contre le hoquet

Un morceau de sucre trempé dans le vinaigre est souverain.

 

Retraite et retraite

Le cocu à la retraite, ça n'existe pas. Des cocus en retraite, il y en a plein les champs de bataille.

 

Le jour de la Saint-Cocu?

La Saint-Cocu se souhaite du 1er janvier au 31 décembre.

 

L'instinct de survie

Le cocu se reproduit sans fin. Il ne fera jamais partie des espèces disparues. S'il n'en tire aucune gloire, il ne terminera pas dans un musée. Il se trouve au cœur même de l'évolution des espèces, source de progrès, moteur du monde, fontaine de jouvence... Il faut que je m'arrête: je vais devenir lyrique.

 

Le cocu et l'opéra

Leurs sorts sont liés depuis le premier livret. La scène les embellit, les saupoudre de paillettes. Le projecteur leur va bien au teint. Ils peuvent gueuler tant et plus, se rouler par terre, briser des accessoires, se payer des caprices de diva. Et on les applaudit!

 

Y a-t-il avantage à être sportif?

On ne voit pas très bien l'intérêt, à part celui de faire péter les spiromètres.

 

Le cocu est-il gros mangeur?

Cela arrive. En général, il est plus gourmet que gourmand. C'est un fin connaisseur de sauces. Il sait découper le poulet, le gigot, même le canard. Ses connaissances oenologiques sont plus imaginaires que réelles, comme souvent. Ce qui est bien dommage, car le nombre de cocus que peuvent faire les marchands de vins est proprement phénoménal.

 

Est-il poète à ses heures?

En effet. Le cocu a volontiers l'âme tendre. Il aime les fleurs, la campagne, les poussins, les petits canards, les ours en peluche. Il rêvasse facilement, ou bien il est distrait. Un rayon de soleil bien placé l'enchante. Les meilleurs éclairagistes, les meilleurs chefs-opérateurs, sont des cocus. Également les photographes. Sans parler des aquarellistes et des pastellistes. Quant aux poètes professionnels, ils n'ont de poète que le nom, s'ils sont cocus quand même.

 

Est-il sujet au mal de crâne?

Pas plus que ça. Un honnête cachet d'aspirine en vient à bout. On note toutefois des céphalées au moment des premières pousses de cornes. Badigeonner avec de la teinture d'arnica ou du B.P.D. (Bébé Premières Dents). Les cataplasmes de Grieg et de whisky sont parfois efficaces. Le sommeil est en tous cas recommandé: rien ne repose mieux qu'un bon repos.

 

Doit-il tailler ses cornes?

Avec la plus extrême prudence. On peut élaguer, débroussailler,-- de préférence à l'automne. Jamais épointer ou raccourcir: on perd alors le sens des distances, ainsi que toute précision dans leur maniement. C'est une pratique aussi condamnable que celle de l'afeitar dans les corridas. Si le spectacle est truqué, à quoi bon être cocu?

 

Bouturage et marcottage sont-ils possibles?

Il faut se rendre à l'évidence: non. Pas plus que la greffe. C'est peut-être dommage, mais on doit en prendre son parti. S'ils veulent se reproduire, les cocus n'ont d'autre alternative que de faire des petits.

 

Le cocu agricole

C'est le plus solide. Rarement malade, il est dehors quel que soit le temps. Il ne rechigne pas à la besogne. Les mains sont calleuses, mais habiles. Il traîne hélas des paquets de boue après ses chaussures, avec tendance à en coller partout. L'avantage, c'est qu'on peut le suivre à la trace.

 

Le cocu stratégique

C'est le plus sophistiqué. Bourré d'électronique, jamais là où on l'attend. Parfois équipé de charges explosives. Prudence!

 

Le tour du monde en 80 cocus

Entre ces deux extrêmes, on trouve toutes sortes de cocus, depuis l'agreste (n.p.c. avec l'agricole), le bucolique (n.p.c. avec l'agreste), le méditatif, l'enjoué, le taciturne, en passant par le paillard, l'inventif, le distrait, le planifié, jusqu'au cérébral, à l'événementiel, au logarithmique.

Quand j'en aurai le courage, je tenterai une classification par groupes sanguins, peut-être une étiologie, une sociologie, une caractérologie, une problématique du cocu. En attendant, j'ai l'intention de couler des jours paisibles.

 

Cocu pile et cocu face

Toute médaille a son envers. Tout cocu a son endroit. Tout Janus a son bifrons. Le cocu a deux visages: côté coq et côté cul.

 

Est-il bon père de famille?

Presque immanquablement. Même s'il en a plusieurs.

 

Est-il fidèle?

En général. C'est bien pour ça qu'il est cocu.

 

Est-il sensible au baromètre?

Très sensible. Les hautes pressions le font bouillir. Les basses pressions le plongent dans l'abattement. Hésitant à variable, rayonnant au beau fixe, il est d'une telle exactitude que d'aucuns l'utilisent directement comme baromètre.

 

Le cocu casanier

On ne le délogerait pas de son fauteuil pour un empire, ou bien il dort sur le paillasson. On en trouve certains rangés dans la bibliothèque, entre deux encyclopédies. D'autres se sont, au fil du temps, transformés en lampadaires. Il arrive qu'on ne les distingue plus, qu'ils se confondent avec le papier peint. C'est alors qu'ils peuvent devenir dangereux.

 

De quelques effets secondaires

Vents coulis, fenêtres qui s'ouvrent sans raison apparente, portes qui claquent inopinément, objets qui tombent à l'improviste ou disparaissent de façon inexplicable, sont les signes visibles de la présence invisible de cocus. On les a longtemps confondus avec les revenants. Bien des maisons qu'on dit hantées sont tout simplement habitées.

L'Angleterre est la patrie des fantômes.

 

Et le baron Samedi?

C'est le plus grand cocu d'Haïti.

 

Grigris et amulettes

Le cocu est souvent surchargé de chaînes de montre, armadas de stylos, trousseaux de clés, cachous, coupe-ongles, pastilles à la menthe. Réciproquement, on se prémunit contre lui à l'aide de pendentifs, gourmettes, cure-dents, chevalières, vieux trombones. Si ce n'est pas d'une utilité criante, ça fait toujours marcher le commerce.

 

Mythologie

Que croyez-vous que soit le grand Sphinx de Guizeh, et que pensez-vous qu'il fabrique, depuis des millénaires, vautré dans le sable comme un caca, avec son air stupide et son nez en moins?

 

Le cocu à ressort

Il saute partout, bondit çà et là, trémule sans cesse, il ne tient pas en place. S'il a le malheur de s'arrêter, la rouille le menace. À la première occasion, il jaillit comme un diable de sa boîte. Ne pas s'en effrayer, le cocu à ressort n'est pas méchant. Attention cependant: ça pince parfois les doigts.

 

Pour vivre heureux, vivons cocus

Les peuples heureux n'ont pas d'Histoire? Et puis après? Ils n'ont aussi pas d'histoires. Ça vaut la peine d'être pris en considération, et c'est déjà ça de moins à apprendre.

 

Villes d'eaux, stations balnéaires

Ces lieux attirent les cocus comme les dessous d'éviers les cafards. Ils grouillent littéralement. On songe à quelque génération spontanée. Certains vont encore penser que j'invente, procède par affirmations péremptoires. Je n'y peux rien. Il faut bien reconnaître qu'il y a considérablement plus de cocus à Vichy ou Deauville que dans l'Adrar des Iforas.

On les voit déambuler, barboter, s'activer, farnienter, se croiser, se saluer, se jauger, papoter, popoter, pipiter, siroter, que c'en est un plaisir. Au vrai, ils ne font rien. Que de poursuivre le plaisir de se voir, se surveiller, se compter et recompter sans cesse (de peur qu'il n'en manque un), même du fond de leurs torpeurs post-prandiales.

Croyez-moi ou ne me croyez pas, villes d'eaux et stations balnéaires sont des bouillons de coculture.

 

Bienfaits de la moutarde

Je parle de la moutarde forte. La vraie. Celle qui vous ramone le nez, transforme vos canaux lacrymaux en cataractes, vous remonte jusqu'au cerveau comme un coup de poing, métamorphose vos oreilles en feux de brouillard et votre langue en brasero, dévale votre gorge comme un torrent de lave, pour aller exploser dans votre estomac avec la puissance d'une charge de dynamite. Pendant quelques précieuses minutes, vous n'êtes qu'un enfer rougeoyant. C'est merveilleux: vous ne pensez plus à rien.

 

Le cocu dans la course de fond

Il se révèle assez doué. Il a du souffle, de la patience, ce brin de résignation indispensable aux grandes entreprises. Une fois le train convenable adopté, il trottine, coudes au corps, expiration rythmée par brèves sifflantes soigneusement rangées par groupes de trois (inspiration toujours par le nez), secoué en cadence comme un sac de noix par le travail de bielles de ses maigres mollets. L'air béat, il avance, dérisoire et sublime, regardant défiler le paysage.

 

Faut-il faire du ski?

Indispensable. Comment, sans cela, rapporter à la maison ces plâtres décoratifs, où votre pire ennemi ne saurait refuser d'apposer son autographe?

 

La tradition celtique

Il s'agit de la cueillette du gui, bien sûr, qui enjolivait autrefois nos manuels d'histoire, d'où sa reproduction édifiante et plastique a malheureusement disparu. Elle permettait du moins aux jeunes citadins de faire la connaissance de leur première faucille, qu'ils devaient rarement retrouver par la suite, comme le gui d'ailleurs, pour ne rien dire des druides. Seul le plus cocu d'entre eux avait le droit de grimper à l'arbre, et d'en tomber.

 

Le cocu est-il bricoleur?

Le cocu est bricoleur de naissance, ce qui le mène souvent à la mort.

 

Le cocu et l'électricité

Voir ci-dessus.

 

Le cocu et la mer

De tous temps, il y eut de grandes affinités entre eux. Voilà pourquoi la plupart des récits maritimes adoptent volontiers le ton du lyrisme, du mélodrame, de l'épopée. C'est qu'on s'empresse d'en pleurer, pour n'avoir pas le front d'en rire.

 

Spéléologie

Les premiers cocus habitèrent dans des cavernes, où l'on retrouve la marque de leur passage: gravures de rennes, élans, bisons, rhinocéros... Ils se couvraient de peaux de bêtes et possédaient des outils rudimentaires. Le langage en était à ses premiers balbutiements. Ils n'utilisèrent d'abord que deux sons (gutturaux): kho [papa], khu [maman]. Par la suite, le langage se diversifia, s'enrichit. Il put évoquer une infinité de concepts.

 

Le cocu préhistorique

On le rencontre de nos jours encore. Prognate, l'arcade sourcilière importante, le front bas, les jambes en flexion, les mains arrivant au-dessous des genoux lorsque les bras pendent le long du corps, il présente un visage hirsute et s'exprime par monosyllabes. Son système pileux est très développé. On n'en peut dire autant du cerveau. Il a toutefois retenu la leçon des ancêtres: kho [papa], khu [maman].

 

Vins et spiritueux

Sans être une panacée, l'alcool peut aider le cocu, non pas à vivre, mais à encaisser les coups du sort. Utilisé avec modération, il vaut tous les calmants et neuroleptiques. Un bon cognac console aussi bien que le meilleur des amis, et il ne raconte pas d'histoires.

Si le choc est rude, un Fernet-Branca remet d'aplomb. Le gin, employé judicieusement, entretient un appréciable état d'euphorie. La vodka réchauffe autant, sinon plus, qu'une chaleureuse présence. La tequila convient aux désillusions pittoresques. Mais si l'on est marqué de façon plus visible (cocards, bosses, hématomes), un seul remède: le contre coups de l'abbé Perdrigeon.

 

De l'utilité des horoscopes

Elle est très contestable. Les astrologues, d'ordinaire, ne brillent ni par leur clarté, ni par leur précision. Champions de l'équivoque et du pataquès, ils seraient incapables d'établir un bon horaire des trains. Par quel miracle avertiraient-ils à temps un cocu en puissance? Outre que cette rubrique précise fait cruellement défaut dans l'arsenal de leurs vaticinations. La seul façon de lire les horoscopes avec fruit, c'est lorsqu'ils sont périmés: confrontant prévisions et réalité, on peut ainsi compter le nombre d'erreurs qu'ils ont propagées avec aplomb.

 

Le cocu Sagittaire

Il lance des traits acérés, qui lui reviennent comme autant de boomerangs.

 

Le cocu Lion

Poussant des rugissements effroyables, il se terrorise lui-même.

 

Le cocu Verseau

Vivait au bord des fontaines. Détrôné par le robinet.

 

Le cocu Taureau

II fonce dans le brouillard. Et, curieusement, pâlit à la lumière.

 

Le cocu Scorpion

Tout le monde sait qu'il se pique en premier (ou d'être le premier). Volontiers rédac.

 

Le cocu Vierge

Ça lui passera.

 

Le cocu Poissons

Quand il n'est pas frais, mieux vaut se rabattre sur le surgelé.

 

Le cocu Gémeaux

À lui seul son propre auditoire.

 

Le cocu Balance

Une vraie tare.

 

Le cocu Cancer

Finit vieux crabe.

 

Le cocu Bélier

Enfonce des portes ouvertes.

 

Le cocu Capricorne

Sans commentaire.

 

 

Métaphore

Les cocus sont comme les dominos: la chute d'un seul entraîne celle de tous les autres.

 

Adage

On n'est jamais si bien cocu que par soi-même.

 

Allegretto cocu, ma non troppo

Nous avons vu qu'il fallait savoir se résigner au cocuage, que c'était un mal nécessaire, qu'on devait prendre les choses avec indulgence, voire allégresse. Attention tout de même! Il ne faudrait pas que la tolérance passe pour de la faiblesse. Cocus, certes, mais pas dupes. Demeurons vigilants.

 

Cocu con moto

Il est perché de préférence sur un gros cube. Sa tenue de cuir lui donne l'air impressionnant d'un combattant de la guerre des étoiles. Compromis de Musclor, Rambo et Goldorak, il dégage une impression d'invulnérabilité. Il fonce dans le décor avec la détermination, la précision d'un rayon laser. Il ne jure qu'huile multigrade, compression, décalcomanies. Derrière son casque à la visière opaque, son visage demeure impénétrable, invisible. Ça vaut peut-être mieux pour tout le monde.

 

Le cocu mégalomane

Rien n'est trop beau ni trop grand pour lui. Quand d'autres portent leur croix, il la brandit. S'il le peut, il la plante en terre et l'arrose pour qu'elle pousse.

 

Cocu-rock

Oui oui oui

Je hurle dans la nuit-i-i

Oui oui oui

Les loups maudits m'ont répondi-i-i

bouge pas on arrive

on est à la dérive

Le sang va couler-é-é-é

jusque sur mes souyiers-é-é-é

Flic et flac dans les flaques

c'est l'horreur en vrac

C'est l'horreur

c'est la peur

le flash de dix heures

Salut les mecs comptez vos os-o-o-o

vot' gueule est bonn' pour le zoo-o-o-o

Je vous aurais prév'nus

si qu'j'aurais réfléchu

mais je ne l'ai pas pu-u-u

et on est tous cocu-u-u-u

Zlam zlim bam

Ouais

 

Pédagogie

Il arrive au cocu d'enseigner, plus pour demeurer dans le monde préservé du système scolaire que par réelle vocation (les enseignants se plaignent toujours d'avoir à enseigner). Ça lui permet aussi de faire suer des générations d'élèves, prenant ainsi une revanche sur son propre temps de galère. Voilà pourquoi les réformes sont régulièrement en retard de plusieurs guerres: on a beau les promulguer, ceux qui se trouvent chargés de les appliquer ne voient pas pourquoi ils feraient subir autre chose que ce qu'ils ont subi et qui, par voie de rétorsion, leur semble parfait en l'état. Si on leur change leur gourdin, ils ont l'impression qu'on les frustre de leur vengeance.

Les enseignants sont les rois de la création. Sabrant dans les copies, vitupérant l'ignorance des autres du haut de la leur, faisant pleuvoir des déluges de 0, ils s'accordent mentalement le 20 qu'ils n'ont jamais pu obtenir.

 

Le cocu dans l'espace

Il est la consolation de ceux qui sont restés sur terre. N'avez-vous jamais songé, du fond de votre médiocrité, que, pendant que vous vous échiniez dans cette vallée de larmes, il y avait des cocus qui tournaient là-haut, satellisés, et que ça ne servait pas à grand-chose?

 

De la recherche scientifique

Le simple terme de recherche indique bien qu'on n'a pas trouvé.

 

Faut-il désespérer?

Jamais, au grand jamais. La terre serait couverte de manchots, si tous les cocus se mettaient à baisser les bras. Et que deviendrait l'agriculture, qui passe pour en manquer singulièrement?

 

Le cocu est-il patriote?

Naturellement!

 

Pour le rétablissement du service militaire

L'avoir supprimé est une fatale erreur: outre qu'il favorisait la rencontre des classes sociales, c'était une école du citoyen.

Nous avons sans cesse milité pour lui: pendant que les recrues en chiaient sous la férule de nos meilleurs adjudants, au moins n'étaient-elles pas au bistrot pour finir sur un bord d'autoroute. Vous me direz qu'autrement, elles achevaient leur existence à la guerre, et que ce n'était pas mieux pour les autres (les civils ont toujours morflé à la place des militaires).

D'accord! Pourquoi alors dilapider les deniers publics dans des campagnes anti-alcooliques qui n'impressionnent que les pochetrons qui nous gouvernent?

 

Les cocus ont-ils droit à des monuments?

Autant qu'il y a de monuments aux morts.

 

Mise au point

On parle toujours de la tombe du soldat inconnu. Voilà un bien cruel pléonasme! A-t-on déjà entendu parler d'une tombe du soldat connu? Si ce pauvre bougre avait été connu, il n'aurait pas été soldat.

 

Le cocu et la mécanique

Ils sont indissociables. Le cocu achète de coûteuses voitures pour les mettre en réparation dans des garages. Là, si on n'est pas toujours outillé pour s'occuper des voitures, on l'est parfaitement pour s'occuper du cocu.

 

Le cocu dans la statuaire antique

Difficile d'en juger: il nous parvient rarement entier. Il manque un bras par ci, une jambe par là, quand ce n'est pas la tête. Un jugement hâtif ferait passer les sculpteurs d'alors pour particulièrement négligents.

Le cocu statufié se livre souvent à des activités aussi étonnantes que mystérieuses: quand il n'essaie pas de se dépêtrer des anneaux d'un interminable reptile qu'il a imprudemment laissé s'enrouler autour de lui, il tente de décoincer sa main d'une souche d'arbre où il est allé la fourrer on se demande pourquoi, ou bien il s'efforce d'arracher de son corps une tunique qu'il lui suffisait de ne pas endosser.

On en retire l'impression que le cocu antique possédait une sorte de don pour se coller dans des situations inextricables, et que les ciseleurs du temps ne rataient pas une occasion d'épingler ses bévues.

Quand l'Histoire ne nous a légué qu'un tronc, son étude devient des plus aléatoires. Les torses d'hommes posent un curieux dilemme. À condition qu'ils descendent assez bas, on se demande comment il peut s'agir de cocus, car un examen même superficiel permet de constater qu'ils ne manquaient pas d'arguments.

 

Le cocu antique est-il pédéraste?

Certes. Ce n'est pas pour ça qu'il est cocu. Je ne voudrais froisser personne, mais les pédérastes ne nous font actuellement point défaut. Ce n'est pas pour ça qu'ils ne sont pas cocus.

 

Qui est-ce qui reste?

Pince-mi et Pince-moi vont en bateau. Pince-mi tombe à l'eau. Qui est-ce qui reste?

Réfléchissez avant de répondre.

 

Le piège des patronymes

Être cocu passe encore. Se voir contraint de le proclamer (fatalitas!) sur ses papiers d'identité et ses cartes de visite par la simple retranscription de son nom de famille, ça me paraît très dur.

Je garantis tout ce qui suit pour strictement authentique, sans quoi cela n'aurait aucun intérêt. Chacun pourra d'ailleurs vérifier en feuilletant, comme j'ai fait, le premier Bottin venu. On tombe alors sur des collections de Cocu, Cocuau, Cocud, Cocude, Cocut. Plus mignon et gentiment persifleur: Cocuelle, Cocuet, Cocula. Calamiteux: Cocurat. Avec une pointe d'ail: Cocusse. On a droit au passage à une version transalpine: Cocuzzi. Pour finir dans le genre sérieux, style humaniste de la Renaissance: Coqus.

On pourrait croire avoir atteint le fond de la disgrâce. Lourde erreur! Quelques pages plus loin, on se heurte à des Conard (mais aussi Conart, Connault, Conneau), Conas, Conchonnet. En plus attendrissant: Conchou (ou Conchoux), Condou, Conne. Scatologique: Conchy. Blasphématoire: Concedieu. Athlétique: Confort. Pléthorique: Congras. Pharmaceutique: Condom. Accablant: Conne. Inattendu: Conquaret. Légitimiste: Conroi. Nuancé: Conroux. Enfin, celui qui les résume tous, claquant comme un défi: Cons.

Moralité: on trouve toujours plus cocu que soi.

 

Le cocu officiel

Tiré à quatre épingles, abondamment ou discrètement décoré, il est entouré d'une cour frétillante de porte-coton et lécheurs de bottines. Il fait des discours, tonitrue dans des micros, serre des mains, paraphe des registres, signe des accords, des conventions. Il ne se déplace qu'en limousine précédée de motards, sirènes hurlantes. On ne peut l'ignorer. S'il y a un podium, il trône au milieu, à l'endroit le plus élevé. S'il y a un siège d'honneur, il l'occupe d'un derrière mansuet. S'il y a une phrase définitive à prononcer, il lui suffit d'ouvrir le bec. Chacun s'incline devant lui, reconnaît sa puissance, sa supériorité. Normal: c'est le super-cocu.

 

Décorations et hochets divers

Les cocus adorent les rubans et les titres honorifiques. Ils se battraient pour en obtenir. C'est d'ailleurs ce qu'ils font, avec une rage, une ingénuité qui vous tireraient des larmes. Tout leur est bon: flagornerie, délation, calomnie, médisance, crocs-en-jambe, peaux de bananes. Les trésors d'ingéniosité qu'ils déploient alimenteraient le concours Lépine pour trois siècles.

Tout ceci est très étonnant car, en public, ils se targuent de mépriser les honneurs. Sans doute veulent-ils faire croire que leurs mérites sont si écrasants, qu'on leur inflige des médailles malgré eux et presque à leur insu. Heureusement, s'il leur arrive, par ostentation, de ne point les porter, ils n'omettent pas de les faire figurer sur leur carte de visite et leur faire-part de décès. Voici, il faut en convenir, un fabuleux brevet pour l'au-delà!

 

Congrès, symposiums

De temps en temps, les cocus organisent des célébrations mystiques sous des prétextes divers et fallacieux. Animal grégaire, le cocu aime à se réunir. De préférence loin de chez lui, où on le connaît trop. Là, il s'ébat, se défoule, se déchaîne, se congratule, s'applaudit, s'empiffre, s'envoie en l'air. Ce qui a pour effet immédiat -- et souvent unique -- de fabriquer quelques cocus de plus.

 

La kermesse et le cocu

Le cocu est friand de fêtes, où il court s'étourdir. Frites, gaufres, barbe à papa, cochons de pain d'épice, chenilles, manèges, montagnes russes, autos tamponneuses, voyantes extralucides, pêches miraculeuses, tunnels de l'angoisse, sont faits pour lui. Dans un coin de sa tête, il tire à la carabine sur ses ennemis intimes et les écrabouille d'un coup de masse sur le champignon qui fait bondir le poids (qu'il a sur le coeur) jusqu'en haut de la colonne où résonne la cloche. De retour chez lui, fourbu, crotté, poussiéreux, il s'écroule sur son lit où il s'endort instantanément, rêvant qu'on lui pèse son propre poids en or et en diamants.

 

Cocu-color

L'analyse chimique à domicile gagne du terrain. Elle entre de plus en plus dans les moeurs. On achète une petite boîte en pharmacie et, crac, on joue chez soi à découvrir des tas de choses, sans perdre son temps (ni son argent) dans des laboratoires.

Je signale gracieusement aux chercheurs un créneau encore inexploré, qui rapporterait des fortunes: Cocu-Color. L'emballage, de dimensions modestes, contiendrait: une "boule magique" de la taille d'un petit pois, un tube rempli d'un réactif liquide. Vous roulez la boule deux minutes entre le pouce et l'index. Vous la plongez dans le tube préalablement descellé. La couleur du liquide ne change pas: vous n'êtes pas cocu. La couleur change: vous l'êtes!

 

Croyances, superstitions

Toucher les cornes d'un cocu rend courageux. Si le cocu est bossu, toucher sa bosse porte chance. Toucher à la fois sa bosse et ses cornes: on risque de récolter un coup de pied dans les fesses.

Si on croise un cocu dans un cimetière, c'est l'annonce d'une nouvelle importante. Si on en croise deux, c'est de l'argent pour un mois. Si on en croise trois ou plus, il est temps de se poser des questions.

La cendre du cigare fumé par un cocu rend stérile. Le siège où il s'est assis, placé sous la suspension, permet d'atteindre une lampe à changer.

Si l'on coupe trois fois de suite la parole à un cocu, il peut devenir bègue. Si c'est lui qui vous coupe la parole, n'hésitez pas: cognez.

 

Western

Joe est recherché pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Il fuit vers Cracksands, mais s'enlise dans les sables mouvants. Pour le sauver, Dave y perd la vie. Joe a juré à Dave de s'occuper de la soeur de celui-ci, Betty, tombée dans les griffes de Warren, tenancier de beuglant à Cracksands. Parvenu dans cette ville, croyant abattre Warren, Joe trucide Jerry, son lieutenant. Warren est sur ses gardes. Betty, hélas, aime Warren. Joe ne parvient pas à lui faire entendre raison. Il trouve de l'aide auprès de Lucy, délaissée par Warren et qui cherche à se venger. Joe croit aimer Lucy, alors que sans le savoir il est épris de Betty. Il fait la connaissance de Sam, joueur de poker professionnel, qu'il arrive à battre aux cartes. Ils deviennent amis. Le shériff Smithers reçoit un avis de recherche concernant Sam. II part l'arrêter, mais se fait massacrer par des Indiens qui attaquent Cracksands. Ils kidnappent Mary, la femme du shériff, en croyant enlever Betty. Sam, chevalier servant de Mary, court à sa recherche. Dans la montagne, il tombe au fond d'un ravin. Les Indiens viennent rendre Mary. Ils se font décimer par le 8e de Cavalerie qui passait par là. Warren et Joe s'affrontent au colt dans la rue principale. Au moment où Joe va tuer Warren, Betty s'interpose. C'est elle qui est tuée. Lucy vole vers son amant retrouvé, mais Joe abat celui-ci. Lucy le descend avec le revolver de Warren et pleure sur tout le générique de fin.

Vous pouvez vous vanter d'avoir lu un scénario qui, s'il n'est pas d'une folle originalité, contient au minimum un cocu par ligne.

 

Cocus tragiques

Mesure-t-on toujours les pernicieuses retombées d'une expression comme: "c'est un drame cornélien"?

 

Les machines sont-elles sensibles aux cocus?

Extrêmement sensibles. Aussitôt qu'elles en ont reniflé un, elles ne marchent plus.

 

Le cocu missionnaire

Il parcourt le monde pour faire de nouveaux adeptes. Sa foi est totale, son ardeur invincible. Pour commencer, il prêche d'exemple. S'il n'emporte pas l'adhésion, il ramène des souvenirs.

 

Plaidoyer pour le mauvais goût

Je n'ai qu'un seul argument, mais de taille: le mauvais goût ne supporte pas la médiocrité.

 

Méditation sur le lac

Combien de cocus dorment au fond de ce lac? Combien le sillonnent encore, qui reviennent bredouilles? Combien le contemplent sans sortir de leurs songes? Combien vivent paisiblement sur ses bords?

Est-ce une voix, ou la brise du soir, qui me souffle: 436 592.

 

Les pièges à cons fonctionnent-ils pour les cocus?

Imperturbablement.

 

To be or not to be that

Chaque année, à date fixe, la Grande-Bretagne tout entière se pose la même question: qui va être cocu? Croyez-moi ou pas, la fleur de deux universités réputées, Oxford et Cambridge, après avoir beaucoup ramé, lui fournit la réponse!

 

Confidentiel

Quand on n'a ni le temps, ni l'étoffe pour produire une oeuvre, on écrit des ouvrages.

 

Du côté de chez Swann

... mais je ne sais si je dois attribuer au petit pan de mur jaune, que je voyais flotter au-dessus du pianola où Albertine me présentait l'arc bombé de ses joues et la forte cambrure de son cou, ce goût indéfinissable que m'avait laissé la madeleine coupant le faisceau de la lanterne magique et projetant, en ombre chinoise, sur le bouton de la porte, non plus la silhouette altière d'un chevalier du moyen âge, mais le profil poupin du baron de Charlus, ultime avatar de la dynastie Guermantes que l'impalpable et fuyant camée ainsi produit achevait, non pas en gloire allégorique, mais en caricature, ce que Swann aurait nommé une «horreur de la nature» s'il s'était agi d'un autre, et qui aurait suscité, dans le salon Villeparisis ou Cambremer, des discussions aussi passionnées que résolument stériles puisque, sans le savoir, chacun se trouvait être le Charlus d'un autre, tant il est vrai que ce qui fait le plus défaut à ce monde frondeur, critique et médisant, c'est la lucidité, et que lorsqu'on n'est point né, que l'on n'a pas de famille à défendre, on attaque volontiers celle des autres où l'on n'aurait guère pu figurer qu'en arrière-plan ancillaire, à titre de valet, de chambrière ou de chauffeur, encore que souvent les domestiques défendent leur "maison", n'ayant par ailleurs pour refuge aucun titre ou qualité -- avec plus d'âpreté que ses authentiques rejetons, dont le chic ultime consiste à paraître ignorer -- ou négliger -- ce dont un autre tirerait gloire ou vanité, se trouvant moins