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Laurent Tzarabi |
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Que ceux qui n'ont jamais chassé le dahu lèvent le doigt. Cet animal mythique possède un nom à géométrie variable selon les climats, mais on le trouve dans les deux hémisphères. Appelé ici chimère, là coquecigrue, il jouit partout d'un égal prestige. Nommé chez nous sozialdemokräat, il devient chez vous, je crois, dahu. Tout le monde, un jour ou l'autre, a chassé (ou fait chasser) le dahu, et ceux qui s'en défendent sont des menteurs. Mais il est plus drôle d'emmener un innocent traquer la bestiole, que la poursuivre soi-même, tout le plaisir consistant à détailler longuement au néophyte ce qu'il va trouver. Le professionnel, l'initié savent qu'ils ne trouveront rien. En un sens, le dahu est une entité philosophique. Il est curieux de constater qu'il vit de préférence, sans doute pour cela, dans les altitudes, les lieux escarpés. Sa nature asymétrique, l'inégalité de ses pattes l'y contraint: en terrain plat, il se casserait la gueule. Sur les pentes, au contraire, il est aussi irrenversable qu'un culbuto et improbable qu'une licorne. Certains ont cru l'apercevoir chez Parménide. Ils ont certainement eu affaire à un mirage. Contrairement à l'objet réel, le mirage ne tient pas aux pentes, sauf à celles des dalles de quelques assoiffés,-- cousin, en cela, de Nessie, le locataire du Loch Ness (voir Charlot Kolmès contre Nessie, de sir Arthur, dans les livraisons paléolithiques du Phare). C'est qu'il s'épanouit dans les atmosphères surchauffées propices aux clubs de dipsomanes chers à David Niven et W.C. Fields, auxquels j'ai l'honneur d'appartenir, dont les bagages recèlent, non seulement tous les alcools de la création, mais encore la glace et le précieux shaker indispensable -- tel le Saint Graal -- à la confection de sulfureux cocktails. Pour ceci, et bien d'autres choses encore, béni soit le dahu! Car, lorsqu'on sait s'y prendre, c'est un fameux alibi! |
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Ce n'est pas tout de contester, encore faut-il le faire de manière à frapper les esprits. J'irai jusqu'à dire que plus ce qu'on prétend nous imposer est stupide, brutal, plus il faut déployer de finesse et d'inventivité. Finesse ne veut pas forcément dire bon goût, car on n'écrase pas les mouches à merde avec de la dentelle de Bruges, mais, si possible, avec un étron pétrifié de mammouth. Or le pouvoir, quel qu'il soit, est une mouche à merde. Nous n'avons aucun égard à lui manifester, mais le devoir de l'occire au plus vite en le ridiculisant. C'est pourquoi j'applaudis sans réserve mes frères argentins qui sont allés poser culotte en plein Buenos Aires sur les marches du Parlement pour montrer ce qu'ils pensaient de leurs députés de merde... |
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Depuis ma première communion, j'essaie d'éviter Vera. La rumeur nous avait fiancés (à 8 ans!), et cette conne y croyait. Je me voyais déguisé en pingouin avec un brassard, et elle en robe à flaflas avec son air niais, nous jurant des choses que nous ne tiendrions pas et nous donnant le bras, et j'avais aussitôt envie de vomir. Il est notoire que je préfère les garçons. Vera serait donc Vero... Un matin, après la traite des chèvres, elle posa son gros cul sur mon perron et réclama un chocolat chaud. Je connais le truc, on commence par ça et on finit avec les traites d'un penthouse à New York pour vingt ans. S'il y a une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on me force la main. Et je n'aime pas New York. Nous restâmes donc à Mizil, où nous étions, dissertant de la fabrication du boudin, plus en rapport avec nos perspectives d'avenir. À mesure que Vera pérorait, je prenais conscience de sa vertigineuse vacuité. Cette dinde à New York!... des perles aux cochons, c'était le cas de le dire! J'aperçus dans un cauchemar notre progéniture de charcutiers-traiteurs installée dans le Bronx, buvant des chocolats chauds, leurs gros culs sur les perrons de la 43e, et faillis m'évanouir. Jamais! elle ne m'aurait jamais! C'était une question d'honneur! J'ai tenu parole. J'administre une académie de danse à Dniepropetrovsk et vis avec Vero Verovenovitch, ex-étoile du Bolchoï, qui en assure la direction artistique. Nous avons décliné l'invitation du "Met" de New York, et résisté aux sirènes de la 43e. Nous sommes parfaitement heureux, entre nos artistes et nos quatorze chats. De toute façon, Vera milite au collectif des putes de Ploiesti pour la fermeture des maisons d'abattage. Elle est devenue énorme à force d'ingérer des chocolats, chauds ou pas.
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J'avais cinq ans quand je vis ma première sauterelle. Je restai stupéfait devant la morphologie de cet être bizarre, venu d'une autre planète. La rencontre eut lieu dans une prairie, naturellement. Les sauterelles vivent dans les prairies. La terre était écrasée de soleil, les herbes hautes doucement balancées par la brise. J'étais là, bien caché, fasciné par l'anatomie de ma trouvaille, sa tête cruelle, triangulaire, ses cuisses énormes, ses mollets graciles, son abdomen lourd. On ne voyait que lui, avec les cuisses dévolues au saut. Et ça, pour sauter, elle sautait, la mâtine! Elle était grimpée sur un monsieur, et elle s'agitait, elle s'agitait... ses nichons dansaient la sarabande et le monsieur, tout nu comme elle, semblait ravi de l'aventure. Pas tant que moi! En rampant dans l'herbe, je m'approchai le plus possible de l'étrange scène. Le monsieur soufflait comme les locomotives de Ploiesti. Il avait l'air content de voir la sauterelle sauter sur son ventre, sauter les mamelles charnues, et l'abdomen étroitement collé au sien. On m'avait dit que les sauterelles chantaient. Je percevais en effet des sons aigus jaillis de la tête de l'insecte, accompagnés d'un bruit rythmé de succion, venu du milieu des corps et provoqué par leur exercice. Ils ne paraissaient pas en souffrir. J'étais aussi ravi que le monsieur de découvrir ma première sauterelle, sauf que lui, il devait en être un peu plus loin. Il avait l'air de savoir s'y prendre avec les sauterelles. Et je les contemplais, béat, rêvant aux pluies de ces orthoptères dont j'avais entendu parler, tâchant d'imaginer ce que ça pouvait donner à partir du tableau que j'avais sous les yeux, et ne pouvant comprendre qu'elles passaient pour un tel désastre. Je formais des voeux pour qu'il m'arrive un jour d'en être inondé. Je n'avais que cinq ans, n'est-ce pas... Et déjà l'âme entomologique. |
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Je sais, je vous avais promis de vous parler des zizounzi pachtouglatz!... Mais j'en ai marre des recettes et de notre cuisine de merde nationale. Nos esprits les plus avisés prétendent qu'au lieu de perdre un temps précieux à accommoder de la merde, nous ferions mieux de bouffer la merde directement. Je préfère vous parler de Zoltan et de sa quéquette. Comme tous les mecs, Zoltan est affligé d'une quéquette et n'en revient toujours pas. Dix fois, vingt fois par jour, il se plante devant une glace, baisse le froc et regarde sa queue. Pas tant pour l'admirer que pour vérifier qu'elle est bien là, en forme, épanouie. Naturellement, à force de la contempler, de secouer les hanches pour voir si elle tient toujours, cette chose finit par se dresser avec insolence, les joues écarquillées, tel le naja sorti du couffin au son du zamr, cherchant une proie pour cracher son venin. C'est tout juste si elle ne darde pas en sifflant une langue bifide et trémulante. Mais sur le moment, la proie brille par son absence. À regret, Zoltan n'a plus qu'à remballer son engin. Un jour pourtant, ce qui devait arriver arriva: Milena, la cuisinière, le surprit à s'agiter devant la glace qui lui renvoyait l'image du membre congestionné, comme furieux d'avoir été découvert. Milena court encore. On prétend l'avoir aperçue à Cluj. Avouez que ça vaut bien le çzastapak à la Vladic. |
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Je vous ai déjà parlé du çzastapak à la Vladic? Je vous le recommande, c'est très facile à faire. Vous prenez un chtoum entier, que vous laissez michtouner pendant 3 ou 4 jours. Un chtoum, rien d'autre. Pas un jigouli ni un cotzsabo, c'est très important! Rien ne remplace le chtoum. Vous en trouvez dans toutes les bonnes matchass. Il faut bistouiller fortement. N'épargez pas les pstouns: tikoula, ramich, ignitasz... Statsez généreusement. Prenez du chtchmatz et coupez-le en klobs (dés). Faites revenir dans une piltùm, en arindbi de préférence. Placez-y votre chtoum et laissez-le chichigner à feu moyen (le feu moyen équivaut à 2 ou 3 kartichs de dinamoute). Quand le chtoum a pris une belle couleur (par ex., le dôme de Ste-Pétrovna-de-Kloubiktchik au coucher du soleil, aux environs du 25 décembre), mitchez-le avec du Jdigri ou du Zdanov, et un verre à vin de la trazmits. Vérifiez le pstoun une dernière fois. Couvrez. Laissez kloper pendant 1 heure (vous pouvez relire Ignassov pendant ce temps, mais dans l'édition bilingue -- ou vous travailler à la slivovitz pour vous soutenir le moral). N'essayez pas de récupérer le chtchmatz, il est foutu. Passez la sauce au tzoumi et jetez le tout à la poubelle. La prochaine fois, je vous parlerai des zizounzi pachtouglatz. |
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-- Bonjour. -- Pas tant que ça. -- Hein? -- Le jour. Pas si bon que ça. -- Des ennuis? -- Et ta soeur! -- Barmaid à Galatzi. Pas beaucoup d'alcools à Galatzi, donc pas beaucoup de clients. Obligée de compenser avec des petits boulots. -- Par exemple? -- Pute. À Galatzi c'est pas la joie. En plus elle a des varices. La station debout au comptoir. Elle tâche de compenser par la station couchée, mais ça marche pas. -- Elle compense pourtant à fond, on dirait. -- Pas assez pour le standing. Sa vieille mère arthritique l'aide comme elle peut. -- La vôtre, donc. -- Quoi? -- De mère. -- Oui. -- Elle fait des prêts? -- Elle fait pute. Une variqueuse et une arthritique, c'est pas évident. -- Ça sort pas de la famille. -- Quant à mon frère... -- Quoi encore! -- Je veux pas vous ennuyer avec mes problèmes. -- C'est déjà fait. Et mon interview? -- On parle d'abord de mon frère. -- Parlez-moi du frère. -- On vient de lui mettre une jambe de bois, qui le fait souffrir. C'est idiot mais c'est comme ça. Chez nous, tout se passe dans les jambes. -- Vous seriez l'exception. -- C'est-à-dire? -- Vous, c'est la tête. Et mon interview? -- Tout le monde s'en fout, de votre interview... |
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Dragomir Pustuluk 5 PIÈCES POUR UNE RÉSURRECTION 1. Scherzoo vincenozzo.- Le thème est exposé par la bombarde. Après un tir de barrage des timbales accordées en quintes glaireuses, il passe des premiers violons aux deuxièmes couteaux pour finir dans la fosse aux ours, bouffé par les grizzli. 2. Andante alighieri.- Le mouvement est construit sur le schéma AB, BA, CA, BA-BA, CA-CA (et retour). L'effet de pendule est accentué par un échappement suisse à rubis. 3. Rondo komünnkeudpel.- Pièce centrale de l'oeuvre, ces 992 mesures démesurées à 6/8 et 14/24 au 1/1000e, mitonnées en osso buco ostinato, s'achèvent en partie carrée à force de tourner en rond. 4. Lavamento sostenuto.- Lente méditation du sarrusophone soutenu par le téléphone. Le chef, hélas, n'est soutenu par personne et répond toujours "occupé". 5. Allegro patrogro.- On sent l'influence de Schoenberg aux relents de brocoli et de zachertorte. Le galop final s'achève sur un ultime renvoi de méthane. Le critique Egon Rouyé, qui avait la dent dure mais la gencive molle, a écrit lors de la première audition publique à Bratislava: «Les 5 Pièces pour une Résurrection ont 800 morts sur la conscience.» Et Vogel Laddan: «5 Pièces, certes, mais il manque la cuisine et la salle de bains.» |
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Mon ami Pavel est en tout point charmant. Mais il a une sale manie, il achète son mobilier en kit. Il serait bricoleur, il n'y aurait que demi-mal. Même -- et surtout -- les bricoleurs savent que le mobilier en kit est l'erreur à ne pas commettre. Mais Pavel est gogo, il se laisse avoir par la pub. Tellement pratique! Vous commandez, on vous livre. Vous n'avez pas à vous déranger. Le dérangement ne commence qu'après. Au montage. La procédure défie toute logique, le résultat final diffère totalement du projet initial. Pavel croit avoir acheté un buffet, il se retrouve avec une chose qui tient de la bibliothèque pour schizophrène et du fauteuil anti-relax. Les espoirs les plus évidents tournent au casse-tête. Pavel ne fait qu'engraisser les vendeurs et les cardiologues. Et sa femme Miroslava menace de le quitter. C'est que les notices censées porter secours à l'acheteur trop crédule ne font que l'embrouiller, étant un défi à la langue comme à la raison. Ainsi: Faisez coincider les tétons a, b, c, d, avec les cuvettes e, f, g, en prenant gourde que les face des plancettes son tournez dans le bons sans, si non l'usinage ne fera pas. (Morceau de littérature sans doute dû à un aborigène fuégien sado-maso aux limites de la confusion mentale, traduit par un sumotori turc.)
Remarques: 1/ Admirez "faisez" et, d'une façon générale, la syntaxe de l'extrait. 2/ "Coincider" est prémonitoire. Un esprit un peu averti comprendrait tout de suite que ça va coincer. 3/ Où est passée la "cuvette h" supposée correspondre au "téton d"? 4/ "Prendre gourde" est inutile: la gourde, c'est Pavel. 5/ Qu'est-ce qu'une "plancette" et/ou la "face" d'une plancette? Et qu'est-ce qu'une plancette tournée dans le "bons sans" (ou le mauvai)? 6/ "Si non, l'usinage ne fera pas"... Ne fera pas quoi? Mystère! De toute façon, l'usinage est naze d'origine. Pavel n'a plus qu'à se débarrasser de ses précieuses acquisitions (et du lumbago qui va avec). Et à courir chez son médecin pour obtenir calmants et neuroleptiques, la vodka s'avérant insuffisante. Pour ma part, je me contente de la vodka. Et de ne
rien savoir faire de mes dix
doigts.
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Quand j'étais à Braïla chez ma tante Zita, je passais mon temps avec d'autres garnements de mon acabit à la Foire aux Fous. C'était un lieu magique, fascinant, où nous nous introduisions frauduleusement bien sûr. Les manèges, les gaufres (c'est là que j'appris à voler), les baraques foraines. Dont celle de la femme-canon. Un aboyeur gueulait par-dessus le vacarme: "Approchez! venez voir Olga, la femme-canon, qui bouffe du fer et chie du plomb!" Un tel programme ne pouvait que nous plaire. Nous filions derrière la baraque et, par les trous que nous avions pratiqués dans la toile mais qui étaient sans cesse rebouchés en notre absence, tentions d'apercevoir le spectacle interdit aux gamins. Le cul de Mme Olga (celui de son théâtre) portait les traces de nos forfaits, tout rapiécé et raccommodé par d'innombrables rustines, comme s'il avait subi l'assaut à la kalachnikov d'une bande d'oustachis. Mais il fallait faire attention à Casimir, un géant habillé en Kazak, qui nous terrorisait et n'avait aucune peine à repérer dans la foule les petits malins de notre genre. Aussi, il y en avait toujours un qui guettait pendant que les autres regardaient. Il nous surprit un jour. Nos fondements se souviennent encore de ses monstrueux coups de botte. À l'époque, un esprit perspicace eût deviné, à considérer nos simagrées pour nous asseoir, que nous revenions de chez Mme Olga. Tante Zita était bien loin de s'en douter. Elle n'était pas équipée pour ça. À ses yeux, nous étions de petits anges. Aux nôtres aussi. Elle était censée m'apprendre le violon, que j'ai depuis en horreur. Cette Olga était un phénomène, une impressionnante masse de chair dont le poids faisait plier et gémir l'estrade où elle se pavanait à moitié nue. Mais il ne se passait jamais rien. Si la monstresse bouffait effectivement du fer (des clous, qu'elle avalait par poignées comme des bonbons), pas une fois nous ne la vîmes chier du plomb, ni quoi que ce soit d'autre. Or, c'était ce qui nous intéressait. Nous ardions de voir le cul d'Olga en train de chier quelque chose et, de préférence, du plomb comme annoncé. Hélas, en même temps que nous découvrions une géographie féminine qui nous hanterait à jamais, faisant de nous des fétichistes et des pervers polymorphes, nous découvrions aussi la fallacieuse inanité des promesses humaines. Dure école, que la vie!... On comprendra sans peine que, depuis cette enfance industrieuse, inavouable, la seule vue d'un violon me donne de l'urticaire, et que je suis raide dingue des grosses femmes. |
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Le Rédac me communique 3 km d'e-mails en réponse à mon précédent article, provenant d'internautes vertueux et de non moins vertueux marchands de mobilier en kit. Tous me traitent de fou dangereux, de mythomane. Mythomane, moi!!! Et pourquoi, demande-t-on, l'épouse de Pavel menace-t-elle de le quitter, au lieu de lui être reconnaissante d'agrémenter son foyer d'objets agréables et du produit de son industrie? À quoi je réponds: à cause du désordre. Car j'ai omis de préciser qu'avant de monter les kits, il faut déballer! Et que, si les fabricants mégotent sur les explications, ils ne sont pas avares d'emballages. C'est tout juste si chaque vis n'est pas soigneusement entortillée dans une papillote, même (et surtout) s'il en manque la moitié. Ce qui vous oblige à revoir toutes les papillotes, des fois qu'il se serait trouvé deux vis sous le même emballage. Le but de la manoeuvre étant de vous faire perdre votre temps et de vous porter au point d'exaspération voulu en jouant avec vos nerfs. Quant aux objets agréables, le seul fait d'utiliser cette expression prouve que vous n'avez rien compris. Ni jamais été piégé par du mobilier en kit. Pavel n'avait qu'à ranger les emballages à mesure, me dit-on. Eh bien non! En homme organisé, Pavel s'était réservé le loisir de ranger une fois le travail achevé. C'est son droit. Et comme le travail ne peut jamais être achevé (par la faute de qui? je le demande), toutes les pièces par lesquelles il est passé sont jonchées de papiers, ficelles, agrafes, grains de polystyrène qui ressemblent à s'y méprendre à du pop-corn (d'ailleurs, le bébé en a mangé!!!) et, folle de rage et d'angoisse, Miroslava, l'épouse de Pavel, jette tout à la poubelle sans rien dire, au risque de perdre des éléments vitaux... et les introuvables vis! Aussi, mis en cause d'insupportable façon, je vous préviens! ET CECI EST UN ULTIMATUM. Si l'on continue à me courir sur le haricot, je me contenterai désormais de vous entretenir, non plus des avatars de notre méprisable société de consommation mais, comme par le passé, de recettes de cuisine ! |
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Mon cher Rédac, Vous devez vous demander ce qui m'arrive, et pourquoi je ne donne plus de nouvelles depuis quelque temps. J'étais occupé à baiser, et le suis toujours. Je suppose que c'est une raison que vous pouvez comprendre et pardonner. Je me suis toqué d'une bombinette qui a quelque quarante ans de moins que moi. Je n'y peux rien, ça s'est trouvé comme ça. Elle étudie la résistance des matériaux à Vladivostok. Qu'elle ait entrepris d'éprouver celle de mon obélisque, toujours debout merci, m'étonnera longtemps. Je sais que vous le considérez avec indulgence, si pas autrement. Ne voyez là aucun appel du pied. Ce n'est pas plus ma tasse de thé que la vôtre, et je suis assez occupé avec ma bétonneuse sans aller m'encombrer d'un kroumir plus vieux que moi, au caractère imprévisible, quel que soit le respect que je lui porte (avec les croissants du matin). Irina est d'humeur égale et ne recherche qu'une chose: baiser, de préférence avec moi. Inutile donc d'essayer, par de basses manoeuvres, de vous mettre sur les rangs. Vous ne feriez pas le poids, d'autant que la rumeur courant les salles de rédaction prétend que vous avez minci. Ce qui doit bien vous aller, vieille canaille! Pardonnez mon écriture tremblée: je suis encore en émoi et vous écris sur le cul nu (comme le reste) de ma gymnaste, qui rigole. Ne me demandez pas ce que je fais à
Prague. Moi-même, je l'ignore. Ou plutôt
non: je baise.
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Trnava, le......... (jour que vous voudrez) Mon cher Rédac, Un doute me prend, connaissez-vous Dragomir Boubatka? Je crains que non. Remarquez, vous pouvez vous en passer. Des tas de gens vivent très bien, très confortablement sans connaître Dragomir Boubatka. Chez nous, ce n'est pas nécessaire pour entrer dans le pays. Le grand Slovak Chtachnine, président de l'Association des écrivains ambidextres -- Chtachnine lui-même! -- n'a pas la moindre idée de Dragomir Boubatka. C'est peut-être ce qui lui a fait rater le Nobel. On se moque, nous, du Nobel! Je doute que vous poursuiviez vous-même ce hochet dérisoire. Sans vouloir vous désobliger, je ne vous vois pas dans le rôle. Vous n'avez pas le profil. Non que je trouve à redire à votre profil, digne du British Museum... à propos, vous ai-je dit que c'est là que je me suis envoyé Tita Narsenova? dans la salle des antiquités égyptiennes, tombeau de Toutméfès III. Vous pouvez donc, si c'était le cas, continuer à ignorer joyeusement Dragomir Boubatka, vous n'en avez rien à foutre. Moi aussi, pour ne rien vous cacher. À ma connaissance, personne ne s'est jamais relevé la nuit pour chercher Dragomir Boubatka dans une encyclopédie. Ni sous le lit, ni dans le frigo. Ni même dans l'annuaire. Au diable Dragomir Boubatka!
Mon bon souvenir à Lucette, Zizou et Pénélope. |
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Mon Rédac, Pourquoi Los Angeles? Parce que Cindy m'y a traîné par les couilles. C'est un argument de poids. Elle ne les a toujours pas lâchées. Je ne m'en plains pas, ne demande que ça, même si pas très pratique pour le surf. Quelques restaurants français avec serveurs philippins. Baguettes (parisiennes), pizzas et cheeseburgers -- la vision hexagonale nord-américaine, avec chef bulgare. Dans cette curieuse géométrie, quelques pontes du Pentagone venus traiter leur cholestérol et leurs dossiers. Le ponte couve volontiers l'oeuf colonial inauguré à Bagdad, l'Amérique ayant des colonies une conception particulière. Cindy, née Hunter, se fait appeler ici Semenoff et à New Orleans, Deveroe. C'est une camélionne. Aux States, pas besoin de pièces d'identité, l'identité en pièces suffit. Je suis apparemment le seul à ignorer jusqu'à son trou favori. Pardon si je vous choque, j'adore ça! Si vous me l'ordonnez, je cesse de vous envoyer des lettres de partout. Mais que passeriez-vous dans le Phare? Je vous baise les mains, ayant baisé par ailleurs tout le Diable et son train.
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Sécurité tolérance zéro. La BRB en battledress parcourt le convoi ferroviaire, badges en évidence, armes brandies. Rassuré, le pékin de base s'abstrait dans son canard favori, même ceux qui savent pas lire. Enfin on est défendu! Le commando déboule dans un groupe de bronzés en train de chourer le portable d'une mamie. La vioque résiste. Elle sait même pas faire un texto, probable. Elle encombre. Ils la foutent par la portière. Ils négligent trois ou quatre pochetrons bourrés jusqu'à la gueule, un autonomiste poseur de bombe, tombent sur des pédo occupés à s'embourber des mômes. Ça braille. Ça dérange. "Vos gueules là-dedans!" Un croulant approuve: "Vive la violence policière!" Il lui manque une dent. Après le passage des cognes, il lui en manque cinq. Le wagon est dégueulasse. Des papiers, des capotes, des seringues partout. "De vrais porcs!" râle le chef, balançant l'emballage de son Mars sur les détritus. "T'es beau quand tu mâches!" bave un sous-fifre. Le chef le plaque contre lui et l'embrasse sur la bouche. Le pack stoppe devant la porte des chiottes. Bloquée. De la fumée par-dessous. Un couinement régulier. Kessispass? Ils tapent dans la porte. "Police, ouvrez!" Toujours le couinement. Et la fumée. Ça pue le tabac. Ils défoncent la porte à coups de rangers. Un vieux kroumir en train de fumer, le cul sur le siège! "Papiers!" ils objurguent. Le mec peut pas parler: cancer de la gorge. Un trou dans le larynx, par lequel il tire sur le clope. Le couinement vient de là. "Tu sais pas qu'on fume pas dans le train?" L'autre répond pas. Il tire sur le clope. "Salaud!" À douze, ils le flinguent. Un peu plus de fumée. Et un de moins pour la Sécu. On fume pas dans le train. On fume pas, point barre. C'est la loi. Tolérance zéro.
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Mon cher, Vous ne pouvez savoir combien votre papier sur les chiens m'a touché. Pas pour les raisons que vous croyez: pour votre étonnante crédulité. Vous me rappelez Bostok, mon husky. Il ne jurait que par Pouchkine. Toute la sainte journée, et toutes les sacrées nuits, du Pouchkine, encore du Pouchkine! Or je ne supporte pas Pouchkine et donc, j'en vins très vite à ne plus supporter Bostok. Je crois qu'il renifla la cause de ma désaffection, il m'en témoigna un dédain difficilement tolérable. «Eh bien, faisais-je en rentrant à la maison, quoi de neuf aujourd'hui?». Il ne se donnait plus la peine de répondre, me regardant en reniflant d'un air méprisant. Ce silence n'avait qu'une signification: il pensait à Pouchkine. Et m'obligeait donc à y penser. C'était pire qu'avant. Je dus m'en débarrasser, pour me débarrasser aussi de Pouchkine. Depuis, je subis Goal, un setter fana de foot. Pourquoi faut-il que les clébards chopent nos manies? Incollable sur le Dynamo de Kiev, le Spartak de Moscou, le Lokomotiv de je ne sais plus où. Il collectionne les ballons et les maillots dédicacés à son nom par ses idoles (moi je suis de la merde). Il en a plein son panier, il en traîne dans toute la maison malgré mes remontrances. Et quand je branche la télé sur autre chose que du foot, il fait la gueule. Faire la gueule, pour Goal, peut aller jusqu'à pisser dans mes baskets. Une façon comme une autre de me faire sentir que je ne les mérite pas. Les chiens, affectant de ne pas utiliser notre langage pour qu'on ne leur casse pas les pieds? Vous voulez rire! Ils savent très bien nous les casser, à nous!!! Quant aux chats, je n'en parle pas: j'y suis allergique. Vous savez bien que je n'apprécie que les chattes.
Serviteur, Laurent.
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Par la présente, j'ai l'honneur de vous faire part du décès de mon amour pour Lucette. Vous vous en souvenez sûrement: c'est elle qui croyait que Chateaubriand était cuisinier et, nous entendant parler de Génie du Christianisme, répondait qu'en ce cas, Maklouf, le roi du tajine, était celui de l'Islam. Vous je ne sais pas, mais moi je lui ai toujours pardonné parce qu'elle avait un beau cul et savait s'en servir, aussi bien que notre François René de son imaginaire. C'est un argument que vous pouvez comprendre. Quand je vous aurai dit qu'elle m'a cruellement déçu, vous comprendrez aussi que je ne puis poursuivre mon idylle avec elle, quel qu'en soit le regret. Lucette vient de se toquer d'un bellâtre portugais moniteur de surf. Qu'il soit portugais ou bellâtre ne me chaut guère et ce n'est pas sa faute. Il peut en outre moniter ce qu'il veut, chacun son truc. Sauf le surf justement, occupation d'inutile s'il en est, surtout quand on vient me dire que le surf, après tout, vaut bien mon bide et celui que je traîne depuis les Jeux floraux de Ialomita (c'est Lucette qui parle). Je n'ai pas plus de chance que Chateaubriand! Aussi viens-je de rompre avec elle, et avec fracas (la planche de surf du bellâtre est en miettes -- mon nez aussi). Si on demande après moi, ayez la bonté de répondre que vous ignorez qui je suis (ça vaudra mieux pour vous), où je suis et si je sais nager. Vous savez bien que non, sauf en eaux troubles, et d'ailleurs pour quoi faire? Lucette est morte, souviens-t'en. Nous ne nous verrons plus sur terre...
Laurent
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Cette concierge est une sacrée menteuse. J'ai été faire le marché de Brou, uniquement pour me régaler du spectacle de la Rédaquette distribuant Phares et sourires comme on fourgue l'Huma (ou "Réveillez-vous") aux sorties de métro. Bernique, j'en ai été pour mes frais! En revanche, j'ai surpris la charmante au bistrot où, semble-t-il, elle a ses habitudes. Un indigène m'a juré qu'elle n'y buvait que des cafés avec les copines. J'hésite à le croire: il était attablé devant un calva. Bref, l'Hebdromadaire ne se vend pas plus dans les rues qu'au marché, comme prétend la pipelette. Il voyage par la poste. À moins qu'il ne roule en première (ou en Rolls) sur un rail qui n'est pas d'Ouessant. «Le Phare? connais pas!» répond l'aborigène quand on l'interroge. Celui à qui je demandai la direction de Frazé m'indiqua le sens inverse de celui qui figurait sur le panneau indicateur planté derrière lui, comme au beau temps du maquis. Le Beauceron est fourbe autant que la concierge est lyonnaise. À qui se fier? La Beauce, plat pays écrasé de soleil (quand il y en a), est peuplé de mirages, dont le Phare serait le plus virtuel. Je n'avais qu'une hâte: retrouver la civilisation, mon ordinateur et Internet. Marché de Brou, marché de dupes.
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Je l'atteste devant les foules ébaubies, dût sa modestie en souffrir: notre Rédac est un saint! Le Phare, croit-on, se mène d'une main de fer. Certes, mais il y faut aussi de la diplomatie, de la patience, des trésors de mansuétude. Notre Chef bien-aimé, béni des dieux, possède toutes ces qualités. En faut-il, pour supporter une belle collection d'allumés, ratiocineurs, originaux, tordus, hypertrophiés de l'ego, chieurs, chieuses (au premier rang desquels je n'ai garde de m'oublier), et cependant garder son sang-froid, en faisant donner à ses troupes le meilleur d'elles-mêmes! Entre le Phare et la Nef des Fous, il n'y a souvent que l'écart d'une vaguelette. Le fin du fin est d'éviter que ça se voie, comme de sombrer dans les abysses. On a eu droit ainsi au vieux routier qui, après avoir jeté mille feux prometteurs, être traité avec égards, s'est enfermé dans un soudain mutisme que rien n'explique ni ne justifie, à part une flemme tenace. Un autre a disparu tranquillement (panne de mémoire?), assuré de ne pas se retrouver cloué au pilori de l'ingratitude... À l'inverse, il est de timides violettes que rien ne peut décider à entrer dans l'équipe, comme si cela vous inscrivait automatiquement sur les tablettes des Renseignements généraux. Craignent-ils pour leur sécurité? Il est vrai que nous sommes régulièrement fliqués par les Services secrets d'outre-atlantique, champions de la parano. Qui, soit dit entre nous, doivent bien se marrer au passage, tout en parfaisant leur éducation sur nos bancs de nage. Et le Skipper tolère, équanime, les caprices d'une pécore, parce qu'elle a "une plume" (il ne nous a pas dit où)... Tel jeune croquignol, plus plein de lui que d'avenir, n'est "passé" que grâce à l'indulgence (et aux corrections) du taulier. Combien d'autres encore!... Le grand truc du Rédac est de ne forcer personne, partant du principe qu'on ne fait bien que ce qu'on aime, qu'on ne contraint pas à avancer un âne qui recule. Que, si l'on insiste, le résultat est discutable. Moyennant quoi, il laisse chacun seul avec sa conscience (dur-dur!). Ceux qui n'en ont pas (ça arrive), l'Hebdromadaire finit par se passer de leurs services. De toute façon, cette entreprise n'a rien de commercial. Je ne vous conseille pas de parler de pub ni de profit. Garant de l'équilibre, de la valeur du produit, auxquels il veille avec un soin jaloux, le Rédac se crève la paillasse pour l'amour de l'art. Raisonnablement, il ne peut s'attendre à ce que chacun en fasse autant. Et cependant le Phare, telle la nacelle lutécienne, fluctue et ne mergiture pas, mais découvre sans cesse des talents nouveaux, délivrant fidèlement chaque semaine sa moisson de trouvailles au monde du web loin de se douter que cet exploit est une lutte obstinée, quotidienne. Même si le visiteur (lui aussi!) "oublie" souvent de dire merci. Ne faut-il pas être un saint pour continuer, contre vents et marées, dans ces conditions? CQFD. IL n'ignore pourtant pas que, si un jour le Phare disparaissait (ce qu'à Dieu ne plaise!), après quelques probables remous et lamentos bientôt suivis de l'épais silence de ces espaces infinis m'effraie, la Terre continuera de tourner, prouvant une fois de plus l'insondable vanité et fragilité des choses humaines.
Vous voyez, mon cher, il y en a au moins un qui reconnaît vos mérites et les célèbre publiquement, quelle que soit son indignité ou les soupçons de flagornerie dont on ne manquera pas de l'accabler. J'aurai au moins servi à quelque chose, moi, le "monstre des Karpates": vous tresser des couronnes!
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Le Congrès des Écrivains Illettrés vient de fermer ses portes. Ce fut un flop retentissant: il n'y avait personne. Aucun écrivain, veux-je dire, pas un n'ayant tenu à proclamer sa nullité. En revanche, critiques et lecteurs se pressaient en foule, avides de confirmer leurs pires soupçons. Au premier rang desquels, mandaté par le Phare, Bernard Collignon en costume trois pièces dont une de débarras. Ils en furent pour leurs frais. Je ne vous dirai pas où avait lieu ce symposium, crainte de marquer du sceau d'infamie ceux qui en furent les organisateurs. Vous en avez sûrement entendu parler. On aurait dû voir pourtant Bertrand de Balancelle (j'emploie des noms de fantaisie, naturellement -- chacun reconnaîtra les siens), qui, quoique podagre, écrit avec ses pieds dans une langue inconnue de tous comme de lui-même, malgré le "Prix du Suppo en Prose" (là encore, j'invente, mais à peine) qui lui fut infligé par un aréopage de gâteux à la crème et de vieilles folles hyperactives. Cendrine Mâchefer manquait aussi, et le catalogue inépuisable de ses coucheries, depuis que le premier cri primal la bite (j'hésite sur la graphie). Ennuyeux par essence, le sexe a un envers et un endroit, en cherchant bien un dessus et un dessous... et puis quoi? Abelo Racorni, le Proust du pauvre, s'était fait excuser par sa nourrice,-- celle qui écrit dans "Virgule", cette revue de chiottes qu'on trouve dans les cagoinces dépourvus de papier hygiénique où les doigts écrivent sur les murs. Tiens, tant que j'y pense, les éditeurs brillaient par leur absence! S'ils n'écrivent pas tous, Dieu merci, aucun ne sait lire. Ils font rédiger leurs poulets par les contractuelles du quartier, au chômage technique depuis l'installation des caméras de surveillance. C'est ainsi que vous recevez, en guise de réponse à votre manuscrit, un PV pour stationnement interdit dans leur officine et un avertissement avant mise à la fourrière, plus une prune de 150 euros pour vous apprendre à vivre. En insistant un peu, vous vous retrouvez devant les tribunaux (ou bien derrière) sous l'inculpation de pédophilie, le dernier "must" à la mode. Mais Zoltan Kedely? vous ne parlez pas de Zoltan Kedely? Eh bien non, j'ai autre chose à faire. Et je ne disserterai pas davantage de Mémé Van Trilock, Abraxa Tibigala et Jojo Le Mérou. Ne confondons pas vernaculaire et vermifuge. J'ai gardé pour la bonne bouche Eric Herrack, l'auteur dramatique (ou devrais-je dire tragique? -- ses élucubrations sont aussi faites pour la scène qu'un bateau-mouche pour le Vendée Globe). Cet analphabète écrit (?) pour les chaudronniers nantis du CAP de scaphandrier. Ça se traîne au fond, très au fond, là où crabes et crevettes bouffent les cadavres des péris en merde qu'on ne risque plus de remonter avec l'épave du Titanic ou les trésors nazis. Il a pourtant raflé tous les Molière disponibles qui n'étaient pas échus aux torréfacteurs de crocrottes. Son nom ne se prononce qu'avec respect, si l'on arrive à l'articuler. Il faut d'abord cracher la guimauve infecte qui colle aux dents. Écrire est un métier. C'est le plus vieux métier du monde. Comme pute.
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Edgar la remarqua tout de suite. Une fille canon. Il jeta son dévolu sur elle. Il n'aurait jamais dû faire ça. La fille périt écrasée sous le dévolu. Alors seulement, Edgar remarqua le panneau: JET DE DÉVOLUS INTERDIT. Merde! il était bon pour finir au trou s'il se faisait pincer par la BdD (Brigade des Dévolus). Et ça ne manqua pas! Deux balèzes en uniforme s'approchèrent de lui, sarcastiques. -- Alors on sait pas lire? On jette son dévolu n'importe où? Ne niez pas, vous avez été flashé. Permis, papiers? Edgar fit semblant de se fouiller, conscient du ridicule de la situation, mais les autres ne s'y trompèrent pas. -- Je les ai oubliés chez moi. -- Eh bien, mon gars, on y va, chez toi, et t'as intérêt à retrouver tes papiers d'identité et ton permis de dévolire. -- Sans quoi? -- Sans quoi on se fera un plaisir de t'apprendre à vivre. Edgar se reprocha de l'avoir jeté, ce dévolu, sans aucune précaution. Il aurait pu le déposer soigneusement aux pieds de la jeune personne, l'envoyer voleter autour de ses frisettes comme un colibri. Suce tété plus poétique. Mais non! il avait fallu qu'il le jette sans crier gare, comme une brute, sans aucun souci des dommages collatéraux. Qui a jamais entendu dire qu'on procède autrement?... D'autant qu'il s'agissait d'un dévolu particulièrement pesant, qu'il gardait en réserve depuis des mois, hésitant à s'en défaire... "Le jetterai-je aujourd'hui? Non! je le garde pour plus tard" (économisons les dévolus!)... Et le dévolu était devenu monstrueux, forcément. Et maintenant, la fille était morte! Il se le reprocherait toute sa vie. À quoi lui servait-il, à présent, ce machin énorme qui écrasait la donzelle de tout son poids? Le désignait à la vindicte publique: "C'est lui! Salaud! C'est un serial dévoleur!" Il se voyait traîné devant les tribunaux, imaginait les titres de la presse à scandales, entendait le grondement, les huées de la foule menaçante se pressant autour du fourgon cellulaire. Songeait à la douleur de sa famille, de ses proches, à la honte répandue comme un fleuve de boue pestilentiel. Plus souvent, qu'il jetterait des dévolus! Mais c'était trop tard. -- Et si je le reprenais? hasarda-t-il, hésitant. Les deux autres ricanèrent. -- Quoi? destruction de preuves! entrave à la justice! -- Je vous en serais reconnaissant. -- Corruption de fonctionnaires!!! Les gonzes devenaient menaçants. La fumée leur sortait des naseaux. -- Caisse t'en penses, Marcel? -- J'ai envie de cogner. Fumier! Edgar n'en menait pas large. Tout ça pour un instant d'inattention, une petite dévolure. Soudain il s'exclama: -- Elle a bougé! -- Sans charre! -- Nous prends pas pour des nuls! Ils ricanaient. Rien de plus vrai pourtant. La fille poussa un soupir et le dévolu quitta sa poitrine, s'éloignant, dédaigneux, comme un chat qu'on dérange. Edgar s'empressa de le récupérer. -- Vous portez plainte? demanda Marcel à la victime. Elle battit des paupières, semblant ne pas comprendre. Edgar se pencha sur elle. -- Ça va mieux? -- Beaucoup mieux! Elle lui plaqua un baiser torride sur la bouche, en gémissant: -- Merci! De quoi vous dégoûter d'être honnête! Les flics se regardèrent, indignés. Ils tournèrent le dos et s'éloignèrent en se tenant par la taille.
Putain! songea Edgar, ça valait quand même le coup de le faire attendre, ce dévolu!
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Mon cher,
Quitte à passer pour un vieux salaud (que je suis), je viens de troncher une charmante que vous m'en direz des nouvelles! Ou plutôt non, vous ne direz rien, c'est moi qui cause. Au premier ras bord, j'en suis resté sans voix. Elle avait un chassis que le grand designer, là-haut, devait plus se sentir pisser. Il pouvait: du travail de pro. C'est le bruit du moteur, qui dérangeait. Jacassant sans fin, elle n'était d'accord sur rien, mégotait sur tout. Elle me faisait quand même bander. "Otis Albuplast, t'aimes? Moi je déteste. Hans Bellmer, il a dû baiser que des cadavres. Ouais, bon, la Paradis a un beau cul, mais t'as vu le mien? " (Elle avait un cul d'enfer.) Tante hait si bien qu'à la fin je sortis ma queue et déclarai: "Et des comme ça, t'en as déjà vu des comme ça?" Elle déclara que non et que ça lui rappelait un python qu'elle avait bien connu, mais je crois qu'elle me flattait. "Attends, ma belle, je soufflai, il suffit pas de regarder, faut que tu sentes ce que ça donne quand c'est placé où il faut." Aussitôt dit, aussitôt fesses. La voilà à quatre pattes sur le tapis. "Fais voir, Roméo. Agite ton alfa. Astique-moi au différentiel autobloquant." Putain! de zéro à 100 à l'heure en 3 secondes. Ça pouvait miauler dans les virages, une tenue de route exemplaire! Et une suspension qui méritait de servir de plafonnier. De lustre. D'illustre lustre. J'en voyais trente-six chandelles. Et elle donc! Éclairée à giorno. Éclairée de l'intérieur. Soudain, un hurlement déchirant déchira la chambrée. Que se passait-il-ce? Étions-nous doublés par un TGV? Impossible. C'était ma souris qui chicotait. Elle chipotait plus. Elle prenait son pied et se barrait avec au fond de l'horizon (où bleuit la fumée), emportant aussi mon vil brequin et ses huiles essentielles. Seigneur! je suis prêt à recommencer quand on voudra. Elle aussi, je suppose. Dessus, dessous. En haut, en bas. Le jour, la nuit. Aux zobs, aux crêpe-usculs. Jusqu'à plus soif. Vous nous auriez vus, haletant, compoundant sur la carpette (carpette diem), vous n'auriez pas zozé me traiter de monstre des Carpates. Monstre, oui, mais des quat' pattes.
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que j'aie rencontré" (Sélection du Reader's Digest)
Moi. Je ne vous ferai pas languir davantage. Beau, intelligent, charmant, instruit, modeste. Docteur honoris causette de l'Université de Koztujur. Dix fois nominé aux Nobel de physique, body-building, gastronomie. Parle autant de langues que le chat a de queues, dont la langue de veau. Lexicographe, xylophoniste, photographe, pornographe. Correspondant de Playboy et de Harper's Bazaar. Critique littéraire à la Redoute et gros niqueur au Phare. Spécialiste du moteur 3 temps, mais valse à l'envers. D'une exquise politesse, remercie les dames qui lui tiennent les portes et ne les leur claque pas sur les doigts. Mon plus ancien souvenir est intra-utérin. Ma mère, alors enceinte de moi, se faisait violer par un grenadier russe. J'ai fini par prendre le braquemard du bougre dans la bouche pour pimenter un peu. Une vraie chupa parfumée à la slivovic: ma meilleure tétine. Paraît que je lui ressemble vaguement (à la tétine). Depuis, j'ai des pulsions homo et un goût pour l'uniforme (et le sperme, bien sûr). Le soudard a joui comme il ne l'avait jamais fait ; c'est ce qui a sauvé la vie à ma mère. Le grenadier est devenu tsar de toutes les Russies, ma mère tsarine, forcément, et moi tsarévitch par voie de conséquence. Car la promotion sociale ne chôme pas, sous ces climats. Ce qui prouve qu'un bienfait n'est jamais perdu. Mais ceci se passait en des temps très anciens. De l'eau a coulé sous les ponts de la Volga, comme on sait, et je me suis démocratisé. Pas assez toutefois pour oublier mes origines et mes premiers émois. Il me reste toujours cette élégance du coeur et de la plume. Cette nostalgie des destins d'exception, dont je suis l'illustre illustration. Il se peut que je mélange un brin les époques et les gens, mais je certifie ce qui précède comme scrupuleusement exact, en tout cas sincère, malgré le parfum de vodka qui s'en dégage avec une certaine insistance. Faites-moi confiance, c'est de la bonne. C'est vrai, aussi loin que porte mon regard, je n'aperçois aucun être, vivant ou trépassé, aussi fantastique que moi.
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Je trouve Dorimène nue comme la main, dans la cuisine, devant la plaque à induction. Elle a entrepris de mitonner une gâterie de sa gastronomie natale, dont elle me chante merveille. Moi, la seule merveille que j'ai sous les yeux, c'est Dorimène. Et je fantasme dur... si vous voyez ce que je veux dire. Je l'imagine en train de m'éplucher de mes nippes, de me frotter à l'huile de palme, de me peler la banane... et la suite. Mais pas de me plonger dans son fricot. Ça non, on a mieux à faire. Plutôt plonger dans le lagon pour scandaliser les mérous. Va te faire dorer chez les dorades, Dorimène! Ton petit cul à ressort m'inspire. Voilà ma seule gastronomie! De la marmite au futur proche, j'enchaîne les scènes scabreuses. De la plaque à induction, je saute direct aux jeux les plus zozés dans mon crâne de piaf. Je viens d'inventer la plaque à déduction.
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Cher vieux crocodile,
Vous qui vous piquez de culture, connaissez-vous Novisak? Si vous ne connaissez pas Novisak, cessez de parader sur vos petits tréteaux goémoneux et courez l'acheter toute affaire cessante. Comment vous dire? vous y trouverez la quintessence de l'esprit, du style, de l'esprit du style. Et les plus somptueuses scènes de baise qui furent décrites sous le soleil de Satan. Ah! je vois votre oeil de vieux cochon pervers qui s'allume! J'ai enfin touché ce coeur racorni par des siècles de "pensée" occidentale! Hélas, vous ne trouverez aucun Novisak en librairie, il n'est pas vendu en France: c'était plus urgent de jeter sur le marché les quelconqueries de Kundera, les rots de Bukowski, tout le bazar crypto-yankee des serial dealers polardeux subventionnés par le FBI, quelques bagels d'humour juif avec frites vaginales des MacDo du pressbook. ![]() Pour connaître Novisak, il faudrait que je vous le traduise. Mais vous êtes trop pingre, c'est hors de vos moyens, et je sais que vous me soupçonneriez encore de me planquer derrière un pseudo. Tant pis pour vous, car vous ne trouverez pas non plus Torkwiiny, Zatounov ni Clitoria Flohr... et c'est bien dommage! Donc, mon cher, continuez à lire vos branlotins hexagonaux et la rubrique littéraire des 3 Suisses. N'oubliez surtout pas d'allumer votre lanterne à la nuit tombée, puis dormez tranquille. |
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BLOG-NOTES
Vous savez à quoi je vois que je vieillis? À ce que je ne supporte pas plus les blogs que le rap. Les nanas, ça peut encore aller. C'est elles qui ne me supportent plus. |
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Lettre anonyme
J'ai rencontré une sorte de grand dépendeur d'andouille qui me dit s'appeler Troubetskoï. Pas possible, je me récrie! la maison princière? Il répond qu'oui, bien sûr. C'est peut-être vrai. Une certaine ressemblance avec les illustres ancêtres, corps longiligne, visage chevalin, l'allure du regretté Misha Auer. Il a bien connu le Patron autrefois: ils fréquentaient la même école. Il se rappelle lui avoir filé sa recette de vodka: -- Tu prends un litre d'alcool pur, tu y balances tout ce qui traîne: épluchures d'orange, de pomme, de citron... tu secoues bien. Tu laisses macérer un mois. Tu bois. Tout porte à croire que notre Chef a suivi ces conseils. (Chouette, je vais pouvoir balancer, faire du chantage!) J'entends reparler du prof de maths qui se curait le nez pendant le cours, ce qui tendrait à prouver l'authenticité du témoignage. Ou que mon prince a lu attentivement les Mémoires d'un âne. ![]() À l'époque, ils formaient une sacrée bande de crapules. Chacun son surnom, arboré fièrement comme un totem. Il y avait le Hibou (bricoleur fou binoclard), Papillon (fils de pasteur), la Pelleteuse (fort comme un Turc)... le Chat (notre Rédac, déjà!). Tous très portés sur les filles, la castagne et les farces de mauvais goût. La fausse merde sur l'estrade du prof d'anglais, c'était eux. Naturellement, notre héros était chef de bande, vocation qui s'éveille de bonne heure. Il martyrisait le vulgum pecus et signait ses ultimatums "le chef des opérations". Ce qui ne l'empêcha pas de récolter une magistrale torgnole qui lui mit la tête à l'envers, pour avoir ricané à la messe (tiens-tiens!). À mon avis, il lui en est resté quelque chose. En ce moment, je recherche les témoignages féminins des contemporaines, qui furent légion, rapporte la renommée. Je suis sûr de tomber sur du croustillant.
Combien tu me donnes, Rédac, pour que je me taise? |
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Je me rappelle avoir connu autrefois une certaine Margot, bourge de son état, affublée d'une fille chichiteuse surnommée par ses amies Josefa de Pompone à cause des pompons qu'elle affectionnait au point de s'en mettre partout (bien avant de Funès dans La Folie des grandeurs) et de son chien... Pompon, un horrible loulou de Poméranie. Odette et Margot se targuaient d'entretenir, quoique mère et fille, des relations de franche camaraderie et totale connivence. Margot suivait de près les études de la rejetonne, se tenait au courant des programmes, potassait les mêmes bouquins. Elle ne refaisait pas sa scolarité, elle la faisait, car elle était à peu près inculte. Ce qui eût été méritoire devenait encombrant pour ses relations, tenues au courant des progrès du tandem et qui devaient subir leurs interminables discussions sur la poétique de François Villon et l'excitabilité des poils de triton à la lumière infrarouge. On aura compris que ces deux bas-bleus étaient des chieuses de première magnitude. L'époux-père, un homme simple, tranquille, pantouflard, se résignait aux lubies de ses deux femelles, considérées avec philosophie derrière l'écran de fumée de sa pipe. ![]() Les deux chéries s'étaient toquées d'un écrivain décoratif, bien oublié aujourd'hui, dont La Reine morte surnage à peine encore (le titre seulement): Henry de Montherlant. À leurs yeux, sans doute, il avait d'abord l'avantage d'un nom "à ressort", du succès (ses romans faisaient scandale), une belle prestance alla romana, la dent dure, petit détail qui le classait à part et elles avec. Elles en parlaient avec ravissement, lisaient et commentaient ses bouquins à mesure de leur parution, en citaient les vacheries avec gourmandise, car le champion était misogyne et pédé jusqu'à l'os,-- sans voir qu'elles en prenaient plein la musette. Il se serait douté de leur existence, il aurait abrégé la sienne de quelques jours. Enfin, à l'époque, lire du Montherlant qui, au moins, écrivait en français, vous classait dans l'élite abandonnant Delly aux dactylos et Cronin aux prépubères romantiques. C'était malgré tout assez courageux. Qu'est devenue notre Bélise, demandez-vous? Cette délicate fleur de rhétorique finit par épouser un postier radio-amateur qui ne tarda pas à se réfugier derrière sa gonio, ses boîtes à bips et crachotements, comme le beau-père derrière sa pipe. Il aurait connu internet, la souris aurait remplacé la sienne, avec le manipulateur; il aurait eu davantage encore à s'occuper. |
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(ce reportage est sans pitié)
Sais-tu à quoi je viens de passer mon temps? À le perdre (pas tout à fait). J'ai été manifester dans la rue, ça m'a redonné un coup de jeune. Je ne comprendrai jamais vos manières démocratiques à vous, Français, mais je pense que ceux qui battaient le pavé avec moi n'en savaient pas beaucoup plus. Les flics non plus. Chacun ses mots d'ordre. Mais derrière les mots, quoi? Zat ize ze couestcheun. Tout le monde était très en colère. Les manifestants de prendre des coups, les flics d'en prendre aussi (c'était pas de jeu!), les commerçants de se tourner les pouces. Seuls les vitriers se frottaient les mains. Tiens, vitrier, c'est bien pour un jeune! La vitrière à côté de moi, je finis par m'en rendre compte, était roulée à péter les miroirs. Une beauté bottée. On a commencé par gueuler ensemble, puis on s'est étayé l'un l'autre, donné le bras, ensuite le reste. Ça s'est terminé sur place par un baiser ventouse comme on n'en fait plus à Hollywood (ni Bollywood, ni Baliwood) depuis la mort de ma grand-mère, Dieu ait son âme et sa vieille chatte. Naturellement, on ne pouvait plus rester là. Nous avions d'autres urgences. Justement, on était à deux pas de chez la miss, comme ça se trouvait! Ni une ni deux, nous avons grimpé les étages en trombe. Ma trombe à moi manquait un peu de souffle, mais j'ai fini par me rattraper à la satisfaction générale. J'ai envoyé balader sa banderole de manifesteresse sur le canapé. Et hop! les frusques ont giclé de toute part, et zim ton futal, et zoum ton string, et tiens ton soutif... Boudiou, j'avais d'un coup cent ans de moins! Elle aussi. Elle me regardait comme si j'avais été Brad Pitt (j'ai réalisé plus tard qu'elle était presbyte). Bref, pour pas faire trop long je resterai discret. C'est aussi pourquoi j'ai cadré ma photo-souvenir de manière à préserver son anominois, des fois que tu la croiserais, espèce de vieux cochon!... ou qu'il te viendrait l'idée d'aller gueuler contre les rédacs esclavagisses. ![]() Avoue que mon petit lot valait le déplacement. Je ne regrette pas les kilomètres parcourus, mes pieds en compote, mon larynx voilé, mes poumons carbonisés, mes yeux lacrimogénéisés. Je conserve seulement le souvenir de ma liberté menant le peuple mieux que dépoitraillée: nue comme la vérité, même si encore drapée dans sa banderole par un reste de pudeur. Lolo (pour les intimes) |
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C'est Cocteau, je crois, qui préférait les chats aux chiens parce qu'on ne connaît pas de chats policiers. Faux, bien sûr. Cocteau était un poète. Rien comme un chat pour vous fliquer, espionner vos moindres mouvements. Le chien fait naturellement confiance. J'ai souvent vu des chiens partager la pauvre existence de leurs misérables compagnons logés à l'enseigne de la grille de métro. Les gens donnent surtout pour le chien, aussi efflanqué et pouilleux que son maître qui se retire le pain de la bouche pour nourrir sa bête, laquelle en retour ne risque pas de lui piquer son jaja. Un chat ne partage rien. Vous ne le verrez jamais s'abaisser à clochardiser en plein vent: il préférera se choisir un intérieur douillet, bien approvisionné, à l'abri des courants d'air et de la malignité des hommes, où il régnera en potentat sourcilleux. Les clodos élèvent des chiens, des rats, des blattes, des araignées s'il faut. Jamais de chats qui leur tiendraient si chaud la nuit, bien trop avares de leurs calories qu'ils ne dispensent qu'à bon escient. Encore les prêtent-ils seulement. Un chat n'est pas généreux, c'est un égoïste de naissance. ![]() Ce discours, Rédac, je le sens, ne vous plaît pas. Aussi ne cherché-je point à faire ma cour, mais à parler vrai quitte à vous fâcher. Que pouvez-vous répondre à cela?
Note du Rédac.- Rien, puisque je vous méprise. Vous ne valez pas un regard de mes yeux d'or tant vous êtes cynique comme vos pareils étymologiques, espèce de sac à puces... de... (attention, car l'injure est grave!)... de chat des Carpates! |
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