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«Ils n'en mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.» Il en va du cocuage comme de la peste chez notre bon La Fontaine qui, une fois de plus, aura su résumer la situation. Car on n'est pas cocu: on naît cocu. L'ignorer est une des innombrables façons de l'être. Vivre, c'est être cocu. Et mourir, plus encore. On n'y échappe pas. Si bien que le propre de l'homme n'est pas le rire, mais le cocuage, quoique le premier découle souvent du second. Faisons remarquer en passant que lorsqu'on écrit: "le propre de l'homme", on veut aussi bien dire celui de la femme. On peut être tout autant cocue que cocu. Une mode haïssable et récente veut qu'on rappelle toujours le féminin après le masculin, ou inversement, par l'effet d'une galanterie hors d'usage. C'est absurde et grammaticalement inutile: on a oublié que le masculin joue souvent par économie le rôle d'un neutre. Il va de soi que lorsqu'on a dit "les hommes" (l'espèce humaine), on a aussi voulu dire "les femmes". Il devient grotesque de le rappeler. «Tous les hommes sont mortels» signifie aussi que les femmes n'échappent pas à la règle. Il ne manquerait plus que ça! «La nature de l'homme est faible» laisse suffisamment entendre que celle de la femme ne se porte guère mieux. Est-il besoin de le préciser? Il semblerait que oui, à en croire une horde sans cesse croissante de démagogues et d'analphabètes, dont le ridicule culmine comme souvent dans la classe politique. Autrefois, il suffisait de dire «Français, vous avez la mémoire courte!», tout le monde avait compris. On se croit tenu de dire aujourd'hui: «Françaises, Français, vous avez la mémoire courte!», de crainte sans doute de louper des voix. Je ne me laisserai pas gagner par cette mode imbécile, qui ne recouvre au demeurant qu'une formidable tartuferie. Je prétends me faire comprendre de tous, m'adresser à tous, quand j'utilise les schémas traditionnels de ma langue natale, que rien ne m'autorise à violenter, contrairement à d'autres. Je refuse également de me compliquer la tâche, au long de cette étude, en me donnant le ridicule de recourir sans cesse à la redondance, qui ne saurait qu'alourdir une phrase déjà grassouillette de nature. Au diable, donc! De toute façon, cocus, cocues, vous l'êtes tous (et toutes). La grammaire, ou la mode, n'y pourront rien changer. Je me propose de le démontrer dans ces pages, et de donner, aussi étrange que ce puisse paraître, des raisons d'espérer.
Les mille et une façons d'être cocu Chacun garde en mémoire, entre le clairon sonnant la charge et le cheval (ou le chapeau) faisant un écart en arrière, les alarmes matrimoniales de l'infortuné Panurge sur le point de se marier. Est-il indispensable de se marier pour être cocu? Absolument pas. Si mariage et cocuage vont logiquement de pair, comme l'a brillamment démontré Maître François Rabelais (et tant d'autres avant ou après lui, parfois même hors de leurs écrits, à leur corps défendant), on peut avancer sans crainte de se tromper que toute situation, activité ou entreprise humaine fait de vous, à plus ou moins long terme, inévitablement, un cocu. Ce qui signifie que vous n'êtes jamais celui que vous croyez être, jamais là où vous pensez vous trouver, que vous ne savez jamais ce que vous croyez savoir. Quoi que vous fassiez ou ne fassiez pas, pensiez ou ne pensiez pas, vous êtes floué. Bref, vous subissez le lot commun et l'universelle géhenne de l'incertitude des choses humaines. Ce qu'il y a de drôle, c'est que personne, dans son premier mouvement, ne s'avoue ni ne se sait cocu. C'est toujours l'autre qui l'est d'abord, ce qui fait qu'on s'en amuse. Ce n'est que lorsque la mémoire nous revient que nous passons à la grimace. Il est bien dans mes intentions de transformer cette grimace en fierté, par la grâce d'un nouveau stoïcisme, mais n'anticipons pas. Donc, il n'est pas de cocu que marié. Le veuf n'échappe point à la confrérie, ni le puceau, ni Don Juan. Mais pas davantage non plus le charcutier, le frigoriste, l'abonné au gaz, le justiciable, l'électeur, l'abstentionniste, le carme déchaussé ou le cruciverbiste. Pour la simple raison que chacun est susceptible de se tromper et, par voie de conséquence, d'être trompé. Le cocu est par définition celui qui s'abuse sur les autres comme sur lui-même. À la limite, on n'a pas besoin des autres pour être abusé: on peut très bien s'abuser tout seul, et l'on ne s'en prive pas. Je n'ai donc point besoin de vous faire un dessin pour vous expliquer les mille et une façons d'être cocu. Un peu de mémoire, que diable!
La réponse est oui. Ne pas partir ne changerait rien. Partir n'apportera guère de désagréments supplémentaires. On pourrait même dire que, l'essentiel étant déjà fait, on voyagera en toute quiétude, l'esprit parfaitement libre. Comme on le verra plus loin, si l'on peut être plus ou moins cocu, malgré l'avis de quelques esprits compliqués, il n'y a que le premier pas qui coûte. Inutile de revenir là-dessus.
Cela dépend du pays où il se trouve et de la réglementation en usage. D'une façon générale, le cocu est astreint comme tout le monde aux lois en vigueur. Il peut certes les transgresser, mais à ses risques et périls, comme s'il n'était pas cocu. Le fait de l'être ne peut qu'aggraver les choses. Je sais bien qu'il y a là une sorte d'injustice. Certaines instances internationales s'agitent pour que soient révisées ces rigueurs quasi discriminatoires. Toutefois, en attendant que les traditions évoluent, on ne saurait trop conseiller la plus extrême prudence.
Comment reconnaître un cocu à dix pas, à vingt pas, en lui tournant le dos et par temps de brouillard? C'est très simple. Quels que soient la situation et le cas de figure, dès que vous apercevez quelqu'un, même très imparfaitement, ou que vous sentez seulement sa présence, vous pouvez être sûr d'avoir affaire à un cocu, puisque nul ne saurait ne pas l'être. CQFD.
Les cornes sont-elles indispensables au cocu? Dans l'imagerie traditionnelle, oui. Et même abondamment fournies, style cerf dix-cors, afin de distinguer le cocu des créatures sataniques ou du faune de modèle courant. En général, le cocu doit feindre d'ignorer qu'il porte cette avantageuse ramure, tel le professeur distrait déambulant avec un poisson d'avril accroché dans le dos. C'est à ce moment-là seulement et à cette seule condition que l'hilarité de ceux qui le regardent atteindra son paroxysme. Il est donc tenu de faire l'innocent par charité chrétienne. Cependant, on admet de plus en plus que le cocu sorte sans ses cornes, à condition qu'il prenne soin de se placer de temps en temps, pour entretenir une saine gaîté autour de lui, devant des trophées de chasse appropriés ou tout autre objet pouvant en tenir lieu, quand bien même il ne s'agirait que de simples ombres sur un mur. S'il se rend à un bal masqué, il se déguisera en renne ou en élan. Le costume de Wotan lui siéra à ravir, grâce au casque wagnérien. Il peut aussi se travestir en abeille, en hanneton, à cause des antennes, fine allusion aux cornes. On lui trouvera de l'esprit. Un bouc fera également l'affaire, même un taureau, quoique la vache lui permettra de donner de lui une image plus modeste et plus attrayante. Se parer en Méphistophélès ou en dieu Pan s'admettra à la rigueur, mais cela pourrait être pris pour une dérobade, à moins qu'on ne soit cocu de fraîche date et qu'on ne tienne à produire, avec humour, que des cornes naissantes. Quoi qu'il en soit, faire allusion à ses cornes serait une faute de goût.
Absolument pas. Ce serait scandaleusement déplacé. N'oublions pas que la caractéristique principale du cocu réside dans l'ignorance, réelle ou feinte, de son état. Il ne peut donc, en bonne logique et sous aucun prétexte, faire allusion à ses cornes. Que de cocus, se laissant aller à une amertume hors de propos, s'exclament, au grand embarras de leur entourage: «Je suis tellement cocu que je ne passerais pas sous l'Arc de Triomphe!» C'est un peu mégalomane, non? Et terriblement prétentieux. Tant d'autres y sont passés avant vous, qui vous valaient bien et qui n'ont pas fait tant d'histoires! En revanche, vous pouvez remarquer finement, à l'occasion, avec un air de délicieuse innocence: «Seigneur! il fait un vent à décorner tous les cocus!» Vous verrez que, contre toute attente, les autres en seront gênés beaucoup plus que vous.
La morsure du cocu est-elle venimeuse? Souvent. Le tout est de l'empêcher de vous mordre. Soit en lui faisant mordre quelqu'un d'autre ; soit en l'hypnotisant avec une médaille brillant au bout d'une chaîne ; soit en bloquant ses mâchoires (ce qui demande une certaine adresse) avec un bout de bois, une canne ou un parapluie, comme on fait avec les alligators ; soit en cherchant le salut dans une fuite honorable. Si toutefois vous êtes mordu, au bras par exemple, ne tentez pas de le retirer, il vous l'arracherait. Poussez-le au contraire au fond de sa gorge pour l'étouffer ou, si vous en avez la possibilité, appuyez-lui sur la langue avec le pouce de l'autre main pour lui faire lâcher prise. Ayez toujours sur vous une trousse d'urgence avec du vaccin antitétanique ou du sérum anticocu.
Comment se comporter en compagnie d'autres cocus? De même que vous n'êtes pas supposé savoir que vous êtes cocu, vous ne l'êtes pas davantage de savoir que les autres le sont. Chacun doit donc se comporter comme si personne ne l'était. Autant dire qu'il faut feindre la plus parfaite ignorance, pour ce qui vous concerne, comme pour ce qui concerne les autres. Et éviter les gaffes, volontaires ou pas, comme la peste: rien n'est plus susceptible qu'un cocu qui s'aperçoit que les autres sont au courant, et c'est encore pire quand un cocu qui ignore encore qu'il l'est (il en reste quelques-uns) l'apprend par votre faute (voir La morsure du cocu est-elle venimeuse?). Il est donc recommandé de parler de tout et de rien, mais surtout de rien, comme si de rien n'était. Non que la condition du cocu soit tragique (pourquoi donc? nous serions tous morts!), mais parce que l'élégance, la fraternité et les conventions sociales conseillent cette attitude.
C'est l'évidence. Cocu se dit en anglais: cuckold. Le travestissement est flagrant. De cuckold à Cook il n'y a qu'un pas, et ce n'est point le fait de l'avoir ensuite transformé en Agence qui dissimulera la supercherie. Quoi qu'il en soit, pendant toute sa vie, Cook a été cocu. Fils de paysan, il se retrouve mousse. Plus tard, parti sur le Pacifique pour avoir la paix, il découvre les îles de la Société. Malgré tous ses efforts, il ne parviendra jamais à mettre les pieds sur l'Antarctique. Par contre, il sillonnera l'Arctique tant et plus, sans grande conviction. Simple roturier, il ne trouve rien de mieux que de débarquer aux Marquises. Puis de se faire bouffer par les cannibales. Où ça? Je vous le donne en mille: aux îles Sandwich!
On pourrait croire qu'une fois cocu, les fois suivantes ne comptent plus. Un peu comme la rougeole: dès qu'on l'a attrapée, on s'en trouve prémuni et, pour tout dire, vacciné. Rien de plus faux en ce qui concerne le cocuage. Car on peut être autant de fois cocu qu'il y a de jours dans une semaine, ou de minutes dans une heure. Ou de grains de sable sur une plage. Le cocu ne doit pas vivre dans la trompeuse illusion qu'une fois intronisé, il peut être tenu quitte du reste. Et qu'avec le temps, sa qualité pâlit puis disparaît, telle une couleur qui s'estompe. Le cocu reste marqué à vie, il doit en prendre conscience. Et, plutôt que de s'en désoler, trouver des raisons d'espérer car il pourra toujours faire mieux.
Dans le sens de banal et répandu, oui. Dans le sens de grossier, non. Ce sont les autres qui le sont quand ils vous moquent ou vous insultent. Un cocu ne saurait être tenu pour responsable de son état, même lorsqu'il a tout fait pour y parvenir: le cocu, c'est l'innocence. Le plaindre ne semble pas non plus très charitable, ni bien sincère. Il faut plutôt l'accueillir à bras ouverts, ne serait-ce que pour lui signifier qu'il n'est pas aussi seul qu'il le croit.
Pas le moins du monde. Demandez autour de vous. Cependant, toute la question est là. Tout dépend de la façon dont on prend les choses. Mais aussi on n'est pas raisonnable. S'indigne-t-on que le soleil se lève à l'est? que l'eau bouille à cent degrés? que les poules n'aient pas de dents? Il n'y a pas davantage de sens à s'insurger d'être cocu. Il faut savoir accepter l'inévitable ("puisque nous ne pouvons commander aux événements, feignons d'en être les instigateurs"). Or il est inévitable sur cette terre d'être cocu, je ne dirais pas une fois dans sa vie, mais au moins une fois par heure. Va-t-on se gâcher l'existence pour si peu? Ce qu'il faut éviter, c'est de donner, par excès d'égoïsme et de vanité, une valeur disproportionnée aux choses et aux gens qui nous entourent, à commencer par nous-mêmes (et c'est bien là que le bât blesse!).
Parce que c'est la seule attitude intelligente. Au fond, ce n'est pas tant le fait d'être cocu, qui est risible. C'est de ne pas savoir qu'on l'est, ou de refuser de l'admettre.
Aussi, rien de plus lamentable que de recourir au suicide parce qu'on est cocu. Il me paraît bien plus malin -- et constructif -- d'essayer de faire un nouveau cocu de quelqu'un d'autre. Si vous tenez contre vents et marées à vous suicider (toutes les folies ayant droit de cité), ne vous ratez surtout pas: vous seriez encore plus ridicule. Et ne laissez jamais, au grand jamais, de déclaration écrite derrière vous. Vous ne savez pas ce qu'on pourrait en faire, et seriez à même de le regretter amèrement. Surtout si elle est pleine de fautes d'orthographe.
Non: ceux qui sont sur la liste rouge n'y figurent pas.
On peut toujours. On peut aussi se souvenir du gag de l'arroseur arrosé.
Je pourrais disserter savamment (à proportion de mon ignorance) sur la taille moyenne du cocu de base, sur les statistiques, graphiques à l'appui, donnant tels nombres ou tels pourcentages comparatifs des cocus de 1m60, 1m75 ou 1m98. Outre la vanité de cette sorte d'exercice, je ne sache pas que ce soit l'apparence physique qui détermine le cocu. J'en connais comme vous de toutes sortes et de tous aspects. La tradition nous le présente volontiers comme un bon gros un peu mou, souvent pourvu de moustaches et portant lunettes, vêtu bourgeoisement, riant sans complexe de ses frères d'infortune. Mais j'en ai vu -- et vous aussi -- de baraqués et bronzés comme des maîtres-nageurs (qui passent cependant pour grands pourvoyeurs de cocus), sans compter les sloughis des beaux quartiers, les nabots, les camionneurs, les perchistes et les travestis. Ce n'est pas de cela que je veux vous entretenir. Quand je parle de grandeur, je fais allusion à la noblesse de la condition de cocu. À son abnégation, à son caractère exemplaire, à sa beauté, ses héroïsmes, ses audaces. Il n'est rien de plus admirable qu'un cocu parfaitement conscient de son rôle, de sa valeur, de son destin, sachant se tenir à sa place, digne sans raideur, pénétré de sa fonction, discret, racé, avec l'élégance du coeur. Quelle classe! Quelle allure! Comme on est loin des marionnettes dérisoires du vaudeville, juste bonnes à étourdir les garçons bouchers et les employés (ées) des ministères! Dans ce club très fermé, les portes restent grandes ouvertes, et il peut y avoir une nouvelle inscription toutes les deux secondes. Il suffit d'en avoir le chic. A qui le tour?...
C'est pourquoi le cocu doit garder la tête haute. Fini le temps du cocu honteux, misérable, aux répliques à un sou la ligne. Il s'habille désormais chez les meilleurs faiseurs, possède autant d'esprit qu'Oscar Wilde et de générosité que Saint-Martin (je ne parle pas du jockey, mais de l'évêque de Tours). Haut les coeurs! Haut les cocus!
C'est exact. Il s'agit non seulement d'une tradition, comme dans les bonnes familles, mais d'un caractère héréditaire qui se transmet par les femmes. Chacun se trouve donc assuré d'être le digne successeur de son père sans que le fisc, exceptionnellement, vienne entamer son héritage. Je pense d'ailleurs, avec un certain amusement, que c'est l'impôt, pour une fois, qui est cocu.
Les avis divergent. Il y a plusieurs écoles. J'exprime moi-même sur ce sujet des opinions contraires, selon le lieu ou l'humeur. Mais tâchons d'être exhaustif, et voyons cela de plus près. Prenons un cocu et retournons-le dans tous les sens. Bon. Imaginons que sa femme le trompe. Banal à pleurer, mais poursuivons. Il est cocu, c'est hors de doute. Elle le trompe avec son meilleur ami. C'est d'une consternante platitude, j'en conviens, mais le voilà deux fois cocu. À présent, comme Madame est d'humeur folâtre et quelque peu insatiable, elle s'annexe un second amant. Voici notre homme trois fois cocu. À ce point du raisonnement, nous pouvons remarquer que, sans conteste, notre cocu l'est beaucoup plus qu'au départ et que, accessoirement, son meilleur ami l'est devenu aussi, bien que moins gravement mais de manière tout aussi évidente, ce qui n'est qu'un juste retour des choses. J'observe en passant que si d'aventure notre cocu couche avec sa femme, il aura l'avantage de faire deux cocus d'un coup: le meilleur ami (qui sera alors à égalité avec lui, en quelque sorte) et le second amant. Certains esprits byzantins vont jusqu'à prétendre que dans ce cas-là il en fait trois: le meilleur ami, le second amant et sa femme même, puisqu'il a pu la contraindre à être infidèle aux deux autres. Si vous me suivez mal, prenez de quoi écrire, faites des colonnes et tracez des bâtons pour comprendre. Et surtout, évitez de penser que vous assistez à un match de football. Car on pourrait se poser la question: est-ce que le cocuage est une espèce de sport où il s'agit de marquer des points, et dans lequel, bien que tout le monde finisse par être plus ou moins cocu, celui qui gagne est celui qui a marqué le plus de points? Nous laisserons cette question pour une autre fois. Reprenons. Supposons maintenant que notre homme se fasse mordre par son cocker. Berné par sa femme, lâché par son meilleur ami et ridiculisé par un étranger, le voilà abandonné par son chien. Il est encore plus cocu que jamais, c'est indéniable. Et si les larmes commencent à vous venir aux yeux, réservez-les pour plus tard: pensez qu'il pourrait être aussi renié par son fils, méprisé de sa concierge, mené en bateau par son patron et trahi par son député. Mais n'allez pas me dire que j'entasse à plaisir les catastrophes et que je fais de mon sujet un martyr plus comique que pitoyable, car de tels exemples sont légion. Nous en côtoyons plus dans une journée qu'il n'y a de pépins dans une orange garantie sans pépins. Encore ne l'ai-je pas fait glisser sur une peau de banane en rentrant chez lui, ni s'affaler dans une crotte monstrueuse sur le trottoir qui, comble d'ironie, aurait été déposée un peu plus tôt par son chien. Comme l'argent attire l'argent, l'infortune s'attire elle-même. La sagesse populaire l'a maintes fois constaté dans des formules que je vous laisse le soin de retrouver, pendant que je tente désespérément de me rappeler où j'en suis. Voilà!... Tout ceci pour dire qu'il y a effectivement des gradations dans le cocuage (voir Le cocu doit-il porter un uniforme?) et qu'on peut être plus ou moins cocu. Ceci posé, est-ce une consolation de l'être moins, que davantage? (Comme cet accidenté de la route auquel on annonce: "Vous avez les deux jambes cassées, un bras fichu, la rate éclatée, six côtes brisées et un traumatisme crânien, mais ça aurait pu être pire"). À chacun d'apprécier. Quoi qu'il en soit, cette gradation, réside-t-elle dans le nombre de fois (et de manières) selon lesquels on est cocu, ou dans la qualité du cocuage? Autrement dit, peut-on être par exemple cocu huit fois (certains disent: «au huitième degré»), et en définitive pas si cocu que ça, ou au contraire cocu une seule et unique fois (c'est à peu près impossible, mais il s'agit d'une hypothèse), et cocu jusqu'à l'os? La question vaut qu'on s'y arrête. C'est la deuxième école. Ainsi, pour présenter les choses autrement, en simplifiant à l'extrême, pour le cas où vous ne sachiez déjà plus où donner de la tête avec vos colonnes et vos bâtons, est-ce qu'un homme trompé par une épouse acariâtre, dont il songe à se débarrasser depuis pas mal de temps, est moins cocu que celui qui se trouve cocufié par la femme de sa vie, avec laquelle il vient encore d'échanger il n'y a pas cinq minutes des serments éternels? Le simple bon sens commande de répondre oui à cette interrogation. Donc, c'est non seulement le degré de cocuage qui importe, mais aussi sa nature. Il faudrait être un monstre pour en disconvenir. Enfin (troisième école), au diable nature ou degré: on est cocu ou on ne l'est pas, voilà tout. Alors, un peu plus, un peu moins, cela ne fait pas grande différence. Ce point de vue de Sirius n'est pas fatalement partagé par les intéressés. Il est vrai que si les avis diffèrent tant sur le cocuage, c'est qu'on ne réagit pas de la même manière selon qu'on raisonne sur les autres ou qu'on s'intéresse à son cas personnel. Une quatrième école aurait tendance à minimiser les choses en calmant les esprits, disant à peu près: les faits prouvent que tout le monde est cocu. Il n'y a donc rien de singulier ou de terrible à l'être. Arrêtez de nous casser les pieds avec ça et passons à autre chose. On l'appelle souvent école banaliste, et ses zélateurs: nouveaux stoïciens. C'est la plus séduisante comme la plus irréfutable. Ses arguments sont ceux qui tiennent le mieux, et ils ont l'avantage de la simplicité. En effet, cela marche remarquablement bien. Tant qu'on n'est pas cocu.
La question est à débattre, car les avis sont partagés. Si le cocu reste en civil, son anonymat est protégé, mais il risque de s'enfoncer dans le ghetto de la clandestinité honteuse. S'il porte un uniforme, sa position se valorise, mais il se désigne tout de suite à la malignité publique. Certains font observer que le dommage ne serait pas bien grand, puisque la terre entière se trouverait alors susceptible de porter l'uniforme. Pourquoi, dans ce cas, recourir à cette solution? À quoi ils répondent que les grades et les distinctions n'ont pas été inventés pour les chiens. Le vertige -- et un frisson -- vous saisissent à imaginer la planète ainsi militarisée. D'aucuns rétorquent que les Chinois ne se portent pas plus mal d'être uniformisés. Sans doute, mais ce sont des Chinois!... On peut attendre n'importe quoi d'un peuple qui s'obstine depuis des millénaires à essayer d'attraper sa nourriture avec des baguettes. Il est vrai que des catégories entières de citoyens déambulent costumés sans que nul n'y trouve à redire, et sans être plus cocus que d'autres: les chefs de gare, les militaires, les ecclésiastiques, les facteurs, etc. Il suffirait de trouver un ensemble seyant, qui ne risque pas d'être confondu avec ceux déjà existant. Toutefois, un problème demeure: comment s'habillerait par exemple un colonel cocu? Quel dilemme! C'est pourquoi beaucoup penchent plutôt pour un signe distinctif. Un insigne. Ou une décoration, avec les échelons habituels: chevalier, officier, commandeur... Cela vous fait rêver! Il y a aussi l'ancienne coutume des cornes. Outre qu'elle n'a jamais pu être vraiment constatée dans la réalité malgré certains délires, et confine au domaine du mythe comme le centaure et l'hippogriffe, sa stricte application soulèverait de réels problèmes dans le métro et dans les ascenseurs. Puis, que deviendraient les chapeliers? Je crains qu'il ne faille revenir à plus de raison, et faire contre mauvaise fortune bon coeur (voir: Les cornes sont-elles indispensables au cocu?).
Par son numéro de sécurité sociale.
Il y a des moments où je me dis que si je n'ai pas beaucoup de talents, je possède en tout cas une sorte de génie pour poser des questions auxquelles je suis dans la totale impossibilité de répondre.
La plus grande variété, la plus grande fantaisie sont admises. Sans aller jusqu'à porter l'uniforme (voir ce mot), le cocu peut s'habiller en jaune s'il a décidé d'être agressif, en noir s'il entend signifier qu'il porte une espèce de deuil, en blanc s'il se juge innocent, en rouge s'il veut avertir que ça va chauffer, etc. Il doit s'efforcer de porter une cravate pour rester correct. Rien de plus pitoyable qu'un cocu négligé. Il aura les ongles, les oreilles propres, et s'efforcera de prendre des bains. Les couvre-chefs sont recommandés, de la casquette pour petit cocu, au chapeau haut-de-forme pour cocu de haute lice. Il tâchera d'éviter les chaussures qui craquent, pour ne pas annoncer prématurément sa présence. Il ne manquerait plus qu'il porte aussi des clochettes! Dans la mesure du possible, la chemise sera en soie. Tant qu'à faire, autant être confortable. Une pochette assortie à la cravate ajoutera un petit air guilleret. Elle permet parfois de redonner un petit coup discret aux chaussures, de préférence au mouchoir, dévolu à un autre usage: il n'est pas hygiénique de se moucher dans un tissu qui a épongé des souliers, ni de parsemer ceux-ci de crottes de nez.
On peut s'en passer. Le fait d'être cocu ne vous confère pas automatiquement un brevet d'intelligence. II vaut mieux éviter de faire le malin quand on n'est pas prévu pour ça, surtout dans une telle situation. Certains cocus sont très bêtes, il ne faut pas le cacher. S'ils en sont arrivés là, ce n'est point par hasard. Inversement, il est possible d'être très futé, et cependant cocu. Dans ce cas, rien n'empêche d'exercer son esprit comme de coutume, ni de l'appliquer à un domaine encore inexploré. Cela peut produire des résultats brillants, qui réjouiront tant les contemporains que les générations futures, et fourniront aux moins doués des répliques toutes faites. Comme Napoléon, avec sa brutalité habituelle, apostrophait le prince de Bénévent par cette question abrupte: «Hé bien, Talleyrand, qu'est-ce que j'apprends? Il paraît que vous êtes cocu?», ce dernier, sans se départir de son flegme légendaire: «Rendez-moi service, Sire, dites-moi son nom.» -- «Jamais! Je ne saurais», se récusa l'Empereur, «c'est une affaire d'honneur.» «Son nom à lui m'importe peu», précisa Talleyrand, «c'est son nom à elle, que je cherche.» Évidemment, ce n'est pas à la portée de n'importe qui. Ajoutons que s'il est arrivé à Talleyrand d'être cocu, Napoléon soi-même l'a été plus qu'abondamment pour sa part, et que la plus importante des femmes à lui avoir joué ce tour, c'est l'Histoire, quand Talleyrand a toujours filé avec elle le plus parfait amour.
La mode en est passée depuis longtemps, mais ce n'est pas une raison pour éluder la question. Elle peut revenir. Dans les affaires de duel, l'avantage d'être l'offensé, c'est qu'on a le choix des armes. Il ne faut pas hésiter à user de ce droit pour empoisonner l'adversaire, donc à se battre. Toutefois, comme cette époque de violence a banalisé l'arsenal disponible (outre que l'usage du T.36 n'est pas à la portée de tout le monde), nous conseillerons des moyens plus inhabituels comme les charades, le jeu des portraits, la canasta. Cela peut se passer au chaud, dans un salon, à une heure convenable, au lieu d'aller peler de froid en chemise ou torse nu, aux aurores, dans un pré malcommode couvert de rosée et de bouses de vaches. De plus, on fait l'économie, sinon des témoins (dont on ne saurait se passer et qui de toute façon opèrent gratis),-- du moins du médecin, qui se fait payer, lui, ne serait-ce que pour le déplacement. Il n'est pas plus ridicule de perdre une partie que de perdre la vie ou, pire, de se déclarer quitte pour un petit bobo dans le gras du bras. Cocu, vaincu et perclus, c'est trop pour un seul homme. Et puis l'on peut tricher. Quelle délicieuse satisfaction pour l'esprit! On n'oubliera pas de régaler les témoins d'un honnête repas, aux frais du perdant. Il faudra éviter de servir tout plat pouvant passer pour une allusion déplacée, qui risquerait de faire rebondir le différend, comme par exemple les escargots.
Les jeux de patience arrivent en tête. Ils sont toujours les mieux appropriés, pour une personne souvent seule, qui a besoin de se calmer les nerfs et de penser à autre chose. Mais on peut aussi songer aux ouvrages philosophiques, historiques, qui développeront sa force d'âme et, selon le degré de familiarité qui nous lie à lui, aux cravates, mouchoirs, chaînes de montre et brimborions divers. Notons que certains cocus se sont vu offrir cadrans solaires, pinces à linge, tortues miniatures, hamsters, tartes Tatin, chaussures de basket, cendriers armoriés (attention aux devises!), letchis en boîte, attaché-cases, ours en peluche, chaussons d'appartement, tirelires, démonte-pneus, chargeurs de batterie... Au fond, en ce domaine comme en bien d'autres, l'imagination reste au pouvoir. J'ai deux observations à faire. Quand on vous offre quelque chose de façon inopinée, méfiez-vous: il y a sans doute anguille sous roche. Et surtout, le meilleur cadeau pour un cocu, n'est-il pas d'éviter de le faire cocu?
Pourquoi pas? Le cocu n'est pas tenu d'être le parangon de toutes les vertus. Il faut bien qu'il cultive quelques défauts, ou sa vie deviendrait un enfer et ce serait trop injuste. Aussi, pourquoi pas l'avarice? Et pourquoi pas l'orgueil ou l'intempérance? Quoique cette dernière présente quelque danger, en particulier celui de le rendre bavard. On parle toujours trop. Les autres s'en chargent assez comme cela. Mais un cocu pourra avantageusement être menteur, tricheur (voir plus haut) ou libidineux. Il pourra aussi être sournois, paresseux, gourmand, bègue, coléreux et tout ce qu'on voudra. Non mais alors des fois c'est vrai ça quoi!...
Il semble à peu près établi que, loin de constituer une caste de réprouvés, les cocus se soient organisés à travers le monde en classe dirigeante, tenant les leviers de la décision et du pouvoir. De véritables sociétés secrètes de cocus (cocucratie) aux ramifications infinies tiennent ainsi entre leurs mains le destin de l'humanité. Inutile que je donne des noms, ils s'étalent à la une de toutes les publications de la presse internationale. Si ce sont les cocus qui nous dirigent, rien d'étonnant à ce que nous le soyons.
Ceci fait que le cocu n'est plus un être honteux, apeuré, qui rase les murs et vit dans les caves comme les rats et les cloportes. Il s'affiche au grand jour, souriant, triomphant. Cocu is beautiful.
Naturellement, le monde des lettres est un inépuisable réservoir de cocus de tout poil: auteurs à succès, auteurs à tirages confidentiels, auteurs sans tirage (comme pour les cheminées, l'importance du tirage donne celle de l'individu), lauréats des prix littéraires, non-lauréats, jurys, refusés aux comités de lecture, comités eux-mêmes, critiques, éditeurs, maquettistes, secrétaires, emballeurs. Ils en sont tous (et toutes). Dépassés, cependant, enfoncés -- et de loin -- par une catégorie de sous-prolétariat lamentable et rampant: le lecteur (je parle du public). Dans la mesure du possible, ne soyez jamais un lecteur, c'est-à-dire quelqu'un qui paye pour lire. Il faut avoir tué père et mère pour en arriver là. Soyez n'importe quoi sauf ça. Faites-vous plutôt payer pour que d'autres lisent. Si vous en avez l'opportunité, n'apprenez pas à lire. J'ai malheureusement l'impression que si vous êtes parvenus à déchiffrer ce conseil, il est déjà trop tard.
Si vous n'êtes pas cocu, c'est que vous n'avez pas bien regardé. Si vous n'êtes vraiment pas cocu, ne vous désolez pas, cela ne saurait tarder. Si vous ne savez comment vous y prendre, restez zen: les autres savent. Si vous souhaitez brûler les étapes, allez-y franchement: faites (ou ne faites pas) quelque chose. Ça y est, vous l'êtes!
Ni plus, ni moins. S'il a le tort de croire vraiment à son infaillibilité: plus. L'Histoire nous apprend que les meilleurs d'entre eux étaient incroyants. Dans ce cas, ce sont les fidèles qui l'étaient (cocus).
Autant qu'il y a eu, qu'il y a (et y aura) d'hommes. Et de femmes, naturellement. Pour une fois, il convient d'insister.
Même réponse. Mais lui, il aime ça.
Non seulement un chien, mais aussi un singe, un âne, un tamanoir, une cigale, un mainate, un tatou, un brochet, un papillon, une cigogne, un morpion, et le virus de la grippe.
À mon avis, moins ces petits morveux savent de choses, mieux cela vaut. Cependant, ils auront d'innombrables occasions de s'en apercevoir, beaucoup plus tôt qu'on ne le croit d'ordinaire. Et puis, qu'ils se débrouillent comme nous avons dû le faire. Certains le leur expliquent quand ils entreprennent de leur parler de la petite fleur et de la petite abeille, sous l'oeil goguenard autant que sournois des intéressés. D'autres commencent le jour où ils leur apprennent que le père Noël n'existe pas. Je leur donne la préférence. Toutefois, les sujets les plus doués comprennent au moment où on les prive du sein maternel pour le biberon, et même à l'instant précis où ils font leur apparition dans notre monde. Chacun sait, pour avoir lu Jean Rostand, ou bâillé à s'en disjoindre les mâchoires aux émissions médicales de la télé, qu'il y a des spermatozoïdes actifs et des spermatozoïdes paresseux. Ce sont les premiers qui décrochent la timbale en pénétrant dans l'ovule, et on voudrait nous faire croire que ce sont les plus forts. On nous cache la vérité: ce sont les plus bêtes. À l'évidence, ceux qui ont volontairement traîné étaient les plus malins. Tout repose donc en fait sur l'intelligence inscrite dans les gènes de l'ovule. On peut hélas constater quotidiennement les résultats d'une aussi désastreuse organisation.
Inutile: ils s'en chargent eux-mêmes.
On fait ce qu'on veut. Mais on ne doit attendre d'eux aucune reconnaissance.
Si on ne réfléchit pas, on répond oui tout de suite. Cela paraît logique. Étant donné le nombre de malheurs qui les menacent, il semble en effet qu'ils seraient fous de ne pas le faire. Un peu de jugeote mène à un avis diamétralement opposé, que je crois sage de suivre: avec la chance qui les caractérise, s'ils s'assurent, ce ne sera guère qu'une occasion de se retrouver cocus une fois de plus.
Un cocu met le pied dans un étron. Doit-on considérer cela comme une misère supplémentaire, ou un événement faste, annonciateur de bonne fortune? Je vous le demande.
Cocu, nous l'avons vu, vient de "coucou". Mais le mot n'apparaît qu'au XIVe siècle. Un ami me fait étourdiment remarquer que cela prouve qu'avant le XIVe siècle, il n'y avait pas de cocus. J'ai beau lui expliquer qu'on utilisait d'autres termes, il n'en veut pas démordre. Pas de cocus avant le XIVe siècle!... Il faut être sacrément cocu pour se raccrocher à de telles balançoires!
Plus volontiers, hélas, entichés de mélo que de mélodie. Dans les meilleurs cas, toutefois, ils ne dédaignent pas la musique. Il leur arrive de siffloter sous la douche (excellent entraînement pour essuyer les averses d'avanies avec bonne humeur). J'en ai connu qui vocalisaient comme des merles, ou étaient incollables sur le catalogue mozartien. Parfois aussi leurs penchants sont révélateurs. L'amateur de Beethoven est obstiné, sourd à tout raisonnement. Celui de Wagner, emporté. Satie révèle un tempérament facétieux. Varèse, un caractère confus et brouillon. Bach, un esprit calculateur. Stravinski, des luttes sourdes entre de violentes tendances charnelles et une nostalgie de la sublimation par le jansénisme. Xenakis, un attrait mal réprimé pour les mathématiques de prisunic. Aaron Copland, une fascination pour le western. Zappa, l'amour immodéré de l'autodidactisme. Johann Strauss ne dévoile qu'une chose: des dispositions certaines pour le mauvais goût (et la zachertorte).
D'à peu près tous, selon le tempérament. Les préférences iront au piano -- instrument de notaire par excellence --, qui permet de clapoter n'importe quoi au clavier sans connaissances réelles. Pour les plus doués, le violoncelle s'impose. C'est un instrument voluptueux et nostalgique, à la hanche féminine. À propos d'anche, le hautbois donne un petit air pincé qui peut être très drôle si on a l'intention d'amuser la galerie. Il faut écarter la trompette comme trop ostentatoire, à moins qu'on ne veuille claironner, congestionné et rubicond, sa condition à l'entour. Le trombone sera plus adapté à l'expression d'un humour basé sur le glissando. Le tuba permettra de roter sans qu'il y paraisse. Timbales et cymbales me semblent disproportionnées au but à atteindre, et le triangle (ou le sistre) un peu légers. Mais le tambour de basque apportera une note de folklore sans soulever de problème technique particulier. Pour ce qui est du crotale, des woodblocks, du fouet, de la râpe guero, mieux vaut laisser cela aux spécialistes. On pratiquera avec fruit la harpe, le célesta, les ondes Martenot, instruments poétiques s'il en fut, qui donnent à peu de frais une allure innocente teintée de mystère. On sera également valorisé par l'alto, à la rigueur le violon. Mais on évitera la grosse-caisse, la contrebasse, l'ophicléide, le glockenspiel. Le cor est à proscrire: il commence mal. Quant au cornet, il se termine en frôlant la catastrophe.
Nombre de cocus ne sont ni mélomanes, ni musiciens. Pas davantage bricoleurs ni philatélistes. La lecture ne les intéresse pas. Le sport les indiffère. Ils ne parient même pas sur des canassons. Le jardinage les laisse de bois. Ils ne jouent pas aux cartes. Ils ne vont pas au cinéma. Ils dorment devant la télé, se moquent de la bonne chère, ne boivent pas. La conversation les ennuie. Les jeux d'alcôve, au fond, ne les ont jamais attirés. Ils répugnent aux voyages, n'aiment pas les animaux, dédaignent le tabac, les journaux, la radio. La toilette est le dernier de leurs soucis, comme l'opinion des autres. Ils sont cocus, cocus, et encore cocus. Simplement cocus. Fondamentalement, viscéralement cocus. Cela seul suffit à leur bonheur.
C'est Narcisse. Il passe sa vie à se tromper lui-même.
Uniquement s'ils ne tournent pas rond, et encore! Cela ne serait d'aucun profit, sauf pour le psychiatre.
La seule différence entre un psychiatre et ses consultants, c'est que lui, il se fait payer.
En ressortir, et chercher sans tarder le trou suivant: le plus insupportable, c'est l'attente.
Il n'a pas à vouloir ceci ou cela. Il est ce qu'on lui dit, un point c'est tout.
Et la banane à grappin?
D'après les philosophes, rien de plus simple que d'être philosophe: il suffit de prendre les choses avec philosophie.
De préférence, les établissements de bonne renommée. Il ne sied pas au cocu de s'afficher dans ceux de renommée douteuse. On évitera les mauvais lieux. On sera assidu aux salons de thé, de cinq à sept. On s'efforcera de ne pas se goinfrer de pâtisseries, néfastes pour la ligne et la réputation («il compense!»). On visitera les galeries d'art, seul ou accompagné. On hantera les antiquaires. On s'offrira des soupers fins dans les meilleures maisons, recherchant plutôt la qualité que la quantité. On ne se refusera pas un bon cigare avec les liqueurs. Mais jamais de cabinet particulier! Il faut s'attacher à projeter de soi la meilleure image possible. On ne boudera pas le spectacle, sauf les représentations licencieuses. On pourra même s'aventurer au boulevard, au vaudeville, malgré le sujet trop prévisible de ce genre de productions, ou justement à cause de, afin de montrer sa grandeur d'âme. Mais on s'interdira d'y rire à gorge déployée, ce qui ferait vulgaire. On sourira finement, le menton appuyé sur deux doigts aristocratiques, sans tomber non plus dans le ricanement désabusé. Toutefois, on paraîtra avec profit à des représentations plus relevées, qui manquent souvent de spectateurs, où l'on sera donc assuré de ne pas se marcher sur les pieds, ni de faire de fâcheuses rencontres: Duras, Sarraute, Brecht, Claudel, Pichette, c'est très bien... Il n'est pas interdit non plus de traîner chez les tailleurs, les chemisiers, les parfumeurs, de flâner sur les grands boulevards ou d'y siroter une boisson distinguée en regardant passer les promeneurs sans les voir, un imperceptible, indéfinissable sourire aux lèvres. L'avantage d'être cocu, c'est de pouvoir devenir très décoratif et de sortir beaucoup.
Et soyons prêt à mettre en pièces le premier qui prétendra nous y entraîner.
Mais attendons que ce soient les autres qui commencent, pour voir.
Par exemple, serrons la main à celui que nous venons de faire cocu.
Ils sont excellents pour votre équilibre, développent vos réflexes, votre contrôle sur vous-même. Ils favorisent aussi le commerce d'articles de sport, les restaurants asiatiques, les magasins de régime, les publications ésotériques. Ils vous permettent de maîtriser aisément tout adversaire qui ne vous aligne pas du haut d'un toit avec un fusil à lunette.
Surtout s'il a les pieds palmés.
- Tel est cocu qui croyait prendre. - Tant va le cocu à l'eau qu'à la fin il se mouille. - Un bon cocu vaut mieux que deux barils de lessive. - On a toujours besoin d'un plus cocu que soi. - Cocu, battu et contondant. - Un cocu n'est jamais perdu. - Neige en novembre, cocu en décembre. - Un cocu peut en gâcher un autre. - Mieux vaut une pièce d'un euro qu'un coup de pied cocu. - À la Saint-Médard, les cocus vont au placard. - Il n'est pas de si grand cocu, qui ne soit le petit d'un autre. - Si tous les cocus du monde voulaient se donner la main, on ne retrouverait plus celle de ma sur dans la culotte d'un zouave.
II s'agit là d'une espèce particulière. Le cocu à répétition se présente comme un stakhanoviste de sa condition. Il ne saurait rester une seconde sans l'être. À peine vient-il de se faire cocufier d'une manière ou d'une autre, qu'il recommence. C'est plus fort que lui. Il court après une sorte de perfection sans l'atteindre jamais. Le cocu à répétition est au cocu de modèle courant ce qu'est le fusil d'assaut à la carabine à air comprimé.
Tous les cocus ne sont pas célèbres, mais tous les hommes célèbres sont cocus. Cela fait partie des mystères de ce monde, et c'est une sorte de revanche pour ceux qui n'ont pu parvenir à la notoriété.
Vaste programme!... Vous ne croyez quand même pas que je vais tomber dans le piège, et me fatiguer à vous dévider la monotone litanie des cocus de l'Histoire, depuis les origines! Aussi me contenté-je de vous rappeler qu'aux dires de certains, un jour -- et ne me demandez pas lequel -- le Tout-Puissant, ou qui l'on voudra, prit une poignée de glaise qu'il se mit à pétrir à son image (nous donnant, soit dit en passant, une piètre idée du modèle). La suite, vous la connaissez. Débrouillez-vous donc tout seuls.
On peut constater qu'il vit en société. Toute autre assertion relèverait de la plus haute fantaisie.
D'innombrables civilisations nous ont laissé d'aussi innombrables représentations de cocus peints à fresque, brossés sur la toile, taillés dans le marbre, coulés dans le bronze, immortalisés dans toutes les langues de l'univers, chantés dans tous les systèmes de notation musicale. Qu'elles en soient remerciées.
En faisant gardien de prison.
Poser seulement la question est un signe de cruauté.
Jamais, jamais et jamais! La seule exception qu'on puisse admettre, c'est quand il s'agit de soi-même.
Poêlé, avec un roux. En brioche, accompagné de salades. A l'étouffée. Rôti, nappé de sauce à la menthe. En papillotes. En marinade, sans pleurer les oignons. Retourné sur le gril, il adore. Truffé de marrons, il n'apprécie pas toujours. La sauce Aurore est recherchée des cocus poétiques (voir: Le cocu est-il poète à ses heures?). La brochette convient aux cocus maso. Recette du cocu à la vampire: bardé de lard, piqué de clous de girofle, étroitement ficelé pour l'empêcher de s'envoler et abondamment fourré de gousses d'ail dans le croupion. On passe au four à un feu d'enfer. On flambe. C'est un régal.
Un morceau de sucre trempé dans le vinaigre est souverain.
Le cocu à la retraite, ça n'existe pas. Des cocus en retraite, il y en a plein les champs de bataille.
La Saint-Cocu se souhaite du 1er janvier au 31 décembre.
Le cocu se reproduit sans fin. Il ne fera jamais partie des espèces disparues. S'il n'en tire aucune gloire, il ne terminera pas dans un musée. Il se trouve au cur même de l'évolution des espèces, source de progrès, moteur du monde, fontaine de jouvence... Il faut que je m'arrête: je vais devenir lyrique.
Leurs sorts sont liés depuis le premier livret. La scène les embellit, les saupoudre de paillettes. Le projecteur leur va bien au teint. Ils peuvent gueuler tant et plus, se rouler par terre, briser des accessoires, se payer des caprices de diva. Et on les applaudit!
On ne voit pas très bien l'intérêt, à part celui de faire péter les spiromètres.
Cela arrive. En général, il est plus gourmet que gourmand. C'est un fin connaisseur de sauces. Il sait découper le poulet, le gigot, même le canard. Ses connaissances oenologiques sont plus imaginaires que réelles, comme souvent. Ce qui est bien dommage, car le nombre de cocus que peuvent faire les marchands de vins est proprement phénoménal.
En effet. Le cocu a volontiers l'âme tendre. Il aime les fleurs, la campagne, les poussins, les petits canards, les ours en peluche. Il rêvasse facilement, ou bien il est distrait. Un rayon de soleil bien placé l'enchante. Les meilleurs éclairagistes, les meilleurs chefs-opérateurs, sont des cocus. Également les photographes. Sans parler des aquarellistes et des pastellistes. Quant aux poètes professionnels, ils n'ont de poète que le nom, s'ils sont cocus quand même.
Pas plus que ça. Un honnête cachet d'aspirine en vient à bout. On note toutefois des céphalées au moment des premières pousses de cornes. Badigeonner avec de la teinture d'arnica ou du B.P.D. (Bébé Premières Dents). Les cataplasmes de Grieg et de whisky sont parfois efficaces. Le sommeil est en tous cas recommandé: rien ne repose mieux qu'un bon repos.
Avec la plus extrême prudence. On peut élaguer, débroussailler,-- de préférence à l'automne. Jamais épointer ou raccourcir: on perd alors le sens des distances, ainsi que toute précision dans leur maniement. C'est une pratique aussi condamnable que celle de l'afeitar dans les corridas. Si le spectacle est truqué, à quoi bon être cocu?
Il faut se rendre à l'évidence: non. Pas plus que la greffe. C'est peut-être dommage, mais on doit en prendre son parti. S'ils veulent se reproduire, les cocus n'ont d'autre alternative que de faire des petits.
C'est le plus solide. Rarement malade, il est dehors quel que soit le temps. Il ne rechigne pas à la besogne. Les mains sont calleuses, mais habiles. Il traîne hélas des paquets de boue après ses chaussures, avec tendance à en coller partout. L'avantage, c'est qu'on peut le suivre à la trace.
C'est le plus sophistiqué. Bourré d'électronique, jamais là où on l'attend. Parfois équipé de charges explosives. Prudence!
Entre ces deux extrêmes, on trouve toutes sortes de cocus, depuis l'agreste (n.p.c. avec l'agricole), le bucolique (n.p.c. avec l'agreste), le méditatif, l'enjoué, le taciturne, en passant par le paillard, l'inventif, le distrait, le planifié, jusqu'au cérébral, à l'événementiel, au logarithmique. Quand j'en aurai le courage, je tenterai une classification par groupes sanguins, peut-être une étiologie, une sociologie, une caractérologie, une problématique du cocu. En attendant, j'ai l'intention de couler des jours paisibles.
Toute médaille a son envers. Tout cocu a son endroit. Tout Janus a son bifrons. Le cocu a deux visages: côté coq et côté cul.
Presque immanquablement. Même s'il en a plusieurs.
En général. C'est bien pour ça qu'il est cocu.
Très sensible. Les hautes pressions le font bouillir. Les basses pressions le plongent dans l'abattement. Hésitant à variable, rayonnant au beau fixe, il est d'une telle exactitude que d'aucuns l'utilisent directement comme baromètre.
On ne le délogerait pas de son fauteuil pour un empire, ou bien il dort sur le paillasson. On en trouve certains rangés dans la bibliothèque, entre deux encyclopédies. D'autres se sont, au fil du temps, transformés en lampadaires. Il arrive qu'on ne les distingue plus, qu'ils se confondent avec le papier peint. C'est alors qu'ils peuvent devenir dangereux.
Vents coulis, fenêtres qui s'ouvrent sans raison apparente, portes qui claquent inopinément, objets qui tombent à l'improviste ou disparaissent de façon inexplicable, sont les signes visibles de la présence invisible de cocus. On les a longtemps confondus avec les revenants. Bien des maisons qu'on dit hantées sont tout simplement habitées. L'Angleterre est la patrie des fantômes.
C'est le plus grand cocu d'Haïti.
Le cocu est souvent surchargé de chaînes de montre, armadas de stylos, trousseaux de clés, cachous, coupe-ongles, pastilles à la menthe. Réciproquement, on se prémunit contre lui à l'aide de pendentifs, gourmettes, cure-dents, chevalières, vieux trombones. Si ce n'est pas d'une utilité criante, ça fait toujours marcher le commerce.
Que croyez-vous que soit le grand Sphinx de Guizeh, et que pensez-vous qu'il fabrique, depuis des millénaires, vautré dans le sable comme un caca, avec son air stupide et son nez en moins?
Il saute partout, bondit çà et là, trémule sans cesse, il ne tient pas en place. S'il a le malheur de s'arrêter, la rouille le menace. À la première occasion, il jaillit comme un diable de sa boîte. Ne pas s'en effrayer, le cocu à ressort n'est pas méchant. Attention cependant: ça pince parfois les doigts.
Les peuples heureux n'ont pas d'Histoire? Et puis après? Ils n'ont aussi pas d'histoires. Ça vaut la peine d'être pris en considération, et c'est déjà ça de moins à apprendre.
Ces lieux attirent les cocus comme les dessous d'éviers les cafards. Ils grouillent littéralement. On songe à quelque génération spontanée. Certains vont encore penser que j'invente, procède par affirmations péremptoires. Je n'y peux rien. Il faut bien reconnaître qu'il y a considérablement plus de cocus à Vichy ou Deauville que dans l'Adrar des Iforas. On les voit déambuler, barboter, s'activer, farnienter, se croiser, se saluer, se jauger, papoter, popoter, pipiter, siroter, que c'en est un plaisir. Au vrai, ils ne font rien. Que de poursuivre le plaisir de se voir, se surveiller, se compter et recompter sans cesse (de peur qu'il n'en manque un), même du fond de leurs torpeurs post-prandiales. Croyez-moi ou ne me croyez pas, villes d'eaux et stations balnéaires sont des bouillons de coculture.
Je parle de la moutarde forte. La vraie. Celle qui vous ramone le nez, transforme vos canaux lacrymaux en cataractes, vous remonte jusqu'au cerveau comme un coup de poing, métamorphose vos oreilles en feux de brouillard et votre langue en brasero, dévale votre gorge comme un torrent de lave, pour aller exploser dans votre estomac avec la puissance d'une charge de dynamite. Pendant quelques précieuses minutes, vous n'êtes qu'un enfer rougeoyant. C'est merveilleux: vous ne pensez plus à rien.
Il se révèle assez doué. Il a du souffle, de la patience, ce brin de résignation indispensable aux grandes entreprises. Une fois le train convenable adopté, il trottine, coudes au corps, expiration rythmée par brèves sifflantes soigneusement rangées par groupes de trois (inspiration toujours par le nez), secoué en cadence comme un sac de noix par le travail de bielles de ses maigres mollets. L'air béat, il avance, dérisoire et sublime, regardant défiler le paysage.
Indispensable. Comment, sans cela, rapporter à la maison ces plâtres décoratifs, où votre pire ennemi ne saurait refuser d'apposer son autographe?
Il s'agit de la cueillette du gui, bien sûr, qui enjolivait autrefois nos manuels d'histoire, d'où sa reproduction édifiante et plastique a malheureusement disparu. Elle permettait du moins aux jeunes citadins de faire la connaissance de leur première faucille, qu'ils devaient rarement retrouver par la suite, comme le gui d'ailleurs, pour ne rien dire des druides. Seul le plus cocu d'entre eux avait le droit de grimper à l'arbre, et d'en tomber.
Le cocu est bricoleur de naissance, ce qui le mène souvent à la mort.
Voir ci-dessus.
De tous temps, il y eut de grandes affinités entre eux. Voilà pourquoi la plupart des récits maritimes adoptent volontiers le ton du lyrisme, du mélodrame, de l'épopée. C'est qu'on s'empresse d'en pleurer, pour n'avoir pas le front d'en rire.
Les premiers cocus habitèrent dans des cavernes, où l'on retrouve la marque de leur passage: gravures de rennes, élans, bisons, rhinocéros... Ils se couvraient de peaux de bêtes et possédaient des outils rudimentaires. Le langage en était à ses premiers balbutiements. Ils n'utilisèrent d'abord que deux sons (gutturaux): kho [papa], khu [maman]. Par la suite, le langage se diversifia, s'enrichit. Il put évoquer une infinité de concepts.
On le rencontre de nos jours encore. Prognate, l'arcade sourcilière importante, le front bas, les jambes en flexion, les mains arrivant au-dessous des genoux lorsque les bras pendent le long du corps, il présente un visage hirsute et s'exprime par monosyllabes. Son système pileux est très développé. On n'en peut dire autant du cerveau. Il a toutefois retenu la leçon des ancêtres: kho [papa], khu [maman].
Sans être une panacée, l'alcool peut aider le cocu, non pas à vivre, mais à encaisser les coups du sort. Utilisé avec modération, il vaut tous les calmants et neuroleptiques. Un bon cognac console aussi bien que le meilleur des amis, et il ne raconte pas d'histoires. Si le choc est rude, un Fernet-Branca remet d'aplomb. Le gin, employé judicieusement, entretient un appréciable état d'euphorie. La vodka réchauffe autant, sinon plus, qu'une chaleureuse présence. La tequila convient aux désillusions pittoresques. Mais si l'on est marqué de façon plus visible (cocards, bosses, hématomes), un seul remède: le contre coups de l'abbé Perdrigeon.
Elle est très contestable. Les astrologues, d'ordinaire, ne brillent ni par leur clarté, ni par leur précision. Champions de l'équivoque et du pataquès, ils seraient incapables d'établir un bon horaire des trains. Par quel miracle avertiraient-ils à temps un cocu en puissance? Outre que cette rubrique précise fait cruellement défaut dans l'arsenal de leurs vaticinations. La seul façon de lire les horoscopes avec fruit, c'est lorsqu'ils sont périmés: confrontant prévisions et réalité, on peut ainsi compter le nombre d'erreurs qu'ils ont propagées avec aplomb.
Il lance des traits acérés, qui lui reviennent comme autant de boomerangs.
Le cocu Lion Poussant des rugissements effroyables, il se terrorise lui-même.
Le cocu Verseau Vivait au bord des fontaines. Détrôné par le robinet.
Le cocu Taureau II fonce dans le brouillard. Et, curieusement, pâlit à la lumière.
Le cocu Scorpion Tout le monde sait qu'il se pique en premier (ou d'être le premier). Volontiers rédac.
Le cocu Vierge Ça lui passera.
Le cocu Poissons Quand il n'est pas frais, mieux vaut se rabattre sur le surgelé.
Le cocu Gémeaux À lui seul son propre auditoire.
Le cocu Balance Une vraie tare.
Le cocu Cancer Finit vieux crabe.
Le cocu Bélier Enfonce des portes ouvertes.
Le cocu Capricorne Sans commentaire.
Métaphore Les cocus sont comme les dominos: la chute d'un seul entraîne celle de tous les autres.
On n'est jamais si bien cocu que par soi-même.
Nous avons vu qu'il fallait savoir se résigner au cocuage, que c'était un mal nécessaire, qu'on devait prendre les choses avec indulgence, voire allégresse. Attention tout de même! Il ne faudrait pas que la tolérance passe pour de la faiblesse. Cocus, certes, mais pas dupes. Demeurons vigilants.
Il est perché de préférence sur un gros cube. Sa tenue de cuir lui donne l'air impressionnant d'un combattant de la guerre des étoiles. Compromis de Musclor, Rambo et Goldorak, il dégage une impression d'invulnérabilité. Il fonce dans le décor avec la détermination, la précision d'un rayon laser. Il ne jure qu'huile multigrade, compression, décalcomanies. Derrière son casque à la visière opaque, son visage demeure impénétrable, invisible. Ça vaut peut-être mieux pour tout le monde.
Rien n'est trop beau ni trop grand pour lui. Quand d'autres portent leur croix, il la brandit. S'il le peut, il la plante en terre et l'arrose pour qu'elle pousse.
Oui oui oui Je hurle dans la nuit-i-i Oui oui oui Les loups maudits m'ont répondi-i-i bouge pas on arrive on est à la dérive Le sang va couler-é-é-é jusque sur mes souyiers-é-é-é Flic et flac dans les flaques c'est l'horreur en vrac C'est l'horreur c'est la peur le flash de dix heures Salut les mecs comptez vos os-o-o-o vot' gueule est bonn' pour le zoo-o-o-o Je vous aurais prév'nus si qu'j'aurais réfléchu mais je ne l'ai pas pu-u-u et on est tous cocu-u-u-u Zlam zlim bam Ouais
Pédagogie Il arrive au cocu d'enseigner, plus pour demeurer dans le monde préservé du système scolaire que par réelle vocation (les enseignants se plaignent toujours d'avoir à enseigner). Ça lui permet aussi de faire suer des générations d'élèves, prenant ainsi une revanche sur son propre temps de galère. Voilà pourquoi les réformes sont régulièrement en retard de plusieurs guerres: on a beau les promulguer, ceux qui se trouvent chargés de les appliquer ne voient pas pourquoi ils feraient subir autre chose que ce qu'ils ont subi et qui, par voie de rétorsion, leur semble parfait en l'état. Si on leur change leur gourdin, ils ont l'impression qu'on les frustre de leur vengeance. Les enseignants sont les rois de la création. Sabrant dans les copies, vitupérant l'ignorance des autres du haut de la leur, faisant pleuvoir des déluges de 0, ils s'accordent mentalement le 20 qu'ils n'ont jamais pu obtenir.
Il est la consolation de ceux qui sont restés sur terre. N'avez-vous jamais songé, du fond de votre médiocrité, que, pendant que vous vous échiniez dans cette vallée de larmes, il y avait des cocus qui tournaient là-haut, satellisés, et que ça ne servait pas à grand-chose?
Le simple terme de recherche indique bien qu'on n'a pas trouvé.
Jamais, au grand jamais. La terre serait couverte de manchots, si tous les cocus se mettaient à baisser les bras. Et que deviendrait l'agriculture, qui passe pour en manquer singulièrement?
Naturellement!
L'avoir supprimé est une fatale erreur: outre qu'il favorisait la rencontre des classes sociales, c'était une école du citoyen. Nous avons sans cesse milité pour lui: pendant que les recrues en chiaient sous la férule de nos meilleurs adjudants, au moins n'étaient-elles pas au bistrot pour finir sur un bord d'autoroute. Vous me direz qu'autrement, elles achevaient leur existence à la guerre, et que ce n'était pas mieux pour les autres (les civils ont toujours morflé à la place des militaires). D'accord! Pourquoi alors dilapider les deniers publics dans des campagnes anti-alcooliques qui n'impressionnent que les pochetrons qui nous gouvernent?
Autant qu'il y a de monuments aux morts.
On parle toujours de la tombe du soldat inconnu. Voilà un bien cruel pléonasme! A-t-on déjà entendu parler d'une tombe du soldat connu? Si ce pauvre bougre avait été connu, il n'aurait pas été soldat.
Ils sont indissociables. Le cocu achète de coûteuses voitures pour les mettre en réparation dans des garages. Là, si on n'est pas toujours outillé pour s'occuper des voitures, on l'est parfaitement pour s'occuper du cocu.
Difficile d'en juger: il nous parvient rarement entier. Il manque un bras par ci, une jambe par là, quand ce n'est pas la tête. Un jugement hâtif ferait passer les sculpteurs d'alors pour particulièrement négligents. Le cocu statufié se livre souvent à des activités aussi étonnantes que mystérieuses: quand il n'essaie pas de se dépêtrer des anneaux d'un interminable reptile qu'il a imprudemment laissé s'enrouler autour de lui, il tente de décoincer sa main d'une souche d'arbre où il est allé la fourrer on se demande pourquoi, ou bien il s'efforce d'arracher de son corps une tunique qu'il lui suffisait de ne pas endosser. On en retire l'impression que le cocu antique possédait une sorte de don pour se coller dans des situations inextricables, et que les ciseleurs du temps ne rataient pas une occasion d'épingler ses bévues. Quand l'Histoire ne nous a légué qu'un tronc, son étude devient des plus aléatoires. Les torses d'hommes posent un curieux dilemme. À condition qu'ils descendent assez bas, on se demande comment il peut s'agir de cocus, car un examen même superficiel permet de constater qu'ils ne manquaient pas d'arguments.
Certes. Ce n'est pas pour ça qu'il est cocu. Je ne voudrais froisser personne, mais les pédérastes ne nous font actuellement point défaut. Ce n'est pas pour ça qu'ils ne sont pas cocus.
Pince-mi et Pince-moi vont en bateau. Pince-mi tombe à l'eau. Qui est-ce qui reste? Réfléchissez avant de répondre.
Être cocu passe encore. Se voir contraint de le proclamer (fatalitas!) sur ses papiers d'identité et ses cartes de visite par la simple retranscription de son nom de famille, ça me paraît très dur. Je garantis tout ce qui suit pour strictement authentique, sans quoi cela n'aurait aucun intérêt. Chacun pourra d'ailleurs vérifier en feuilletant, comme j'ai fait, le premier Bottin venu. On tombe alors sur des collections de Cocu, Cocuau, Cocud, Cocude, Cocut. Plus mignon et gentiment persifleur: Cocuelle, Cocuet, Cocula. Calamiteux: Cocurat. Avec une pointe d'ail: Cocusse. On a droit au passage à une version transalpine: Cocuzzi. Pour finir dans le genre sérieux, style humaniste de la Renaissance: Coqus. On pourrait croire avoir atteint le fond de la disgrâce. Lourde erreur! Quelques pages plus loin, on se heurte à des Conard (mais aussi Conart, Connault, Conneau), Conas, Conchonnet. En plus attendrissant: Conchou (ou Conchoux), Condou, Conne. Scatologique: Conchy. Blasphématoire: Concedieu. Athlétique: Confort. Pléthorique: Congras. Pharmaceutique: Condom. Accablant: Conne. Inattendu: Conquaret. Légitimiste: Conroi. Nuancé: Conroux. Enfin, celui qui les résume tous, claquant comme un défi: Cons. Moralité: on trouve toujours plus cocu que soi.
Tiré à quatre épingles, abondamment ou discrètement décoré, il est entouré d'une cour frétillante de porte-coton et lécheurs de bottines. Il fait des discours, tonitrue dans des micros, serre des mains, paraphe des registres, signe des accords, des conventions. Il ne se déplace qu'en limousine précédée de motards, sirènes hurlantes. On ne peut l'ignorer. S'il y a un podium, il trône au milieu, à l'endroit le plus élevé. S'il y a un siège d'honneur, il l'occupe d'un derrière mansuet. S'il y a une phrase définitive à prononcer, il lui suffit d'ouvrir le bec. Chacun s'incline devant lui, reconnaît sa puissance, sa supériorité. Normal: c'est le super-cocu.
Les cocus adorent les rubans et les titres honorifiques. Ils se battraient pour en obtenir. C'est d'ailleurs ce qu'ils font, avec une rage, une ingénuité qui vous tireraient des larmes. Tout leur est bon: flagornerie, délation, calomnie, médisance, crocs-en-jambe, peaux de bananes. Les trésors d'ingéniosité qu'ils déploient alimenteraient le concours Lépine pour trois siècles. Tout ceci est très étonnant car, en public, ils se targuent de mépriser les honneurs. Sans doute veulent-ils faire croire que leurs mérites sont si écrasants, qu'on leur inflige des médailles malgré eux et presque à leur insu. Heureusement, s'il leur arrive, par ostentation, de ne point les porter, ils n'omettent pas de les faire figurer sur leur carte de visite et leur faire-part de décès. Voici, il faut en convenir, un fabuleux brevet pour l'au-delà!
De temps en temps, les cocus organisent des célébrations mystiques sous des prétextes divers et fallacieux. Animal grégaire, le cocu aime à se réunir. De préférence loin de chez lui, où on le connaît trop. Là, il s'ébat, se défoule, se déchaîne, se congratule, s'applaudit, s'empiffre, s'envoie en l'air. Ce qui a pour effet immédiat -- et souvent unique -- de fabriquer quelques cocus de plus.
Le cocu est friand de fêtes, où il court s'étourdir. Frites, gaufres, barbe à papa, cochons de pain d'épice, chenilles, manèges, montagnes russes, autos tamponneuses, voyantes extralucides, pêches miraculeuses, tunnels de l'angoisse, sont faits pour lui. Dans un coin de sa tête, il tire à la carabine sur ses ennemis intimes et les écrabouille d'un coup de masse sur le champignon qui fait bondir le poids (qu'il a sur le coeur) jusqu'en haut de la colonne où résonne la cloche. De retour chez lui, fourbu, crotté, poussiéreux, il s'écroule sur son lit où il s'endort instantanément, rêvant qu'on lui pèse son propre poids en or et en diamants. Cocu-color L'analyse chimique à domicile gagne du terrain. Elle entre de plus en plus dans les moeurs. On achète une petite boîte en pharmacie et, crac, on joue chez soi à découvrir des tas de choses, sans perdre son temps (ni son argent) dans des laboratoires. Je signale gracieusement aux chercheurs un créneau encore inexploré, qui rapporterait des fortunes: Cocu-Color. L'emballage, de dimensions modestes, contiendrait: une "boule magique" de la taille d'un petit pois, un tube rempli d'un réactif liquide. Vous roulez la boule deux minutes entre le pouce et l'index. Vous la plongez dans le tube préalablement descellé. La couleur du liquide ne change pas: vous n'êtes pas cocu. La couleur change: vous l'êtes!
Toucher les cornes d'un cocu rend courageux. Si le cocu est bossu, toucher sa bosse porte chance. Toucher à la fois sa bosse et ses cornes: on risque de récolter un coup de pied dans les fesses. Si on croise un cocu dans un cimetière, c'est l'annonce d'une nouvelle importante. Si on en croise deux, c'est de l'argent pour un mois. Si on en croise trois ou plus, il est temps de se poser des questions. La cendre du cigare fumé par un cocu rend stérile. Le siège où il s'est assis, placé sous la suspension, permet d'atteindre une lampe à changer. Si l'on coupe trois fois de suite la parole à un cocu, il peut devenir bègue. Si c'est lui qui vous coupe la parole, n'hésitez pas: cognez.
Joe est recherché pour un meurtre qu'il n'a pas commis. Il fuit vers Cracksands, mais s'enlise dans les sables mouvants. Pour le sauver, Dave y perd la vie. Joe a juré à Dave de s'occuper de la soeur de celui-ci, Betty, tombée dans les griffes de Warren, tenancier de beuglant à Cracksands. Parvenu dans cette ville, croyant abattre Warren, Joe trucide Jerry, son lieutenant. Warren est sur ses gardes. Betty, hélas, aime Warren. Joe ne parvient pas à lui faire entendre raison. Il trouve de l'aide auprès de Lucy, délaissée par Warren et qui cherche à se venger. Joe croit aimer Lucy, alors que sans le savoir il est épris de Betty. Il fait la connaissance de Sam, joueur de poker professionnel, qu'il arrive à battre aux cartes. Ils deviennent amis. Le shériff Smithers reçoit un avis de recherche concernant Sam. II part l'arrêter, mais se fait massacrer par des Indiens qui attaquent Cracksands. Ils kidnappent Mary, la femme du shériff, en croyant enlever Betty. Sam, chevalier servant de Mary, court à sa recherche. Dans la montagne, il tombe au fond d'un ravin. Les Indiens viennent rendre Mary. Ils se font décimer par le 8e de Cavalerie qui passait par là. Warren et Joe s'affrontent au colt dans la rue principale. Au moment où Joe va tuer Warren, Betty s'interpose. C'est elle qui est tuée. Lucy vole vers son amant retrouvé, mais Joe abat celui-ci. Lucy le descend avec le revolver de Warren et pleure sur tout le générique de fin. Vous pouvez vous vanter d'avoir lu un scénario qui, s'il n'est pas d'une folle originalité, contient au minimum un cocu par ligne.
Mesure-t-on toujours les pernicieuses retombées d'une expression comme: "c'est un drame cornélien"?
Extrêmement sensibles. Aussitôt qu'elles en ont reniflé un, elles ne marchent plus.
Il parcourt le monde pour faire de nouveaux adeptes. Sa foi est totale, son ardeur invincible. Pour commencer, il prêche d'exemple. S'il n'emporte pas l'adhésion, il ramène des souvenirs.
Je n'ai qu'un seul argument, mais de taille: le mauvais goût ne supporte pas la médiocrité.
Combien de cocus dorment au fond de ce lac? Combien le sillonnent encore, qui reviennent bredouilles? Combien le contemplent sans sortir de leurs songes? Combien vivent paisiblement sur ses bords? Est-ce une voix, ou la brise du soir, qui me souffle: 436 592.
Imperturbablement.
Chaque année, à date fixe, la Grande-Bretagne tout entière se pose la même question: qui va être cocu? Croyez-moi ou pas, la fleur de deux universités réputées, Oxford et Cambridge, après avoir beaucoup ramé, lui fournit la réponse!
Quand on n'a ni le temps, ni l'étoffe pour produire une oeuvre, on écrit des ouvrages.
... mais je ne sais si je dois attribuer au petit pan de mur jaune, que je voyais flotter au-dessus du pianola où Albertine me présentait l'arc bombé de ses joues et la forte cambrure de son cou, ce goût indéfinissable que m'avait laissé la madeleine coupant le faisceau de la lanterne magique et projetant, en ombre chinoise, sur le bouton de la porte, non plus la silhouette altière d'un chevalier du moyen âge, mais le profil poupin du baron de Charlus, ultime avatar de la dynastie Guermantes que l'impalpable et fuyant camée ainsi produit achevait, non pas en gloire allégorique, mais en caricature, ce que Swann aurait nommé une «horreur de la nature» s'il s'était agi d'un autre, et qui aurait suscité, dans le salon Villeparisis ou Cambremer, des discussions aussi passionnées que résolument stériles puisque, sans le savoir, chacun se trouvait être le Charlus d'un autre, tant il est vrai que ce qui fait le plus défaut à ce monde frondeur, critique et médisant, c'est la lucidité, et que lorsqu'on n'est point né, que l'on n'a pas de famille à défendre, on attaque volontiers celle des autres où l'on n'aurait guère pu figurer qu'en arrière-plan ancillaire, à titre de valet, de chambrière ou de chauffeur, encore que souvent les domestiques défendent leur "maison", n'ayant par ailleurs pour refuge aucun titre ou qualité -- avec plus d'âpreté que ses authentiques rejetons, dont le chic ultime consiste à paraître ignorer -- ou négliger -- ce dont un autre tirerait gloire ou vanité, se trouvant moins bien loti ; non qu'il s'agisse d'ingratitude, mais parce que c'est pour eux une façon, qu'ils jugent élégante, de se débarrasser à la fois d'une renommée trop lourde, et de rendre plus légère aux autres une inégalité qu'ils n'ont ni souhaitée, ni recherchée, bien qu'elle puisse à l'occasion leur être d'un précieux secours,-- qu'ils ne se font pas faute d'utiliser, et dont ils s'excusent comme à l'avance...
Plat et pincé tant qu'il reste confiné, il se gonfle et s'étale dès qu'il est à l'air libre.
Dans la pharmacopée occidentale, cocu se dit: placebo.
N'oublions pas non plus les analgésiques, qui vous détraquent l'estomac. Les antigastralgiques, qui vous délabrent le foie. Les anti-hépatalgiques, qui vous démantèlent l'intestin. Les anti-colitiques, qui vous bousillent les reins. Les anticorps, qui se bouffent entre eux et vous grignotent par la même occasion.
Cocu et diagnostic ont parfois le même sens. Il arrive alors qu'on meure d'un épanchement de synonyme.
Quelques patients, entrés pour une appendicectomie, ressortent avec une jambe en moins. Ou retrouvent, à la place du dé à coudre qu'ils ont malencontreusement avalé, les pinces du chirurgien. Il ne s'agit pas là d'erreurs de la science, mais de petites distractions imputables à la faillibilité humaine.
Il vous est sûrement arrivé d'avoir à rapporter chez le marchand un moulin à café qui ne fonctionne pas, un livre où une page sur deux n'est pas imprimée, un calendrier électronique qui retarde de deux jours par vingt-quatre heures. Immanquablement, on vous répond sur un ton soupçonneux: «C'est étrange, vous êtes la première personne à qui ça arrive!» Vous vous mettez à penser, et le dites parfois: «Comme par hasard, il a fallu que ça tombe sur moi!» Déplaisant, n'est-ce pas? Vous avez soudain l'impression d'être le seul cocu sur terre. Inversement, il peut advenir -- quand vous n'avez perçu que la moitié de votre salaire habituel, par exemple -- qu'on vous rétorque: «Consolez-vous, vous n'êtes pas le seul!» Eh bien là, curieusement, vous ne vous sentez pas consolé du tout.
Autrefois, lorsqu'un organisme, officiel ou pas, commettait une erreur à votre encontre, on commençait, certes, comme à présent, par suspecter votre parole: c'est vous qui vous trompez, voilà tout, et vous êtes bien impudent de venir affirmer le contraire à des gens qui ont l'habitude (ou, pire, vous essayez de tricher!). Mais, à force d'obstination, si vous parveniez à prouver le bien fondé de votre requête, on finissait par trouver un coupable, vous rétablir dans votre bon droit et, les jours fastes, vous présenter des excuses. Maintenant, on vous dit: «C'est l'ordinateur!» Ceci explique tout, justifie tout, coupe court à toute discussion. Vous n'allez pas prétendre avoir raison sur un ordinateur? vous colleter avec lui? De toute façon, c'est comme ça. C'est l'ordinateur, point final. Il n'y a rien à faire. Vous n'aviez qu'à entrer dans ses bonnes grâces. Pour le reste, on s'en lave les mains. L'ordinateur a libéré le gestionnaire de tout sentiment de culpabilité.
Je tremble en pensant au jour où les services des réclamations seront tenus par les seuls ordinateurs.
Ce type de bâtiment a fait d'énormes progrès en autonomie depuis le moteur atomique. Il est à présent capable de rester de longs mois en opérations, même immergé. Même sous les glaces du Pôle. Avec tout son équipage. Bon débarras!
L'espionnage, avec la prostitution, est le plus vieux métier du monde. Ses techniques ont évolué, mais celles de la prostitution aussi. Son but demeure le même. On peut en dire autant de celui de la... etc. L'ennui, avec les parallèles, c'est qu'ils n'arrêtent pas de se rencontrer.
S'ils l'étaient tant que ça, on n'en aurait jamais entendu parler.
Les guides touristiques s'apparentent davantage à la poésie lyrique qu'à un honnête constat de la réalité. Que ferions-nous, sans cela, de nos vacances?
Sortes de ligues de cocus dénonçant l'un après l'autre les vices de la société capitaliste qui, à peine amendés, réapparaissent sous d'autres formes. Proprement scandaleux. Dieu merci, on trouve des paradis consuméristes. La preuve: existe-t-il des associations de consommateurs dans les dictatures?
Admettons que les autres puissent avoir raison, ou soient différents. Cela fait, hâtons-nous de les exterminer, pour leur apprendre à vivre.
Le vieux Will était un grand poète. Nul n'en disconviendra. La fameuse réplique «Mon royaume pour un cheval» a survolé les siècles. Elle est encore dans toutes le mémoires. N'empêche que le vieux Will est un farceur. Je connais des masses de culs-terreux, de cochers et même de jockeys, prêts à beugler si l'occasion s'en présente: «Mon cheval pour un royaume!». Pas vous?
II suffit de mettre la main (encore possible) sur un enregistrement de Ondine, du pauvre Giraudoux. En compagnie de Madeleine Ozeray, Jouvet patauge dans un infâme brouet de trémolos insipides. Ce n'est plus ondine, c'est on soupe.
Ce qui fait l'intérêt du zoo, c'est sa diversité. On y peut admirer toutes les bêtes de la création. Ces dernières, en revanche, ne voient défiler devant leurs grilles que le même flot de spécimens d'une consternante monotonie. C'est pourquoi elles ont l'air si tristes.
Elle développe de nombreuses qualités physiques et intellectuelles, et peut avantageusement remplacer les agrès ou le jeu d'échecs. Lire un plan de lignes de bus (et le comprendre) relève déjà d'un exploit comparable au décryptage de la Théorie de la Relativité restreinte. Trouver sur le terrain le véhicule correspondant, au miracle de l'aiguille dans la botte de foin. Encore faut-il qu'il ne soit pas complet, ou près de l'être, auquel cas vous aurez l'occasion d'éprouver la résistance d'un certain nombre de muscles et d'os, dont vous ne soupçonniez pas l'existence,-- ou déjà en partance avec les portes en train de se refermer, ce qui vous permettra de contrôler votre temps au 200m (ou au 1500m, jusqu'à la station suivante). Une fois embarqué, et votre ticket payé si possible, il faudra songer à redescendre. Ce n'est pas toujours évident. Si vous ne connaissez pas la ligne, renoncez à entendre le nom de votre arrêt, que le conducteur est supposé annoncer: le plus souvent il ne prend pas cette peine ou, si cela lui arrive, vous aurez droit à «Hilavère» pour «Filles du Calvaire». Renoncez aussi à lire la plaque indicatrice sur l'abribus de destination: le véhicule s'arrête rarement devant, ou elle fait défaut, ou elle disparaît sous des graffiti divers, ou, le plus souvent, la densité des voyageurs est telle que vous ne reconnaîtriez pas votre propre mère sur le trottoir. Descendez au hasard, il fait parfois bien les choses. Vous pouvez aussi essayer de compter les stations, mais cette entreprise est des plus aléatoires. Les jours de grande presse et de circulation intense (souvent ils ne font qu'un et, tout ausi souvent, il semble qu'il y en ait un par jour), je vous défie de distinguer un arrêt véritable, d'une halte à un feu rouge, d'une immobilisation dans un bouchon, d'un coup de frein en catastrophe pour éviter une collision. Si au contraire vous connaissez la ligne, pourquoi donc vous obstiner à l'emprunter?
Caligula avait fait son cheval consul. Ça prouve peut-être que Caligula était fou, mais alors que dire du cheval!
Le quotient intellectuel a été inventé par les imbéciles pour disqualifier à coup sûr les esprits sortant de l'ordinaire.
J'adore m'installer à la terrasse d'un café pour voir confortablement défiler une foule de cocus. La télé produit le même effet. Simplement, la vitrine est plus petite.
Ou: comment faire d'un étron une étoile.
Mais plus souvent: bornée.
Jouvet a passé sa vie à décréter qu'un acteur n'a pas besoin d'être intelligent. Et à illustrer ce principe.
Les inaugurations diverses sont de redoutables pièges à cocus. Ciseaux qu'on ne retrouve pas au moment de couper le ruban. Rubans qui refusent de se laisser couper lorsqu'on a pu mettre la main sur les ciseaux. Feuillets du discours qui s'envolent au vent, abandonnant lâchement l'orateur aux seules ressources de son imagination, laquelle a déjà refusé d'écrire le discours composé par un autre. Bouteille de champagne n'acceptant pas de se briser sur la coque du navire en instance de lancement. Navire qui coule à pic une fois lancé. Voile de plaque commémorative ne consentant pas à se décrocher, même quand on se met à quatre pour tirer sur le cordon. Plaque commémorative qui se décroche avec le voile. Micros qui ne marchent pas. Pluie intempestive transformant la plus grave cérémonie en film des Marx Brothers... On se demande comment, avec tous les fléaux connus et repérés qui s'abattent sur elles depuis des siècles, on a encore l'inconscience et le courage de programmer des inaugurations.
Et commençons par, je ne dirai pas prendre bien soin de ne jamais laisser traîner le râteau, mais par ne pas même en acheter un. Tout le monde sait parfaitement qu'un râteau sert rarement à ratisser. Tout le monde sait parfaitement comment ça finit avec les râteaux.
À voir la somptueuse reproduction en quadrichromie qui se pavane sur le sachet, révélant dans un fantastique éclair de prémonition sa destination future, et les quelques minuscules horreurs ratatinées qui glinglottent à l'intérieur et que vous avez payées la peau des fesses, je me pénètre chaque jour davantage de la poignante énigme des puissances ésotériques de la terre.
Plus les populations sont analphabètes, plus elles ont tendance à écrire sur les murs.
Inoubliable à l'arraché. Grandiose à l'épaulé-jeté. On croit qu'il va soulever des montagnes. Jusqu'au moment où la montagne lui dégringole sur les doigts de pied. Le cocu haltérophile n'est impressionnant que lorsqu'il se contente de déambuler dans son maillot à bretelles, talqué partout comme une gaufre.
Il est tout de même curieux que ce soit le premier au classement général du Tour de France qui se retrouve affublé d'un maillot jaune.
La seule consolation qu'on peut éprouver en passant de vie à trépas, est de laisser derrière soi un testament si embrouillé et si discutable, qu'il empoisonnera sans coup férir des générations d'héritiers.
Tout le monde ne peut rendre le dernier soupir sur le feu d'artifice d'une formule inspirée comme le "plus de lumière" de Goethe, le cure-dent de Jarry, ou la leçon de grammaire de Vaugelas. Outre que, depuis le temps, la plupart des meilleures répliques sont prises. Je suggère de bredouiller un quelconque galimatias d'un ton sentencieux en laissant aux survivants le tracas d'en débrouiller le sens, mais surtout d'en trouver un ; ou de tirer la langue en produisant un bruit malséant. Je n'ose conseiller le bras d'honneur qui, pour être assené avec efficacité, réclame un minimum de forces.
Une autre intense satisfaction est de partir avec la perspective d'impressionnantes obsèques. Une cérémonie interminable et pompeuse qui mettra les nerfs de l'assistance à rude épreuve, où nos ennemis les plus implacables seront contraints d'entendre notre panégyrique sans protester, où tout le monde sans distinction devra avaler, devant la dépouille d'un gredin notoire, l'inévitable leçon de morale dévidée en ces circonstances pour l'édification des rescapés temporaires, et subir avec résignation, outre les gargouillis d'un orgue emphysémateux, les bêlements pathétiques et pasteurisés de la contralto de service.
Persister à enquiquiner le contemporain par-delà la mort, constitue aussi un régal suave. On choisira de préférence un endroit reculé, introuvable, dans un cimetière d'accès peu facile. Une tombe est l'instrument rêvé pour casser les pieds de ceux qui restent. Ils devront la fleurir, l'entretenir, s'y recueillir avec des mines édifiantes qui leur colleront des crampes dans les zygomatiques et le gras du mollet. Ils ne feront pas tout ça pour vous, mais pour les autres, dont l'opinion leur importe tant. Ça ne fait rien, le résultat est le même. Et s'ils se déchargeaient sur des mercenaires pour honorer et astiquer votre bout de marbre, ce sera peut-être encore pire, car ils devront les payer! S'ils ne faisaient rien de tout cela, songez aux remords qui ne manqueront pas de les ronger. S'ils n'en éprouvent aucun, rappelez-vous que vous avez agi de même en votre temps. Et que, mon dieu, ça ne vous a pas très bien réussi.
Le seul intérêt de sombrer dans la sénilité est de finir en vieillard indigne.
Sortes de compagnies d'emballage de cocus. Leurs tarifs leur permettent d'emballer aussi les vivants.
Ce sont de bons bougres. Impassibles par profession, ils rient au dedans d'eux-mêmes. Peut-être les recrute-t-on uniquement parmi les philosophes. Ce qui expliquerait pourquoi ces derniers ont apparemment disparu du paysage social. (Je n'ose évoquer les nouveaux philosophes, par respect pour la philosophie.) Le croque-mort représente le lampiste du commerce de la mort (avec le cadavre). On le trouve en général sympathique. On ne s'offusquerait pas de le voir saucissonner dans un coin de cimetière. Il est chez lui. Au fond de chaque cocu, il y a un croque-mort qui sommeille.
En proclamant qu'on l'est. Je n'aperçois point d'autre voie. Facultativement, on peut produire des ouvrages incompréhensibles dont l'importance ne s'exprime qu'en kilos. Mais ce n'est pas indispensable. La renommée du philosophe lui vient du bruit qu'il fait autour de lui-même. Ce qui est très étrange, c'est que, personne n'étant pénétré de l'utilité des philosophes, on les traite avec considération. Nul n'a jamais lu, évidemment, aucun de leurs écrits. On se contente de répéter ce que tout le monde en dit. Ce qui prouve bien, comme je l'avance en plusieurs endroits dans cette étude, que le principal responsable de notre condition de cocu, c'est nous-même ("éautonticocuménos").
Assertion des plus gratuites (à l'inverse des clichés, qui ne le sont pas), dont on attend vainement la confirmation dans les faits. Si on est moche, la photographie le constate bêtement. Si on est beau, elle le dit platement. Les meilleures pommes sont toujours signées Chardin.
On me parle d'un écho particulièrement redoutable qui, avant même qu'un cocu ait pu ouvrir la bouche, lui a déjà répondu de façon malsonnante.
Variété particulière de cocu qui, à bord d'engins roulants ou volants de toutes sortes, s'écrabouille avant que les futurs usagers n'aient pu en faire autant.
II saute par la fenêtre pour aller ouvrir la porte de l'immeuble à la dame sur le trottoir, oubliant qu'il est au treizième, et que ça ne lui portera pas chance.
Irréfutable preuve que, contrairement à ce qu'on croit, il y a un monde entre les lois du hasard et celles des séries: le monde de la loterie.
Une des nombreuses occasions où le cocu a la possibilité de payer pour constater qu'il est cocu. Si possible, ne pas se contenter d'une seule: il vaut mieux vérifier plusieurs fois.
Le mobilier actuel n'est guère favorable aux amants. Plus d'armoires dans lesquelles se cacher. Plus de lits sous lesquels se glisser. Il y aurait bien le balcon, mais il disparaît de plus en plus. II ne reste que la corniche. Pour un cornichon.
II se méfie de tout. Il voit le mal partout. Suspecte tout. Vérifie tout. Cherche des preuves. Et il en trouve. Le voilà bien avancé!
Et, naturellement, le siège s'effondrera sous lui. On dira à Cinna (après coup): «Tu as pris juste celui qu'il ne fallait pas!» Que fait donc là cet accessoire, sur lequel on ne peut poser ses fesses? Il y a ainsi, dans chaque maison, un siège qui attend son Cinna.
Idée fausse. Il existe des cocus jongleurs, équilibristes, prestidigitateurs, concertistes, tireurs d'élite (se méfier de ceux-là). Certes, il en est à qui on ne peut confier une pile d'assiettes, un marteau, une échelle. Il n'en faut pas tirer de conclusions hâtives. Même le cocu le plus maladroit est capable de vous ajuster un direct à la mâchoire.
Si vous ne voulez pas glisser sur le trottoir, prenez soin de marcher derrière un cocu. Jamais devant. Ou vous devenez le cocu du cocu.
Il a planqué des micros partout, il s'est fait mettre sur table d'écoute, il relève des empreintes, file ou fait filer son épouse. Il connaît son emploi du temps minute par minute, les lieux où elle se rend, les gens qu'elle voit. Il développe en cachette des tonnes de photos dans la cave, se ruine en matériel sophistiqué, programme ses fiches sur ordinateur, recoupe ses dossiers. Rien, toujours rien. Ce n'est pas possible! Il recommence, reprend tout à zéro. Enfin, la mort dans l'âme, il doit se rendre à l'évidence: il n'est pas cocu. D'où vient donc cet étrange sentiment de frustration? Alors, un doute affreux s'insinue en lui: et si sa femme était celle d'un autre?...
L'élastique, dit aussi "bracelet caoutchouc", est de nature démoniaque. Conçu pour s'étirer, il ne rêve que d'une chose: reprendre sa forme primitive. Tous les traitements que vous lui infligerez ne pourront le faire changer d'avis. C'est pourquoi son utilité s'avère des plus discutables. À part vous claquer dans les doigts, ou même sur les doigts, il ne coopérera guère avec vous. Le cocu et l'élastique ont une longue tradition de rapports difficiles, orageux, que nous ne pouvions passer sous silence.
Avant tout, il faut un cric. La plupart du temps, on ne l'a pas, ce qui résout la question tout de suite. Assez souvent, il vaudrait mieux en rester là. Mais enfin, au cas où vous auriez le cric, vous devrez trouver la manivelle, sans laquelle le cric vous sera aussi utile qu'un camembert musical. Trouver la manivelle n'a rien d'évident. Tous ceux qui en ont cherché une me comprendront. Pour les autres, rien ne remplacera l'expérience personnelle qu'ils en auront, le moment venu. Une fois la manivelle dégotée, il faudra qu'elle consente à s'insérer dans le cric. En général, ces deux accessoires donnent rarement l'impression d'avoir été conçus l'un pour l'autre. Ils semblent refuser avec la dernière énergie l'accouplement monstrueux qu'on prétend leur imposer. Si par extraordinaire on y parvient, il faut savoir qu'on aura ensuite le plus grand mal à les séparer et qu'il ne suffira pas d'utiliser un seau d'eau, comme on fait pour les chiens lubriques qui n'arrivent pas à se décoincer. S'assurer à l'avance que le coffre de la voiture, ou même la voiture, sont assez vastes pour accueillir ces deux objets primitivement distincts. Supposons toutefois le cric entièrement monté, avec sa manivelle, et acceptant de fonctionner, car d'ordinaire il s'y refuse, étant resté trop longtemps en position pliée (ou dépliée). On doit l'insérer à l'endroit voulu sous le longeron du véhicule. Allez donc savoir où! Reptation obligatoire et torticolis assuré. Tout cela est expliqué plus ou moins clairement sur le manuel d'entretien, mais où est passé cet intéressant opuscule la dernière fois qu'on a cru l'apercevoir? Attention, n'oubliez pas de desserrer légèrement les boulons de la roue avant d'installer le cric, ou il vous faudra tout recommencer! Si vous les desserrez trop, vous recevrez la roue sur les genoux, et encore heureux si ce n'est pas la voiture. Avez-vous songé à mettre d'abord le frein de stationnement? À vérifier que le terrain n'est pas en pente? À caler, avec une pierre que vous ne trouvez jamais, la roue voulue du bon côté? À caler le cric lui-même pour éviter qu'il vous abandonne lâchement au moment crucial?... Ces petites bêtes aiment leur confort. Au fait, avant tout cela, avez-vous pris la précaution d'emporter une roue de secours et de la faire gonfler? Sans quoi, vous pouvez tout de suite remettre le cric et sa manivelle dans le coffre, d'où ils n'auraient jamais dû sortir,-- si toutefois vous y parvenez.
On prétend qu'elles sont totalement invisibles. Ce n'est pas vrai. Vous repérez immédiatement le porteur de lentilles de contact: c'est celui qui se trouve au milieu du groupe de personnes cherchant désespérément, à quatre pattes sur le parquet.
À fuir comme la peste. Rien de plus sournois qu'un fil de téléphone, de plus imprévisible qu'une biscotte beurrée, de plus sanguinaire qu'une porte de four. Connaissez-vous un robinet économe, un escabeau prévenant, une scie pacifiste? Comment un clou, impossible à redresser, peut-il se tordre à ce point? Sans doute se tord-il simplement de rire? Avez-vous déjà rencontré une savonnette casanière? Pouvez-vous me citer une seule meringue qui ne se multiplie pas spontanément par scissiparité? Une seule burette d'huile crachant son venin dans le sens indiqué par le bec? Un seul gravillon qui ne tente de s'introduire frauduleusement dans vos sandales? Un seul mouchoir en papier qui ne s'empresse de faire jaillir votre nez entre vos doigts? En vérité, je vous le dis: tous les objets sont inanimés de mauvaises intentions.
Il semble que oui. De toute manière, il faudra bien en arriver là. Autant prendre l'habitude tout de suite. Un dentier, c'est plus beau que n'importe quelle denture: le premier dentiste venu vous le dira. Fini les caries et autres misères trop répandues. Le nec plus ultra est de posséder plusieurs dentiers, adaptables à toutes les occasions: rendez-vous d'affaires, voyage, restaurant, etc. Il sera utile d'en réserver un pour l'enduire de curare (voir: La morsure du cocu est-elle venimeuse?). Et puis, le soir, contemplant son appareil magnifié par l'eau du verre au fond duquel il repose, le cocu pourra enfin se voir sourire.
Les queues sont le cauchemar du cocu. Partout. À la boulangerie, au cinéma, dans les grands magasins... Il ne se place jamais dans celle qu'il faut. Ou alors, immanquablement, la personne devant lui a des problèmes et il n'en sort pas. Ou bien la caisse ferme juste au moment où ça va être son tour. Ou encore il fait la queue pour rien: ce qu'il avait pris pour une queue n'en était pas une. Rien ne ressemble plus à une queue que des gens placés les uns derrière les autres. Des individus disposés en file indienne ne constituent pas fatalement une queue. Il suffit de le savoir. Il suffit aussi, hélas, d'être cocu pour ne pas y prendre garde.
Ce piège, relativement récent, a été manigancé pour renouveler les innombrables façons de coincer les cocus en leur faisant rater leur train, leur avion, leurs rendez-vous, leur arrivée au bureau, etc. Le système, cependant, est encore imparfait: il manque une heure de printemps et une heure d'automne.
Une tradition tenace veut que le cocu bénéficie d'une chance insolente en général, et aux jeux de société en particulier (une chance de...). Rien de plus faux. L'unique chance du (--) est de trouver plus (--) que lui.
Conteneur souple d'apparence robuste et rassurante, destiné, grâce à un fond ingénieusement agencé, à répandre sans crier gare son contenu sur vos pieds.
Variante du précédent, à la différence qu'il se trouve dévolu aux denrées comestibles et que, lui, est quasiment impossible à ouvrir.
Certains tour operators pourraient organiser des safaris-cocus dans bien des régions pittoresques du monde, mais aussi, pourquoi pas, en Ardèche ou dans les gorges du Tarn. Ils seraient assurés d'un fantastique succès public. Le cocu est aussi décoratif qu'un hippopotame, et court parfois plus vite qu'un zèbre. En cas de pénurie momentanée (pure hypothèse d'école) de cocus à safarer, à la Winchester ou au Nikon, on aurait toujours la ressource de taper dans l'inépuisable réserve des membres du safari.
Le chat n'est jamais familier au point de vous tutoyer.
Certaines confitures sont d'une habileté diabolique. Elles parviennent à s'immiscer, à la vitesse de la lumière, par le moindre interstice et, quand vous les croyez mollement installées sur votre biscotte ou votre tartine, vous les retrouvez sur vos doigts, sur la nappe, ou sur vos chaussures. D'autres collent à un degré incroyable, au point que vous devez vous en méfier comme de ces ciments liquides qui soudent plus volontiers, en un clin d'oeil, deux parties de votre corps entre elles, que les objets proposés à leur efficacité. D'aucunes approchent tant de la nature perverse de la gelée, qu'il est à peu près exclu de les faire tenir dans une cuiller ou sur quelque support que ce soit. Mieux vaut les contempler de loin dans leur pot d'origine, où elles ont dû naître et grandir, et qu'elles ne veulent plus quitter. Devant une source lumineuse, cela peut produire le plus bel effet.
D'ordinaire, les trombones sont vendus séparés les uns des autres, dans des boîtes en carton. Mais, dès qu'ils se retrouvent dans une coupelle, sur un bureau, leur passe-temps favori est de s'emberlifocoter vicieusement, de sorte que lorsque vous avez besoin de l'un d'eux, vous tirez un interminable spaghetti, gigotant et cliquetant comme un serpent à sonnette. De toute évidence, la finalité du trombone est de se payer votre trombine.
Prétendument conçu pour piéger les voleurs, il se révèle plutôt destiné à empoisonner l'existence du cocu. Se déréglant sans cesse, se déclenchant à tout propos sans raison, puis refusant obstinément de s'arrêter, il semble créé pour ennuyer (et occuper) davantage son propriétaire que les malfaisants qu'il est censé dissuader. Si vous souhaitez ne plus utiliser votre voiture, munissez-la d'un antivol. Si vous préférez coucher à l'hôtel plutôt que dans votre foyer, équipez-le d'un signal d'alarme. Les seuls à dormir tranquilles sont les voleurs et les marchands de systèmes de sécurité.
Aucun cocu ne demeure à l'abri d'un coup dur. Et le premier de tous, c'est son image quotidiennement renvoyée par les miroirs.
On n'est bien dans un hamac que couché. L'ennui, c'est qu'il faut y monter, ou en descendre. Outre que même allongé, on s'y trouve à tout instant extrêmement vulnérable. Le hamac m'apparaît comme l'archétype de la précarité des béatitudes terrestres.
À l'ombre d'un mûrier, d'un tilleul, et à proximité d'un puits, dont l'eau servira à rafraîchir le pastis (jamais de glace!). Le puits présentera une autre utilité: lorsqu'on tombe dedans, c'est le signe qu'il faut arrêter de boire du pastis.
Tout dépend du but qu'il poursuit, si du moins il en a un. Dans le cas contraire, il serait bon qu'il prenne ses responsabilités. En gros, pratiquer des horaires imprévisibles l'expose à de cruelles déconvenues. Être précis comme une horloge le met en principe à l'abri des surprises (et les autres avec). Je connais une vieille dame, en faction assise derrière les rideaux de son rez-de-chaussée, capable de prédire à la seconde près, telle une garde-barrière: voilà le cocu de 16h28... attention au cocu de 19h52... j'attends le cocu de 20h14. Ou, plus simplement: le 10h40, le 15h26... Il lui arrive de régler sa pendule sur eux. Quand les horaires se mettent à devenir anarchiques, gare aux déraillements et aux téléscopages! Personnellement, je serais pour une scrupuleuse SNCF (Sauvegarde Normative des Cocus Fantaisistes).
Nous avons pu maintes fois constater que le cocu est affecté d'un puissant instinct grégaire. Il adore s'entasser en foule au même endroit, s'y rendre régulièrement en impressionnants cortèges. Tout ce qui brille l'attire: foires, fêtes, conventions, cérémonies... Que dire des miracles! Des lieux où il est attendu, attesté, programmé, garanti sur facture. Les esprits les plus forts hésitent: si de si grands, de si hauts pèlerinages ont lieu de toutes parts dans le monde depuis la plus lointaine antiquité, c'est qu'il doit y avoir quelque chose. Et ils ont raison! À Lourdes comme à La Mecque, le miracle est quotidien. Mais il ne se produit que pour les commerçants.
Le cocu peut rester très longtemps sans respirer. Certains même y réussissent si bien qu'ils se payent, pour être plus à l'aise, une concession perpétuelle.
Lorsque j'étais gamin, d'irritantes plaisanteries travesties en devinettes couraient les rues, les salles de classes, les noces et banquets: «Quel est le comble du --»?... Suivait le nom d'un métier, celui d'un défaut, d'une qualité, et à vrai dire n'importe quoi. II y avait ainsi le comble du menteur, du rugbyman, de l'aviateur, du courage, du dentiste, de l'explorateur... etc, etc. La réponse faisait immanquablement apparaître une solution en forme de quiproquo, basée sur le double sens et le jeu de mots. Plus ce dernier était lamentable, plus le succès (ou la consternation) se trouvaient assurés. Marchant sur les traces de mes ancêtres, et m'essayant à mon tour à cet inavouable passe-temps, je m'aperçois, après m'être essoré le cerveau dans tous les sens, que le comble du cocu est de n'en avoir aucun. Non parce qu'il se révélerait miraculeusement préservé, mais parce que son comble à lui atteint de tels sommets, à l'infini, qu'il est aussi inaccessible qu'indescriptible.
Ne soyez pas trop poli avec les gens: ils se croient autorisés à vous marcher sur les pieds, et vous voilà contraint de devenir impoli!
Il faut en user avec les usages comme on doit faire avec le sel: une petite pincée suffit.
La plupart du temps. Calme, réfléchi, prudent, discipliné, courtois, il demeure maître de son véhicule, qu'il entretient du reste avec scrupule et bichonne amoureusement. Il glisse dans la circulation avec maestria. Il n'emboutit jamais personne. Ce sont les autres, qui lui rentrent dedans. Si le mot conducteur vous avait évoqué autre chose, reportez-vous à: Le cocu et l'électricité.
Ils sont faits pour aller ensemble, contrairement au cric et à la manivelle (voir: Comment changer une roue?). Le cocu passe son temps à battre des records, aussitôt surclassé par un autre cocu qui les pulvérise. Il adore ça. Quand il n'y a plus de records à battre, il en invente de nouveaux. Son imagination ne connaît pas de limites. Si ces exploits peuvent paraître stupides, comme les paris du même nom, il faut songer que sans l'esprit de compétition, nous en serions toujours à nous gratter les dessous de bras en bouffant des bananes. Le cocu serait-il le chaînon manquant de l'évolution des espèces?
Rien de plus esthétique, de plus admirable qu'un parquet ciré. Il vaut mieux cependant éviter de marcher dessus: une fois ciré, il n'est plus fait pour ça. La cireuse électrique n'ayant pas atteint tous les foyers, je rappelle aux cocus non mécanisés, qui ont encore le courage d'étaler le produit à la main, qu'il est préférable de commencer par l'endroit de la pièce le plus éloigné de la porte, et de progresser en reculant vers elle. Plus d'un cocu s'est retrouvé coincé à quatre pattes dans l'angle de deux murs, à des années-lumière de la sortie, pour avoir oublié cette règle fondamentale.
Je les adore. Elles commencent toutes par cette recommandation judicieuse: l°/ Crier «Au feu!» Le vertige vous saisit, à tenter d'imaginer ce qu'on pourrait crier d'autre.
Pour le cocu c'est tout comme, faut-il le préciser?
Je n'ai jamais pu me défendre d'un sentiment de méfiance à leur endroit. Pourquoi anonymes? Cela cache quelque chose. Lorsque de plus je m'aperçois que, souvent, leur "responsabilité" est "limitée", je ne suis pas loin de la suspicion.
Les rétrovirus s'introduisent frauduleusement dans l'organisme, où ils s'installent comme chez eux avec tout le confort nécessaire en attendant leur heure (vingt ou trente ans s'il le faut), allant parfois jusqu'à s'immiscer dans la chaîne de l'ADN, où ils squattent le bagage génétique à l'insu du propriétaire. De sorte que l'intéressé n'est plus ce qu'il croit être, ni ce qu'il est encore visible qu'il est (ici, n'hésitez pas à prendre de l'aspirine), et qu'il transmettra à sa progéniture des messages cellulaires qui ne se trouvaient pas primitivement au programme. Je ne connais pas de plus belle façon de se faire cocufier jusqu'à l'os, ni de passer le relais à sa descendance, qui se retrouvera coincée avant même d'avoir pu ouvrir la bouche.
S'il peut être utile de regarder de temps en temps derrière, il ne faut pas oublier que c'est devant que ça se passe.
Plongeon particulièrement décoratif, pratiqué avec des bonheurs divers dans les piscines. Ces dernières se peuplent souvent d'anges meurtris au ventre rouge: on n'entre pas dans l'eau aussi facilement qu'en religion.
Cheval ayant l'âge minimum requis pour se mettre à couvrir les hippodromes de cocus.
Pays des extrêmes, la Bulgarie a inventé le yaourt et le parapluie. D'un côté, ce qu'il faut pour vous rendre centenaire. De l'autre, tout le nécessaire pour vous faire disparaître prématurément. D'où le penchant des Bulgares pour la métaphysique.
Il y a autant de vrais yaourts bulgares que de morceaux de la vraie croix. Ces derniers, convenablement agencés, pourraient reconstituer l'invincible Armada. Il n'y a que la foi qui sauve. Depuis toujours, claironner qu'une chose est vraie revient à faire l'aveu discret qu'il n'y a rien de plus faux. Ne pas confondre yaourt avec yourte. La yourte a été inventée pour le cas où il pleuvrait des yaourts.
Nul n'ignore que, malgré les efforts méritoires de quelques créateurs de dessous masculins, la grande majorité des hommes porte le slip ultra-classique évoquant un bondissant animal australien ou la pourpre cardinalice, et toujours de couleur blanche. Consternante uniformité! Elle n'est pourtant qu'apparente, si je puis dire, car les machines à laver réservent bien des surprises. Ils n'en conviendront pas volontiers, mais cuisinez un peu ces messieurs. Vous découvrirez bientôt avec stupeur que, grâce à l'alchimie du tambour rotatif, du hasard objectif et de l'esprit d'économie, partant de ces cotons désespérément blancs, tel se retrouve rapidement toujours dans d'adorables tons pastel avec des slips vert Nil, rose aurore, bleu lavande, jaune pollen... Une débauche de nuances audacieuses, inavouables, portées avec le plus grand sérieux (et la plus extrême résignation) dans la plus totale clandestinité. La prochaine fois que vous affronterez un important personnage, songez que sous le costume trois pièces, l'air suffisant et l'onction officielle, se dissimule plus que probablement, comme une timide violette, grâce à l'ingéniosité de son épouse ou à sa propre incompétence, un slip ponceau, violine ou réséda. Cela vous aidera peut-être à ne pas vous laisser impressionner, et à vous souvenir que non seulement l'habit ne fait pas le moine, mais que parfois il le défait.
Le cocu porte bonheur. II faut en avoir au moins un dans sa famille ou dans ses relations, faute de quoi la conversation retombe très vite. Mais aussi parce qu'un cocu attire sur lui l'infortune comme un paratonnerre la foudre, épargnant les victimes autour de lui (il pourrait exister des agences de location de cocus, ce serait d'utilité publique). Le cocu fait partie du patrimoine culturel, comme le soldat Bara et la galette bretonne. Sans lui, des pans entiers de littérature s'effondrent, l'art dramatique devient exsangue. Si le cocu disparaissait soudain, tous les types de société seraient détruits par implosion. Autant dire qu'ils ne tiennent que par lui. La civilisation apparaît avec le premier cocu. Elle peut s'évaporer avec le dernier. C'est pourquoi je suggère, avant qu'il ne soit trop tard, que l'on rajoute à l'âge de la pierre, du fer, du bronze, et autres calembredaines, l'âge du cocu.
Loin de moi l'intention de verser dans la scatologie, ni de m'abandonner aux effets faciles. Je pense avoir prouvé, au long de cette étude sur un sujet des plus périlleux, mon discernement et mon bon goût. Mais il me faut aussi rester complet, véridique. Le sérieux scientifique est à ce prix. Tant pis si quelque Savonarole me désigne au bûcher et à la vindicte publique. Je ne puis donc taire les innombrables démêlés du papier hygiénique et du cocu, en m' efforçant de manier la litote avec une dextérité, une grâce de dentellière. Litote ou pas, le cocu trouve d'infinies occasions de se plaindre du papier hygiénique, que celui-ci brille par son absence (on ne s' en aperçoit en général que lorsqu'il est trop tard), qu'il vienne à faire défaut de façon inattendue après avoir donné l'illusion d'une confortable avance, que son contact se révèle particulièrement rude, ou curieusement inefficace (avec effet de glissando... toute âme un peu musicienne me comprendra),-- à moins que sa douceur fallacieuse n'ait caché sa fragilité, dont les doigts font l'épreuve en passant au travers. Le papier hygiénique se présente en rouleau et en paquet plat. Chacun sait cela. Chacun sait également qu'il y a le rouleau indéchirable, ou qui part en lambeaux aussi pratiques qu'une choupette de rubans... Et le paquet plat dont toutes les feuilles restent collées ensemble ou, mal coupées, mal pliées, chiffonnées, ridées, s'avèrent aussi utiles qu'une collection de timbres-poste. Je ne m'étendrai pas sur les distributeurs, surtout ceux des lieux publics (les plus inconfortables, évidemment), que la méfiance des propriétaires a cadenassés, et qui refusent obstinément de lâcher leurs trésors, ou les ravalent soudain, vous contraignant à farfouiller de vos doigts dans des fentes impraticables où ils menacent de demeurer coincés. Je ne parle pas du sentiment de culpabilité qui vous étreint alors, à gargoter dans le bien d'autrui, comme si vous violentiez un coffre-fort. Pourtant, la vérité oblige à dire qu'on ne saurait s'aventurer dans ces endroits avec quelque chance de succès, que muni de tournevis, poinçons, marteaux, chignoles, pains de plastic peut-être... tous objets qu'on pense rarement à emporter dans ces occasions-là. La décence, la paresse, quelques mauvais souvenirs, m'interdisent de continuer. Je vous laisse le soin de poursuivre à votre guise. Maintenant que j'ai affiché «libre», vous pouvez annoncer «occupé».
Faut-il s'inquiéter, redouter l'apocalypse pour bientôt? Absolument pas. Mais c'est si bon, de se faire peur.
Par définition, il ne peut souffrir les étrangers, point tant par racisme, que par fierté cocardière: il sait qu'il n'est bon cocu que de chez nous.
Quelques cocus snobs, nantis des moyens appropriés, préfèrent embarquer sur leur galère personnelle afin d'avoir leurs cocufieurs (invités, équipage) à portée de la main, sans que quiconque ait la possibilité d'y échapper. Cette fatalité cataclysmique a pris le nom très réputé de triangle des bermudas.
Dans les grandes villes, le métro est le seul moyen de transport valable. À condition de ne pas avoir à prendre de correspondance: dans ce cas-là, on refait à pied tout ce qu'on vient de faire en voiture.
Même lorsque vous avez dompté vos sentiments, par prudence n'entrez pas dans la cage avec eux.
Ne montez pas sur vos grands chevaux. Laissez-les redevenir de petits poneys.
Elle a des yeux de biche. Lui, il porte les cornes.
Parce qu'il s'emmerdait.
Quand on est cul-de-jatte, on peut toujours se dire que ça marche comme sur des roulettes.
Il a fait remplacer toutes ses persiennes par des jalousies.
Si Beethoven s'était appelé Mozart, on pourrait le comparer plus facilement avec Haydn.
Il était une fois une femme qui disait à un homme: «je t'aime»... Et c'était vrai!
Elle n'eut pas de chance. Le Prince charmant (vraiment charmant), venu la réveiller, était pédéraste. Elle ne se réveilla pas. Aucune belle au monde, dans aucun bois du monde, ne consent à se réveiller si vous n'avez pas de braguette magique.
Croquant le pomme
translucide, Elle trépassa bel et
bien: Car le poison, ce
n'était rien, Mais il y avait du
pesticide.
Elle lutta toute la nuit. Mais quand le jour fut venu, elle ne put résister au loup davantage. Car le loup, c'était Monsieur Seguin. Et elle savait bien, la pauvrette, que ça faisait longtemps qu'il attendait ce moment-là!
Elle ne comprenait pas, la Madeleine, pourquoi, lorsqu'elle trempait, le matin, un doigt dans son thé, elle se mettait soudain à penser à un homme qu'elle ne connaissait pas...
Le seul défaut, dans «je t'aime», est que ça commence par «je».
Tous ses bisous viennent du zoaillier.
Quand on est analphabète, on peut toujours lire entre les lignes.
Ils seront cocus comme les autres, mais ne s'en rendront pas compte.
Révélation: Tintin, c'est la Vénus de Milou.
Les femmes commencent par être frivoles. Puis elles deviennent frileuses. Et elles finissent frigides.
On ne les appelle «ma chère» que parce qu'elles nous coûtent les yeux de la tête.
Quelques malades de la barbarie et de l'incocugnito ont fondé une société secrète: le Koku-Klux-Klan.
Il n'est pas de si grand projet qui ne soit bientôt recouvert par un tout petit.
Le respect des classiques n'oblige pas à épargner les vieux cons.
-- Est-ce bien raisonnable? roucoula-t-elle, ne donnant pas l'impression de vouloir obéir à la raison.
Il y a beaucoup de volupté à n'être rien. C'est aussi reposant pour soi que pour les autres.
Il ne faut pas en vouloir aux "obscurs" d'être hargneux: ils n'ont que leur susceptibilité pour leur servir d'honneur.
Ses projets étaient tellement magnifiques qu'il ne les entreprit jamais: il ne se sentait pas assez grand pour eux.
J'apprends que le «plus de lumière» de Goethe n'a jamais été prononcé. Du moins avec le sens qu'on lui prête. C'est scandaleux! On nous casse tout! À qui se fier désormais? Si Goethe n'a pas réclamé plus de lumière, Jarry un cure-dent et Vaugelas la parité du «je m'en vais» avec le «je m'en vas», nous serons encore plus seuls au moment de mourir.
À force de vivre pour rien, on finit peut-être par mourir pour quelque chose.
Dîner chez Sophie de M***. Il y avait là R***, D***, C***, Z***, F***, P***... Rien que des célébrités!
Entendu dans le métro deux clochards parlant avec animation de la Révolution française, de Robespierre et Duranton.
Pour être amoureux, est-il besoin d'amour?
C'est un adepte de la femme au foyer, mais au sens où l'entendait Landru.
Le Français, paresseux et pleutre de nature, a inventé les élections à répétition pour justifier son obstination à ne rien entreprendre.
La plume est d'autant plus longue que l'esprit est court.
Plus les hommes sont bêtes, plus ils sont fiers de leur intelligence.
Ce n'est rien de dire que je me déteste. Il m'arrive de ne pas m'adresser la parole pendant plusieurs jours.
Machin n'écrit que pour le seul plaisir de se relire. Moderne Narcisse, il se penche avec volupté sur une de ses phrases, comme au bord d'un ruisseau, tombe dedans et se noie. Dans quelques centimètres d'eau.
Dans les pays de misère et de troubles sociaux, seules les fusillades sont nourries.
Si on n'a pas la main verte, on peut toujours cultiver l'indifférence.
Quand on lui demande le secret de sa longévité, il répond que chaque fois qu'il a affaire à des imbéciles, il se met entre parenthèses, et qu'à force, ça lui a fait gagner un nombre considérable d'années.
Le classicisme, il n'y a que ça. Tout passe, enrobé de sucre, même les plus amères pilules. L'essentiel est qu'on ne se rende compte de rien, sauf quand il est trop tard. Telle la dame s'écriant à l'instant fatal: «Mais, que faites-vous?...»
Cet homme n'a ri qu'une fois dans sa vie. C'était une sage précaution, car il en est mort.
Les cons solennels ont souvent des allures ecclésiastiques. Ils disent leur connerie comme ils diraient la messe.
Je serais curieux de savoir ce qui se passe dans tous ces crânes pendant les "minutes de silence".
Je dois être quelque chose comme le champion du monde du centimètre-haie.
Je me sens bien, ce soir. En forme pour écrire. Tellement en forme, tellement bien, que ce serait dommage de gâcher ça en écrivant.
«N'est pas cocu qui veut.» (Sacha Guitry) «Je ne travaille que pour savoir pourquoi ça rate.» (Giacometti) «Quand le style est bon, c'est que je sais pas ce que je vais dire. Ça m'aide...» (Antoine Blondin) «Le style. Il n'y a que le style. Mais, des styles, il n'y en a que deux, trois par génération. Ce que vous appelez des écrivains, c'est lamentable: des cafouilleux, des aptères. Ils rampent.» (Céline) «Les imbéciles n'entament pas notre bonheur autant qu'ils le croient.» (Roger Nimier) «Refuser l'Académie est une vanité comme une autre.» (Montherlant)
Parmi tous ceux qui écrivent, il y a quand même, reconnaissons-le, de loin en loin, un écrivain.
89, prise de la Bastille. 68, prise de l'Odéon. On prend ce qu'on peut.
Pourquoi fait-on de grandes phrases? &emdash; C'est qu'il est plus facile de n'y rien mettre que dans des phrases courtes.
Son discours était inaudible. On n'y comprenait à peu près rien. C'était très beau.
II n'est pire raseur que celui qui commence à parler en annonçant qu'il sera bref.
La célébrité, ce n'est pas de figurer dans le dictionnaire, mais dans les mots croisés.
Plus un con est con, plus l'anthropologie tourne à la farce.
-- Oui, bien sûr, il n'entend rien aux mathématiques. Mais, vous savez, c'est un littéraire. -- Vous voulez dire: un analphabète littéraire.
Le fond de sa pensée, c'est celui de son pantalon.
Avez-vous remarqué comme, chaque fois qu'on évoque une monstrueuse aberration, on parle de phénomène de société? Ce terme m'exaspère tellement, que je n'y distingue plus ni phénomène, ni société.
Cri du coq, le soir, au fond des bois, quand il apprend son infortune: «Cocurico!»
X ne finasse pas: il a le cerveau puissant comme un biceps.
Une école de formation à domicile (enseignement "à distance"), propose, dans sa publicité, d'apprendre un métier, préparer un concours, se créer une "activité d'appoint". On découvre, dans cette dernière rubrique: romancier! Entre éleveur de chiens et couturière à domicile... On peut aussi constater que, si l'on trouve ailleurs caissière-vendeuse, hygiéniste naturopathe et sapeur-pompier, il n'y a aucune place pour auteur dramatique, contrairement à romancier. Ce doit être aussi inavouable qu'égoutier. Et ne pas même mériter le titre d'activité d'appoint.
Le yoga est une technique de décontraction amenant des gens qui pensent peu, à ne plus penser du tout.
Chacun se croit autorisé à être coculogue. Comme si, en ce domaine, même la plus vaste expérience pouvait passer pour un brevet de savoir! Plus qu'une science, la coculogie est une école de modestie.
Voir supra Les cocus littéraires et, d'une façon générale, l'ensemble de cette étude.
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